‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 2)Chapitre 39 sur 67 · LAURENT PICHAT · texte numérisé non relu

LAURENT PICHAT

autre école littérairiB que celle dont Déranger a été le dernier représentant à notre époque , Tabsence de toute relation personnelle entre le critique et le poète qui venait de mourjr et que l'armée de Paris avait protégé contre l'enthousiasme populaire, tout contribue à donner au travail de M. Laurent Pichat un intérêt particulier et une importance à part.

A nos yeux, il est bien évident que M. Laurent Pichat n'a pas, pour Déranger, une de ces sympa-, thies innées, une de ces admirations naturelles qui vous entraînent du premier coup vers un homme, vers un poète. Il a fallu, au contraire, que l'écrivain fît effort pour tendre une main amie et loyale au chansonnier ; il a fallu qu'il dégageât son esprit de diverses préventions et de nombreuses inquiétudes.

Cela se comprend : comme homme il prêche et pratique une autre politique que celle de Déranger; comme philosophe et comme poète, il a d'autres maîtres et d'autres dieux que le chansonnier.

Mais M. Laurent Pichat aime avant tout, nous le croyons et il l'a prouvé en cette occasion, la vérité : du moment où il la connaît, il la proclame, malgré les clameurs de ses amis, malgré la secrète protestation de son goût individuel. L'ancien rédacteur de la Revue de Paris a donc étudié la vie et les œuvres du chansonnier, sans enthousiasme préconçu, mais avec une tenace impartialité, et la volonté bien arrêtée de voir juste et de dire ensuite ce qu'il aurait vu, tout ce qu'il aurait vu. Le résultat a été éminemment favorable à Déranger;— pouvait-il en être autrement pour un homme de bon sens et de bonne foi?

140 BÉBANGER.

Les pages * remarquables consacrées par M. Laurent Pichat à Déranger, sont peut-être des meilleures qui soient sorties de la plume de cet ami assidu et désintéressé des lettres :

Le début de son article indique bien Tantagonisme que nous avons signalé dans ses sentiments envers le chansonnier :

On dit que Gaton. traduit en justice et accusé par ses ennemis^ à quatre-vingt-trois ans^ prononça les paroles suivantes en face du peuple : ta II est bien difficile, Romains^ de rendre compte de sa conduite devant des hommes d'un autre siècle que celui où Von a vécu. » Il est bon de se rappeler ces paroles quand on veut étudier une existence bien remplie et juger cinquante années de gloire^ avec Veaspérience passionnée que les faits donnent aux générations actuelles. A l'heure où nous sommes^ nous déclarons que nous serions entraîné à une sévérité peut-être injuste^ si nous restions au point d^ vue impitoyable de notre opinion.

Cependant l'auteur ajoute quelques lignes plus' loin :

Nous conserverons... toute Fardeurde nos sentiments pour esquisser une étude du poète illustre qui vient de mourir.

Seulement cette ardeur est celle gui anime les nobles sentiments, Tamour de la liberté et l'amour de la vérité ; elle n'a rien de commun avec l'ardeur du mauvais espiit de parti, elle ne conduit pas au bourbier où s'est jeté M. Pelletan, pour y noyer Déranger.

Sans rien abdiquer de l'ardeur de ses sentiments,

* Les poètes de combat, 1 vol. Hetzel.

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