‹ Béranger et ses chansonsChapitre 90 sur 269 · LE SOIR DES NOCES · texte numérisé non relu

LE SOIR DES NOCES

Certaines vérités peuvent étonner , quand on les rapproche. En voici deux de ce genre : la première, qu'en se mariant, on continue à être homme, par conséquent à conserver son droit de ne pas être torturé pour le plaisir du premier venu ; la seconde, que pour tel époux la pire torture serait de savoir sa femme aux bras d'autrui. Et la conclusion? ... Ne se voit-elle pas?... Alors j'ajouterai qu'un affreux bandit, condamné à mort il y a quelques années, raconta pendant les débats, qu'ayant surpris à l'écart un pauvre chaudronnier ambulant, il lui versa dans la bouche le plomb fondu, préparé pour ses étamages. Il déclara de plus, et en riant beaucoup, que les grimaces du patient l'avaient fort amusé. Or, quel coureur de bonnes fortunes, riant aussi des cris d'un mari trompé, peut se tenir

pour bien sûr de ne pas ressembler en un point à cet affreux donneur de breuvage?

Les journaux de juin ou juillet 1857 ont raconté la mort d'un pauvre charbonnier, se tuant de désespoir en apprenant que sa femme avait fait ce que tant de gens sont toujours prêts à persuader de faire. Or, un voyageur, pour s'être vu dévalisé, a-t-il jamais songé à se couper la gorge? Et combien d'époux, depuis qu'il en est, ont eu pareille fm ! . . . Mieux vaudrait donc avoir affaire à un détrousseur qu'à un séducteur. Ce qui n'empêche pas de tenir le premier en grand mépris, l'autre en grande estime peut-être. Qu'y faire?... Et, à des gens bien décidés à répéter que deux fois deux font cinq, fera- 1- on dire quatre?

Béranger, au reste, quand il fit ces sortes de chansons, était jeune ; et tel , ayant atteint l'âge mûr, trouvera ma note ridicule.

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