‹ Béranger et ses chansonsChapitre 46 sur 269 · ADIEUX DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

ADIEUX DE MARIE STUART

C'est la seconde romance de Béranger, chantant là ce qu'il imagine, tandis que Marie chanta ce qu'elle sentait. Le moyen pour lui de l'emporter!

Adieu , plaisant pays de France ,

0 ma patrie

La plus chérie, Qui as nourri ma jeune enfance!

Adieu, France, adieu mes beaux jours!

La nef qui disjoint nos amours N'a eu de moi que la moitié ; Une part te reste ; elle est tienne; Je la fie à ton amitié Pour que de l'autre il te souvienne.

Quels touchants, et beaux et excellents vers, et comme on savait les tourner à cette époque î II y a d'elle encore, dans Brantôme, quand elle pleure la mort de son mari ;

Las! en mon doux printemps Et fleur de ma jeunesse, Toutes les peines sens D'une extrême tristesse ; Et en rien n'ai plaisir Qu'en regret et désir.

Et tout cela devient plus touchant par le souvenir de ses malheurs. L'histoire de cette pauvre femme, même ne fût- elle pas sans reproches, grâce à l'horrible Elisabeth et à son entourage , montre à quel point on peut devenir ici-bas féroce et lâche; et montre aussi

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que la beauté, le génie, la richesse, la jeunesse, la puissance, n'empêchent pas de souffrir ])eaucoup. Certes , à propos d'elle , Pindare n'eût pu demander si jamais mortel fut comblé de tous les biens à la fois, et, en y regardant de près , eut compris sans doute que , dans aucun cas , le bonheur ne peut leur être dû. Vérité consolante après tout ! car combien de gens jouissent d'une partie seulement de ces biens?... Nelson , au comble de la prospérité , s'écrie que le bonheur est impossible ; et de Foë pauvre, chargé d'ans, rongé de gravelle et de goutte, se montre calme et gai.

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