MON HABIT
Autre exemple d'interprétation et valant au moins le précédent ! Quand Béranger chanta ces couplets , les derniers vers du cinquième :
Je dois bientôt, il me le semble, Mettre pour jamais habit bas.
frappèrent un d«s auditeurs , porteur d'un nom fort connu alors, qui s'écria : « A la bonne heure ! je vois avec plaisir, monsieur Béranger, que vous sauriez répondre à tous ces gens-là, et, s'ils allaient trop loin, mettre habit bas pour leur apprendre à vivre ! »
D'ailleurs à cette époc{ue où la politique semblait l'unique affaire, c'était là une des chansons les plus répétées; vogue s'expliquant assez par l'idée ingénieuse qui en fait le sujet et par la sensibilité dont elle est pleine.
Sedaine s'y prit moins bien, quoique dans un de ses meilleurs morceaux.
Ah ! mon habit que je vous remercie ! C'est vous qui me valez cela.
Il lui valut en effet des douceurs et des révérences inaccoutumées, et lui valut même, si l'on veut, d'avoir fait une épître aussi bien tournée que le comportaient son goût et sa façon d'écrire.
Dix ans sont une longue vie d'habit, quand surtout
on lui refuse absolument l'assistance d'un parapluie : or Béranger, que je sache, n'a jamais porté qu'une canne. Personne, à la vérité, n'était d'ailleurs plus soigneux et plus propre. Combien de fois, chez moi, ne me l'a-t-on pas proposé pour modèle à cet égard ! Peu de temps après 1830, il faillit être décoré. Cependant grâce à de promptes démarches, et au crédit, je crois, de M. Barthe, il échappa au danger (en cela, comme on pense, je répète ses paroles) . Bien des gens peut-être verront là une sorte d'affectation. Cependant leur serait-il si difficile de comprendre qu'on tienne plus à rester conséquent à soi-même, c'est-à-dire à se préserver d'un assez grand ridicule, qu'à devenir chevalier, si je l'ose dire, et même officier ou commandeur ?