‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 2)Chapitre 26 sur 67 · EUG. BER8IER · texte numérisé non relu

EUG. BER8IER

faiblesses inhérentes à Timperfection de la nature humaine, où Dieu ne saurait voir un péché, s'il est réellement juste et bon, M. Bersier, disons-nous, n'admet pas que cet homme meure avec un calme et une résignation antiques.

f Ce n*est pas ainsi que sont morts Augustin, Pascal, Corneille, Racine, Mathurin Régnier, Lafontaine, » s'écrie M. Bersier. — Non, sans doute, mais qu'est-ce que cela prouve? Ils n'adoraient pas le même Dieu que Béranger, voilà tout. Dominés, écrasés à la fin de leur existence par la foi générale en un Dieu colère et jaloux, au nom duquel on avait élevé les bûchers de l'inquisition sur toute l'Europe chrétienne ; en un Dieu dont le vicaire ordonnait, à Rome, des actions de grâce à la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy; en un Dieu qui bénissait les dragonnades de Louis XIV; en un Dieu qu'on adore encore aujourd'hui, à Toulouse, par certain t juMlé » de sanglante mémoire, ces hommes qui 86 croyaient coupables dès leur naissance, craignaient les vengeances de Jéhovah et doutaient de sa justice autant que de sa bonté. Leur soumission, leur hmnihté était un hommage à la peur ; le a front superbe et la naïve assurance » de Béranger furent un hommage à la conception plus douce et plus Mteble d'un Dieu paternel.

Quelle menace un prêtre fait enteudre l

Mais quelle erreur I non, Dieu n'est point colère S'il créa tout, à tout il sert d'appui. Vins qu'il nous donne, amitié titulaire, Et vous, amours, qui créez après lui.

230 BÉRAN6ER.

Prêtez un charme à ma philosophie Pour dissiper des l'éves affligeants.

La conclusion de M. Bersier a beaucoup d'analogie avec la conclusion de M. Cuvillier-Fleury, lorsque ce dernier nous donne son appréciation définitive du caractère de Déranger. Cependant Técrivain de la Revus chrétienne montre plus de modération, du moins dans les termes, que Técrivain du journal des Débats.

Nous transcrivons textuellement :

Nature modérée^ prudente et franche àla fois^ caractère indépendant et stoîque^ mais esprit esclave de l'opinion populaire^ la servant moins cependant par calcul que par instinct et par habitude; intelligence plus étroite qu'on ne pensait et presqm fermée du côté de Fâme et de l'idéal moral; cœur sensible et bon^ sans vanité mais non pas sans orgueil^ défiant de son talent mais content de lui-même, tel est l'homme eu Béranger.

Il y a là quelques traits extrêmement vrais, malgré la sévérité générale du ton. Cependant en lisant M. Bersier, ainsi que ses trois coreligionnaires, nous n'avons pas eu à relever ces expressions ftcheuses, ces violences de langage qui naissent naturellement sous les plumés catholiques, et que nous avons retrouvées avec une pénible surprise, comme un dernier souvenir du séminaire, sous la plume élégante et mélancolique de M. Renan.

MM. Vinet, Coquerel, Olivier, Bersier se distinguent tous par la même qualité : ime haute convenance de langage, indice certain de convicfions respectables, alors même qu'elles seraient étroites et absolues. Ce sont là des hommes de foi, plutôt que des hommes de parti.

LB FIGAHO. 231

On yeai gagner, gagner, gagner encor.

J'en sais plusiearê, le pourra-tK>n bien croire Qoi donneraient pour leur plein gousset d'or, Bt leurs yingt ans, et Voltaire et sa gloire. (BÉRAMGBR. Demièrei ehansont,)

J'suie né Paillasse...

(BAïUNGBa. Paittoise)

Nous aurions dû, pour être logique, parler du Figaro, immédiatement après MM. de Pontmartin et L. Veuillot. En effet ce journal a fort allègrement hissé sur les trétaux de son théâtre en plein vent la religion et la monarchie légitime. Le Figaro a des opinions politiques et religieuses. Entre deux lazzis, il fait un signe de croix, et, quand il soulève le chapeau en feutre mou du pitre, on aperçoit dans le fond une cocarde graisseuse qui fut blanche autrefois. On peut s'étonner que le pubUc qui ne Ut point YUnion, la Gazette de Fra/nce, ni le Monde, ait, pendant plusieurs années, déposé son offrande sur ce nouvel autel élevé au cathoUcisme militant et à la royauté vaincue.

Le succès de ce bâtard heureux du Barbier de SéoUle s'explique par bien des causes que nous allons rapidement analyser.

Il y a dans toute nation une certaine quantité d'instincts mauvais. En France nous avons hérité d'Athènes, à laquelle on nous compare quelquefois, une certaine légèreté d'esprit qui nous rend injustes le plus souvent par simple versatilité. L'enthou-

232 BÉRAN6ER.

siasme pour les hommes y est facile, mais peu durable, et rien n*y fatigue autant que l'admiration prolongée. D'autre part, nous sommes une démocratie, et, dans toute démocratie fondée nécessairement sur Tégalité, une vive irritation, proche voisine de l'envie, ne tarde pas à se faire jour contre les illustrations politiques ou littéraires, en un mot, contre les supériorités quelles qu'elles soient.

Si vous ajoutez à ce sentiment peu respectable, Toisiveté forcée d'un public auquel les circonstances interdisent momentanément les hautes spéculations de la pensée ; si vous vous rappelez que la presse mise au régime, le droit de réunion supprimé, la tribune surveillée, les idées généreuses, ou tout au moins sérieuses, ont tout à coup cessé de circuler; si vous constatez que la nation dégoûtée de la politique dont elle n'a plus la responsabilité, enfermée dans une réglementation minutieuse qui a tout prévu et tout tué, ne peut se mouvoir sans rencontrer au premier pas la ligne infranchissable de quelque douane intellectuelle, les succès de M. Eug. de Mirecourt, du Figaro et des autres coryphées amusants du parti catholique, s'exphqueratout naturellement.

Or, il est remarquable que c'est habituellement à des époques de despotisme qu'on voit naître de pareilles productions* L'esprit a un tel besoin de liberté que, lorsqu'il en est privé, il franchit les barrières les moins bien défendues, au lisquo de pousser trop loin cet élan d'indépendance. Les gouvernements adroits s'en arrangent. Celui de Venise protégeait les courtisanes * .

* B^RANGER. Ma Biographie,

L£ FlâAAO. 233

L'histoire des dix dernières aimées prouve com- Men cette observation est profonde et juste. Si Ton était libre dans les grandes choses, s'il était permis de s'intéresser avec toute activité et toute indépendance aux grandes questions sociales, on ne se plairait point au bavardage vide et malfaisant, au^ cancans de bas étage des Basiles littéraires, aux révélations plus ou moins scandaleuses de gens de lettres faméliques * réduits au pire métier, faute de pouvoir écouler dans de meilleures conditions leurs produits quotidiens : on ne verrait pas, spectacle instructif autant qu'afOigeant, la vie publique fermée et la vie privée ouverte.

Au milieu du silence général, toute voix qui s'élève, fût-elle fausse et criarde, attire l'attention. Tous les yeux se tournent du côté d'où part le bruit :

* Il va sans dire qu'en parlant du Figaro nous n'entendons parler que du Figaro être de raison, c'est-à-dire de l'esprit général et des tendances habituelles de sa rédaction. Nous savons parfaitement qu'il a parfois publié d'excellents articles, de véritables morceaux de critique littéraire. Nous savons aussi qu'il fut longtemps, grâce aux façons peu libérales, an système d'exclusion égoïste de la plupart des grands journaux, la seule tribune ouverte à beaucoup de jeunes gens : il acceptait volontiers leurs essais, et les fit ainsi connaître du public. Nous n'oublions pas surtout que les divers et successifs collaborateurs de ce Recueil ne doivent être responsables que des écrits signés par eux. Nous serions donc désolé que certains critiques, chroniqueurs ou correspondants de la feuille de M. de Villemessant, ~ M. Edmond About, par exemple, dont nous admirons beaucoup l'esprit si vif et si français, — s'attribuassent tout ou partie de nos paroles. D'ailleurs si le « bon jeune homme » a prêté de sa verve au Figaro, et s'il en a fait le succès pendant quelque temps, l'auteur de tant d'ouvrages charmants possède plus d'un titre sérieux à la sympathie éclairée du public et de la critique.

M. Eugène de Mirecourt, un écrivain catholique et monarchique, ni plus ni moins que M. Barbey d' Aurevilly, vend ses petites brochures ; M. de Pontmartin trouve des lecteurs et fait parler de lui ; M. Veuillot se discute et passe pour courageux ; et le Figaro s'érige en juge d'instruction goguenard, louant ceuxci, blâmant ceux-là, se moquant des battus, bravant les gens à terre.

Nul, en effet, n'est moins héroïque que ce barhie^ aristarque. Son indépendance consiste à flatter Tautorité qui le tolère et à mordre ceux qu'on lui abandonne. Son habileté fut de se créer une notoriété, à force d'imprimer dans ses colonnes, en majuscules, les noms de tous les hommes connus de notre époque. Quant à son catholicisme, à son royalisme, bien peu l'ont pris au sérieux, et personne n'a songé à s'en plaindre. Les démocrates et les libres penseurs se sont môme félicités de lui voir arborer le drapeau facétieux des « saines traditions. » Dans le camp libéral, on eût repoussé cette recrue compromettante, tandis que le Figaro, défenseur du trône et de l'autel, c'est une véritable victoire pour les idées qu'il combat. Pauvre trône! pauvre autel I

Nous avons parlé du courage du Figaro, Bon nofflr bre de lecteurs naïfs, peu au courant des secrets de la coulisse, lui voyant toujours flamberge au vent» ont pris au sérieux ses airs de capitan. Ils le croient aventureux. Ils se disent qu'il a la main leste et brandit après tout un fer redoutable. Nous somnies heureux de les rassurer. Ceux qui l'ont approché savent qu'il ne brandit pas même «im sabre inûO" cent. » Ce tranche-montagne n'a point les mœurs

sangninaires. Ce que vous prenez de loin pour une épée, de près c'est un rasoir ébréché au bout d'une baguette de tambour. Ça écorche, mais ça ne tue pas.

La conduite du Figaro àTégard de Béranger, nous servira de preuve, si vous le voulez bien, et nous permettra de prendre ce recueil en flagrant délit de timidité, suivie, longtemps après, de violences à bon escient.

S'il est un homme que le Figaro devait détester sincèrement, c'était certes le chansonnier populaire. Tout dans le poète irritait nécessairement le barbier apocryphe enfanté, vers 1853, par M. de Villemessant. Laissons de côté la question politique et religieuse, et ne nous occupons que de la question privée et littéraire. La vie et le talent de Béranger suffisent amplement à expliquer les colères de cette feuille. La conduite simple et digne, la pauvreté noble et volontaire, le dédain des honneurs et des petites ambitions séparaient, comme autant d'abîmes, l'auteur du Grenier de la foule de ces écrivains qui ont dressé leur tente vagabonde dans les brasseries. Ceux-ci arborent leur misère avec affectation et semblent pourtant l'en trouver plus lourde ; éblouis par leurs rêves de fortune rapide, ils ne voient dans le talent qu'im moyen de parvenir, dans le génie que des rentes au soleil et les satisfactions d'une vanité féroce et puérile.

Aussi la bohème besogneuse et emphatique n'a-telle jamais pardonné à l'honmie qui écrivit ce vers :

Dans un grenier qu*on est bien à vingt ans * I

* a le vieux refrain absurde de Béranger » (Le Naip^

Jauhb, Mes eoeaUeêf |Mr Paul Mahalin, 10 octobre 1863.)

236 BÉRAKâER.

Nous avons changé tout cela, et les nouvelles générations se trouvent fort mal dans un grenier. D leur faut du luxe et du bien-être ; on les découronne de leur auréole de souffrances en chantant la pauvreté, en s^efforçant de la consoler. A ces orgueilleux, à ces inutiles convaincus que la société devrait leur escompter d'avance le génie au moins problématique dont la flamme sacrée les dévore ; à ces oisifs, à ces bavards qui, plus d'une fois, ont refusé dédaigneusement de gagner leur pain dans quelque emploi honorable S Béranger expéditionnaire à l,OO0f., au ministère de Tinstruction pubhque, semble un affreux bourgeois du dernier commun. Son haMt râpé les indigne ou les fait sourire de mépris :

Depuis dix ans, je te brosse moi-même.

Ça brosse son habit et ça se dit poète! Quelle pitié 1 Eux, ils ne brossent pas leur habit : ils ont la guenille provocante, et rêvent plus du tailleur espéré dans un avenir prochain que de gloire, d'amour, de plaisir ou de fohe^.

* Que doivent-ils penser de ce passage de Ma Biographe, écrit à une époque où rien ne manquait à la gloire aeceptée de toi» du chansonnier :

« Je regrettai alors bien amèrement d*ayoir été arraché à la typographie, que j'ai toujours aimée, mais que je ne me figurais pu connaître assez bien pour y trouver une ressource. J lavais tort : j^ioe suis convaincu trop tard que j'aurais pu devenir en peu de temps on habile oovrier, ce qui m'eût évité bien des années de dénûment et d'attente vaine. »

^ Pour rêver gloire, amour, plaisir, folie,

Pour dépenser sa vie en peu d'instants. D'un long espoir pour la voir embellie, Dans un grenier qu'en est bien à vingt ans.

LE PÎOARO. 237

Or, s'il y a quelque chose d'agaçant ini-bas, n'estce pas d'entendre bénir par autrui la vie que nous maudissons, et chanter joyeusement les ennuis qui nous inspirent des romans désespérés, des vers à la façon d'Alfred de Musset ? Tant de philosophie opposée à nos colères, nous parait une leçon insupportable. Tant de calme simplicité opposée à tant d'impatience, tant de fermeté de caractère en face de tant de faiblesse, un mépris si complet de Tobjet de toutes nos convoitises, voilà qui nous diminue à nos propres yeux et pourrait bien nous diminuer aux yeux du public si Ton n'y mettait bon ordre ; voilà qui explique l'antipathie violente de tous nos Murger contemporains, quand ils parlent du chansonnier. Son sourire les offense et compromet le placement de leurs soupirs. Ils ont un autre but, d'autres désirs, d'autres préoccupations que le but, les désirs et les préoccupations du chansonnier ; ils ont une autre muse en un mot que la muse du poète populaire. S'ils s'inquiètent fort peu du peuple et de l'avenir de l'humanité, en revanche ils s'inquiètent beaucoup d'avoir bon gîte, bon feu et le reste.

Cela n'est point un mal, et ces préoccupations sont trop naturelles i)our que nous songions à les blâmer, tant qu'on ne leur sacrifie point sa conscience Uttéraire.

D'autre part la langue a changé avec les idées et la manière de voir. Au style concis, nerveux du chantre de Lisette et des Gueux, on a substitué un style déclamatoire ou pailleté qui répond bien à la mélancolie prétentieuse du bohème, aux efforts mêlés d'amertume de sa fausse gaité et de sa réelle tristesse.

238 B^RANÔBk.

Entre ces écrivains et Béranger rien de côminUll, ni l'inspiration, ni la forme : indè irx.

Ces petites rivalités d'école, ces petites rancunes de confrère impuissant déraugé dans Tattendrissement qu'il s'inspirait à lui-même, indirectement condamné dans ses calculs d'ambition personnelle , menacé dans sa vanité, désireux de récuser im exemple trop difficile à suivre, ont grandement contribué à la réaction contre Béranger. Elles auraient expliqué, en dehors de toute autre cause, la malveillance transparente, puis ouverte du Figaro^ dont Tannée littéraire se recrute souvent dans les brasseries d'alentour.

Mais Béranger était populaire et le gouvernement l'adoptait. Or, Figaro respecte à la fois l'autorité et la popularité ; il a fallu que la première lui parût de bonne composition et la seconde fort ébranlée pour qu'il se hasardât à casser Béranger, suivant la métaphore attribuée à M. de Villemessant. Aussi le 26 juillet 1857, nous trouvons sur Béranger une appr^ dation fort courte, mais très-bienveillante, signée par M. Habans. Ce jeune écrivain, du reste, s'eft toujours montré, si noUs ne nous trompons, favorable à la mémoire du chansonnier. Déclarant que l'évén^nent le plus considérable de la semaine a été la mort du poëte populaire, il ajoute :

Je n'ai pas à écrire ici une étude sur l'œuvre de Bérangar^ encore moins viendrai-je rappeler son rôle politique. On l'a fait assez. Dieu merci ! Où est-il à présent? Dans la mémoire de la foule qui l'aimait. Le peuple l'a pris pour lui et, jaloux^ le garde comme sien*

Les lettrés lui déroberont une part de butin; car si par

lÈ FtOAiio. $39

beaucoup de points Béranger appartient au xviu* siècle^ s'il a exploité^ en répurant, le filon cher à Pamy, si Tépicuréisme élégant et égoïste a trouvé quelques échos dans son œuvre, il a su y mettre des chants plus graves, des inspirations plus nobles et plus hautes, qui prendront place à côté de ce que notre siède a produit de plus parfait. Il y faut encore oompter l'exemple de sa vie.

Peu de jours après, le 30 juillet, M. René de Rovigo nous annonoe à son tour qu'il n'émettra « aucun jugement sur l'œuvre de Béranger. »

11 me suffit que les partis les plus opposés se soient

réunis pour lui décerner le beau titre de poëte national; je m*mchne devant VaoclamaHon générale. MM. Victor Hugo et de Lamartine, qui ont chanté à peu près tout ce qui peut se chanter, ne deviendront jamais l'objet d'un pareil hommage ; la mi du peuple le réservait pour celui qui n'a jamais chanté (pie le peuple.

H. Habans et M. René de Rovigo, dans le même journal, à q[uatre jours de distance, expriment à peu près la même idée dans les mêmes termes. Ils se défendent tous deux déjuger l'œuvre du poëte, et s'indinent devant sa popularité en la constatant. On le sent, bien des restrictions mentales accompagnent cet acquiescement, mais elles ne se formulent pas, ^ c'est à peine si le ton contraint de Vadmiratewr wM%ré Jm révèle un adversaire réduit au silence.

Toutefois, le journal orthodoxe et religieux reparaît au sujet de la prétendue conversion du chan- Bonnier.

de que j'admire surtout dans la vie de Béranger, continue H. de Rovigo, c'est la manière dont elle s'est terminée. Il avait <^Nii8 quelque temps déjà le courage de croire en Dieu et la

^40 B^tlANaEft.

bonne foi de ne pas s'en cacher. Il s'est éteint les yeux, k cœur et les lèvres attachés au crucifix. Le siècle aura vu à quelques années de distance^ mourir en impie un prêtre dont l'orgueil avait rêvé la papauté S et en vieux chrétien un poète qui^ jadis^ s'était efforcé de relever les autels du paganisme. Certaines gens ne veulent pas ou se désespèrent que Béranger soit mort en paix avec Dieu; attendez^ messieurs, que votre heure ait sonné. Vous ne savez pas tout ce qu'un tête-à-tète de quelques mois avec la maladie peut inspirer de bonnes et salutaires réflexions.

Autrement dit : quand la maladie a détruit dans un homme la force de vouloir ; quand son cerveau, qui ne fonctionne plus, devient inerte et le livre sans diéfense aux sollicitations des pieux agents du curé de la paroisse; quand, retombé dans Tenfance, il retrouve tout à coup ses premières impressions d*enfant, et qu'au fond des ténèbres de son intelligence éteinte se dressent les fantômes évoqués par la- peur, cet homme, ce cadavre plutôt {sicut cadaver), renie, en quelques minutes d'agonie, tout ce qu'il a cru, tout ce qu'il a confessé au temps où il possédait la plénitude de ses facultés et la responsahihté de sa foi.

Cette idée consolante attendrit visiblement M.René de Rovigo, et il s'écrie, dans le style larmoyant des petits livres destinés à édifier les congrégations religieuses :

Il est permis de douter que les détracteurs de la religioi^ aient jamais eu une famille ; lorsque je vois passer, eseortè^ de leurs mères, ces longues colonnes d'entants qui viennent

* La Mennais.

ts notAîLOé 241

de receyoir la première commanion^ je me demande s'il doit sortir un jour de leurs rangs des ennemis de Dieu^ et si la p^iode qui sépare ren&nce de Tâge mûr est fatalement destinée à voir l'homme insulter aux croyances dans lesquelles son père est mort et sa mère a vécu.

Nous constatons l'aveu. Nous admettons volontiers que la période pendant laquelle Thonmie lutte contre les croyances « dans lesquelles son père est mort et sa mère a vécu, • s*étend eûtre la première et la seconde enfance, entre Tépoque où Thomme n'est pas encore et celle où il n'est plus.

Maintenant, sans sortir de l'année 1857, donnons la parole à M. Jouvin lui-môme, Valter ego de M. de Villemessant, l'un des deux hommes officiels du FigarOf celui-là même qui, en 1860, sera chargé de casser Béranger. Nous sommes au 25 octobre, et M. Jouvin, dans son feuilleton dramatique, nous donne son appréciation sur une pièce de circonstance intitulée : les Chants de Béra/nger * . Voici comment il s'exprime au sujet du chansonnier :

La réputation de Béranger a un caractère légendaire qui rend et rendra toujours très-difficile le classement de ce poète parmi les gloires de la France ^. La très-grande majorité de ceux dont le cœur s'enflamme sincèrement à Taudition de quelques refîrains du chansonnier, ne sont pas en état d'apprécier ce qu'il peut y avoir de style et d*art au fond de cette (Buvre où se sont agitées tant de passions.

L'art et le style existent cependant, mais ils sont toujours subordonnés à une idée simple et claire.».. Dans ces vers cou-

* Théâtre des Variétés.

3 Ne pas oublier les proclamations de M. le Préfet de police et la ttote du Monileur*

242 BâRANam.

lanU parce que le travail les a poliSy l'un reprend un souvenir, l'autre retrouve* une passion, un troisième ramasse une rancune, et rancune, passion, souvenir, tout cela va, vient, depuis quarante ans, de l'atelifir à la Chaumière, et du cabaret à la place publique. **

Il n'y a point d'enthousiasme là-dedans, et M. Jouvin montrera une Men autre ardeur quand sera venu le grand jour où il osera enfin exprimer hautement son antipathie contre une des a gloires de la France; » cependant le peu de mots prononcés à l'occasion de Déranger sont évidemment très-flatteurs pour le poète. Ils ont dû tromper la masse des lecteurs sur les opinions personnelles de l'écrivain.

A partir de ce moment, d'aiUeurs, le Figaro tâtera le terrain avec plus de hardiesse, et hasardera, sous des signatures d'emprunt, d'abord en petit texte, quelques attaques plus ou moins brutales, mais dont il lui sera facile de repousser au besoin la responsabilité. Quand M, Satané Bin,et (un pseudonyme que nous respectons volontiers), se moque de M. Lapointe; quand il appelle le chansonnier «le vieux malin qui avait nom Béranger, » et « faux bonhonmie ; » quand il annonce que le poète national « fut poète comme il était honnête, sans élévation ni chaleur ; » quand ledit Satané Binet parle de « pratique savamment calculée de toutes les vertus négatives, patriotisme sans dévouement, bienfaisance sans oubU de soi, fidélité sans héroïsme, » M. Jouvin, M. de Villemessant, le Figaro ^ en un mot, n'est qu'à moitié compromis. — « Dans ma boutique, peut répondre Thonnôte barbier, chacun est responsable de ses propres paroles. Je laisse jaser l'un et

tf FIGARO. 243

l'autre pour le profit de tout le monde et pour le mien. »

Plus tard, lorsqu'à dteift un passage audacieusement ^ow^du livre, de M. Proudlion *, il pourra, avec le même succès, fiaire encore la même réi)onse. — Est-ce lui qui parle ? Ma foi, non ! c'est M. Proudhon; qu'on s'en prenne au terrible révolutionnaire 1 — Si on lui demande pourquoi il a choisi et rapproché toutes les expressions défavorables au poëte populaire, pourquoi il a supprimé tous les éloges et commis de la sorte un mensonge en trompant le public sur les sentiments véritables de M. Proudhon à Tégard du chansonnier, il s'écriera, avec une pirouette, qu'il a beaucoup connu Basile et I)eaucoup profité de ses conseils.

En 1860, seulement, Figaro trouve le courage de dire sa pensée sur Thonmie que tous les partis ont plus ou moins attaqué, dont la popularité n'est plus à ménager, et qui lui semble assez mort pour qu'il ose le tuer. Alors, animé d'une résolution inébranlable, il brandit son rasoir, et M. Jouvin apparaît au dernier moment, comme le DeiLs ex machina de la comédie antique.

Le gendre de M. de Villemessant a consacré trois articles à Déranger, du 1" avril au 10 mai. Celui du 15 avril contient seulement les excuses de l'écrivain pour le long retard qu'il apporte à l'exécution définitive du patient laissé pendant six semaines sur le chevalet.

Nous citerons peu de choses de ce travail si lon-

* DelaJustUe dans la Aévolution et dans VÊgUse, 1858.

244 BÉRANGBR.

guement caressé, si parfsdtement insigniâant, et tout à fait pitoyable au point de vije du style et de l'habileté. Il ne contient rien de nouveau. Venu après tout le monde, Figaro glane ses injures de côté et d'autre, ramasse les gros mots de MM. de Pontmartin et Veuillot, cueille avec soin les allusions de M. Sainte-Beuve, collectionne les passages les plus véhéments du réquisitoire de M. Pelletan, et donne à ses lecteurs, avec une solennité risible, ce plat réchauffé où il ajoute quelques piments de son cru. Il vient dire au chansonnier mort depuis trois ans :

Vous avez servi des rancunes, vous avez flatté des passions, vous avez excusé et absous des actions mauvaises^ que tous jugiez telles^ mais dont vous espériez le triomphe de vos principes ; puis^ ce triomphe obtenu^ vous l'avez regretté, que dis-je î vous l'avez déserté !

Ici M. Sainte-Beuve intervient avec le mot prétendu de Béranger à Chateaubriand sur la République, puis le féroce Andaloux reprenant la parole se livre à une véritable orgie de figures de réihorique. Il nous montre « les monomanes d'athéisme» décorant Béranger des singuliers titres de « PhUopcemen de V incrédulité y> et de oiRienzi de la jawdriole, » Alors, empruntant à M. Veuillot son genre de facéties épicées, ses jeux de mots attiques S il annonce, urhi et orM, que Béranger trouvait « du ragoût aux confidences d'une cuisinière et du parfim au suffrage d'une harengère, »

1 Voir ci-dessus, p. 175, « les gaz de rétablissement Havin, lin* leine du cordonnier poëte, » etc. (L. Veuillot).

« RâgoiU » opposé à a cuisinière, » et « parfum » opposé à «harengère, » n'est-ce pas du dernier fin? Mais Tesprit n'empêcha pas le cœur, et Ton est homme quoique barbier.

Passant du graye au doux, du plaisant au sévère,

M. Jouvin s'indigne de la dureté et de Tégoïsme de l'immoral chansonnier, au sujet de ses relations avec Adélaïde Paron, qui l'avait trompé, puis quitté après l'avoir rendu père. L'enfant était-il du fait de Déranger ou du fait d'un autre? C'est ce que Béranger ni personne n'a jamais pu savoir.

Nous citons :

Adélaïde Paron ayant abandonné son enfant, la nourrice le rapporte au domicile du jeune employé. Béranger écrivit alors à son ami Quénescourt : « Vous ne sauriez croire^ mon cher » ami, et je le dis à ma honte, combien l'idée de ma liberté » désormais enchaînée par le nouveau rôle que je suis obligé » de jouer me cause de chagrin... la liberté me restait : elle » réparait toutes mes pertes^ et il y faut renoncer... je crains » bien de dire adieu aux chansons. »

Ce cri de Végdisme blessé, ajoute M. Jouvin, est affreux à entendre auprès du berceau d*un nouveatjir^é»

Son exquise sensibilité égare le pieux journal. Prenons la citation telle qu'elle nous est donnée *, rappelons-nous que Béranger fort jeune, sans avenir assuré, vivait péniblement du modique traitement d'expéditionnaire qu'il touchait à son ministère ;

* 11 faut pourtant ajouter cette phrase omise : « Je ne suis pas » maître des regrets que cela me donne , mais vous pouvez bien pen. » ser que ma conduite envers l'enfant n*en est pas moins celle qu'il » me ' convient de tenir. » (Corresp.y 1. 1, p. 106.)

n'oublions pas qu'il avait quelques motifs de douter de sa paternité, et nous serons simplement touchés de voir avec quelle résignation le poète se charge, sans hésiter, du lourd fardeau d'un enfant à élever, à nourrir. Il n'a point d'enthousiasme, et cela se comprend ; il fait un retour sur lui-même à qui Tincurable légèreté d'Adélaïde Paron — elle ne savait pas même remplir les devoirs de mère I — enlève brusquement une liberté, son unique bien, si chère au chansonnier, mais il ne songe pas un inst^pt à repousser le nouveau-né qu'il lui était si facile, si permis de renier. Après un soupir involontaire, il accepte résolument ses nouveaux devoirs paternels: il les remplira jusqu'au bout avec un dévouement digne d'éloges, quoique bien mal reconnu par ce fils peu méritant.

Figaro trouve aff rêvas ce cri de l'égoïsme; mais Figaro n'y entend rien. Ce sont là des questions de morale et de devoir en dehors de sa compétence. Le style macaronique est bien mieux son afTaire que le sentiment. En plus de la mauvaise foi, il apporte dans ces graves matières une grande inexpérience, et pleure mal à propos. Sa conclusion prouverait au besoin l'étrange désarroi de ses principes et le cas qu'il convient de faire de ses accès maladroits de vertu subite, puisqu'il s'écrie au sujet de la première jeunesse du chansonnier : Il n'y a là <k ni poéçie, ni imprévu, ni désordre I Le chantre de la jeunesse n'eut jamais vingt ans ! »

Pas de désordre ! voilà un singulier reproche qui rappelle brusquement la dualité comique de ce journal farceur et cathohque, catholique «et farceur.

Ce' qu'il y a de vraiment intéressant dans le premier article de M. Jbuvin, ce senties lignes consacrées à M. Sainte-Beuve. Voici ce qu'en dit l'écrivain religieux de la feuille monarchique de M. de Villemessant :

Un an ou deux avant la mort du chansonnier^ M. Sainte- Beuve^ voyant la flamme baisser, en approcha avec des précautions infinies^ déchargea le sceau dont il était muni^ et s'enfuit à toutes jambes.

Il prétend que Véminent critique a décoché « sowrnoisement et la bouche en camT^ les vérités les plus fortes au chansonnier et quelquefois à Thomme, » puis il ajoute :

0 n'a pas l'air d'y toucher seulement^ il ouvre le recueil

sans afiéctation mais son œil exercé vise froidement et de

préférence les compositions populaires consacrées par une longue admiration. Analysant U Dieu des bonnes gens^ auquel M. de Chateaubriand trouvait des beautés dans le goût de Tacite, M. Sainte^uve s'attaque justement à la strophe la plus belle et la plus louée de cette chanson célèbre. Il regrette^ avec sa bonhomie habituelle^ d'y trouver des chevilles un peu fortes Quand il a mis le poète en sang^ M. Sainte- Beuve^ toujours avec cette griffe cachée sous le plus fin duvei (t), égratigne l'homme^ l'homme excellent comme il l'appeUe^ etc.

Cherchez sous le bonbon qui est à la surface la pilule amère ; remplacez par le terme exact et le mot sincère^ les euphémismes doucereux^ et vous verrez que l'opinion modérée dans la forme de M. Sainte-Beuve condamne au fond ce que flétrit si énergiquegient la véhémente apostrophe de M. L. YeuiUot.

Dans le parti du Figaro et de M de Pontmartin,

248 BÉRAN6ER.

on a la moDomanie d'embaucher M. Sainte-Beuve. Gela seu comprend : c'est un parti où la présence d'un homme de talent produirait quelque sensation et paraît tout à fait urgente.

Après ce premier coup de foudre de Figaro-Jupin, la France attend quinze jours sans qu'un nouvel éclair signale la présence du dieu. Enfin, le 15 avril, M. Jouvin sort de son repos pour annoncer qu'il y aura relâche. — J*ai, dit-il à M. de Villemessant, reçu un grand nombre de lettres destinées à défendre Bérauger contre mes attaques, a Elles ne sont pas signées et manquent d'orthographe. »

N'était-ce pas le cas d'égayer le pubhc aux dépens de ces admirateurs endurcis du chansonnier, de ces « imbéciles » comme les appelle l'illustre feuilletonniste du Figaro ? Cependant M. Jouvin ne cite pas une Ugne, pas un mot de ces lettres si ridicules. L'affaire a été jugée à huis-clos et Von nous donne seulement le dispositif du jugement. Toutefois ces pauvres lettres anonymes et sans orthographe semblent avoir à la fois irrité et rendu plus prudent celui qui les a reçues, lues et gardées pour lui. Hier, il s'effaçait derrière M. Sainte-Beuve et se faisait un rempart du nom de l'éminent critique ; aujourd'hui ce nom ne lui sufîit plus et le voilà entassant Pé- Uon sur Ossa, M. de Pontmartin sur M. Veuillot, M. Proudhon (déjà cité, et Ton sait comment !) sur M. Pelletan, implorant du renfort de tous les points de l'horizon poUtique, « s'arcboutant au vainqueur pour ruer contre le vaincu » (en style plus simple et plus gaulois, cela s'appelle « donner le coup de pied de l'âne »), s'efforçant de nous prouver que tout le

monde a jeté la pierre au chansonnier et que Figaro arrive le dernier pour renverser de son piédestal une statue... par terre.

Dès qu'il s*est un peu rassuré en dénombrant ses complices, dès qu'il les a mis entre Topinion publique et lui, il se dresse sur la pointe des pieds et s'écrie de la voix tonnante d'un homme qui s'apprête à enfoncer une porte ouverte :

Il FAUT QUE Béranger SOIT JUGÉ ; IL LE SERA I Le iafMge de quelques comparses faufilés dans la salle d'audience, ne fera pas remettre l'affaire et n^intimidera personne.

Un mattre fon qui, dit-on, nt jadis nuiinte fredaine.

Des lo^es de Charenton, S*e8t enfui l'antre semaine.

Ghes nn jnge qui griffonnait.

Il arrife et prend simarre et bonnet.

Puis à Taudienee hors d'haleine, Il entre et soudain dit : Priehi! Prêcha !

Et patati, et patata.

Prêtons bien l'oreille a ce discours-la 1

Cependant l'afEedre est remise au 10 mai. Il a fallu vin^t-cinq jours pour que M. l'avocat du roi fût prêt à débiter son réquisitoire, un peu tardif à la vérité, puisque, si nous devons en croire M. Jouvin, l'accusé a été condamné déjà par toutes les juridictions compétentes.

Enfin, le gendre de M. de Villemessant se lève et prend la parole. Il débute par un exorde ex abrupto. L^indignation contenue pendant trois longues années déborde du « vase d'élection. »

— Le chansonnier, dit-il, qui devrait être assis

250 BÉRANOER.

sur ce banc s'il n'était exécuté depuis longtemps, grâce au courage de MM. de Pontmartin, Veuillot, Proudhon, PeUetan, etc., dont la précipitation a malheureusement devancé mon ardeur, est un « hypocrite et un fov/rbe politique, » Qu'on ne dise pas le contraire, je Tai « surpris dans la voie des aveux cyniquss. Ce bourgeois égoïste et trembleur, s'arcboute au vainqueur pour ruer contre le vaincu, » — Je le sais I cette tactique m'est familière et je m'y connais.

Alors revenant à sa préoccupation favorite, et voulant dissiper jusqu'à l'ombre d'une hésitation dans l'esprit des jurés, il ordonne qu'on introduise les témoins.

Voici d'abord M. Guizot, puis M. Louis Blanc, puis toujours M. Veuillot, M. Proadhon, M. de Pontmartin, M. Sainte-Beuve, M. Eugène PeUetan. Ces derniers, un peu fatigués de si fréquentes inte^ pellations, sont encouragés par quelques mots d'approbation. Du reste, l'accusateur public déploie un immense talent dans la façon dont il fait parler les témoins à charge ; il sait poser les questions, couper la réponse au bon moment, souligner le mot grave, interpréter la phrase inachevée.

L'audition des témoins terminée, il reprend la parole à son tour, et, objurguant avec une éloquence foudroyante les « quelques comparses faufilés dans l'audience, » les écrasant du geste et du regard, il prononce cette mémorable tirade :

<c J'en appelle au bon sens de MM. les jurés : l'amitié sans faiblesse de M. Louis Blanc ^ et TimpartiaUté un peu dédai-

< Pourquoi ne relèverions-nous pas un nouveau mensonge ptf

u rtOAkD. Î51

ds M. GnnoT, ne condamneot-elle» pas chez le chanjBJ ne crut à rien et oe respecta rien i,gensstinn dans t) ce qu'ont Etigmatûé sans concert l'âpre éloquence DIS Vedillot, l'ironie sanglante de H. Psoudhon, les r^K^saiUea ' de M. de PonTiuaTm, la critique insufit mouchetée d'indulgence de U. Siinte-Bedvk (soutprobation dans la tribune des journalistes' et la UBËRALE de M. EocÉKE PelletjlnT (stupeur géné-

i cette terrible apostrophe, Figaro aborde la son et termine par les considérations de le plus élevé :

i^pas, diti-il d'une voix grave — dont le timbre sévère iifondément l'auditoire —, n'obligei pas la poslérilé enir que le chansonnier s'est vanté de sang-bvid et en orieuses'*, d'avoir usé sa poudre et ses balles dans le u trftne ; qu'il reste convaincu d'avoir conduit, en , au aac de la société, tous ces hommes de mauv|^e ijue (applandiasements aussitôt réprimés par les huisit les convoitises eUrénées (mouvement) arrachaient foaaion douloureuse à H. Lafiite ; a Quelle canaille, r Bénmger, écrivait l'ei-président du Conseil au

IBS le genre de celui que nous avons déji ligoaié au anjel m Ttilei de H. ProudhonT Le Figaro cite amsi U. Louis «ilnedlt pai tout. Il oublie à desBein de parler des lettres loi Bdlean a reproduites dans la Correipondanee. Elles aeati formel de l'opinion malveillante attribuée à l'auteur

chansonnier, le il mars i837^ — quelle canaille que laphfcpart de nos amis de quinze ans ! »

« Le mot n'est pas parlementaire ; je ne l'eusse peut-être pas risqué, mais, puisqu'il est acquis à l'histoire, je le maintiens et je proposerai un amendement à la phrase de l'honorable M. Laffite : Si au lieu de la plupart nous écrivions twiê ! l'arrêt émané d'un tel juge ne serait pas moins piquant, et il serait beaucoup plus juste »

11 poursuivait sur ce ton, Quand deux bisets, sous les armes, ' Ramènent à Gharenton

Cet orateur plein de chamaes.

Néanmoins l'avocat Bêlant S'écrie : Ah l les fous ont bien du talent I

Tai fait rire et verser des larmes ; Mais je n'ai rien dit qui valût cela.

Et patati, et patata, C'est moi qu'on sifQait sous ce discours-là * .

¥oi\k comment Taffaire du Figaro contre Béranger n*eût pas de suite, mais le chansonnier I*a échappé belle.

* BiBARGER, Le jtige de CharenUm

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