MON PETIT COIN
«Votre petit coin! votre petit coin!... Oui, sans doute, il est commode et doux de se retirer ainsi de la foule, de rejeter tout soin, tout embarras, de faire en un mot comme le rat ! » Voilà ce qui s'est répété souvent, et lui-même me parlait d'une caricature le représentant dans une fromage, avec cette légende : fortune brevetée, qu'à nous deux nous ne pûmes comprendre nettement. Combien ne lui a-t-on pas reproché son refus d'entrer à l'Académie et surtout sa démission de l'Assemblée nationale !
Ne vouloir être rien , quel crime abominable !
Et que de vertu donc en France, le pays du monde où se trouvent le plus de gens à vouloir être quelque chose ! le pays aussi où il est le plus difficile de contenter tout le monde et son père. Car supposez Béranger touchant à la fois cinquante louis d'un côté et quatre cents de l'autre, les beaux cris alors ! « Ah ! ah ! le voilà l'indépendant, le prêcheur, le modéré ! Le voilà l'homme au pauvre habit , le voilà qui touche gros et vit au mieux, etc., etc. » Mais qu'il n'ait cessé de rendre service , d'intercéder , écrire , solliciter , donner son temps , sa peine , son argent , son linge même , vie d'égoïste, crie-t-on, de fainéant, de rat de la fable !
Allez, venez, courez, demeurez en province,
Prenez femme , abbaye , emploi , gouvernement , Les gens en parleront, n'en doutez nullement.
A sa sortie de l'Assemblée constituante, quand on lui apporta les cent écus de son traitement pour les douze jours qu'il y était resté, il accepta, la loi l'ordonnant ainsi ; mais il demanda que la somme fut immédiatement remise aux pauvres. Elle dut l'être, et il n'en entendit plus parler.
Son petit coin ! . . . Je le lui disais : vous ne le trouverez qu'au Père La Chaise !..