LES DEUX SŒURS DE CHARITÉ
Le paradis est fait pour un cœur tendre , Et les damnés sont ceux qui n'aiment rien.
Rien, dans ce passage, signifie évidemment personne; car qui donc n'aime pas quelque chose, beaucoup de choses môme, et souvent beaucoup trop de choses? Voltaire, comme tous les faiseurs de vers, et il y est trop sujet, sacrifie ici à la rime, terrible déité , à qui ont été sacrifiés tant de mots propres : Saumaise a grand' raison de nous la faire venir des Goths.
M. Marchangy, ne vivant pas du temps de Voltaire, ne put rec[uérir contre lui. Il se trouva dans de meilleures conditions sous ce rapport avec Béranger, et le lui fit bien voir. Cette chanson, plus qu'aucune autre, excita sa verve. Il la dénonça et prouva par sa harangue qu'elle devait être condamnée; elle ne le fut pas cependant.
Or les gens de goût et de sens ont confirmé l'arrêt, et font grand cas de ces couplets, qui, sans être irréprochables, offrent partout les idées les plus gracieuses, les plus riantes, et un mouvement en merveilleux accord avec le sujet.
D'ailleurs, pour Béranger, le principe de la charité
est le principe véritable et qui ne saurait tromper. L'idée de vertu est vague et n'offre rien de sûr. Il trouvait pitoyable, par exemple, la vertu de Caton se tuant, et cassant auparavant les dents de son esclave.