‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 2)Chapitre 44 sur 67 · DE LOMÉNIE · texte numérisé non relu

DE LOMÉNIE

se préservant ainsi des illusions auxquelles les partis sont si faciles^ approuvant dans les doctrines socialistes leur entreprise contre le mal^ mais repoussant Tutopie^ appelant Fourîer^ par exemple, un génie égaré par Tarithmétique, et qui a méprisé les puissances morales.

M. Bersot n'est pas SQulement moraliste ; il manie aussi avec une extrême légèreté Tironie, et le trait plus léger entre plus profondément : c'est qu'il est lancé par le bon sens lui-même, ainsi qu'on a pu en juger par le charmant passage que nous avons cité à propos de M. Cuvillier-Fleury ^

Béranger, s'écrie-t-il vers la fm de son étude, a composé sa vie ; quel mal y a-t-il à cela ? Je m'étonne toujours d'entendre reprocher à des hommes de soigner leur réputation.^, quand je considère ce- que ce pays fait des réputations qu'on lui sacrifie. S'il nous est permis de mettre dans toutes nos œuvres, jusque dans une lettre à un ami, une certaine convenance, on ne voit pas pourquoi il nous serait défendu de la mettre dans notre vie, qui est une œuvre aussi et difficile. Il n'y a d'interdit que le mensonge; or, en suivant toute la vie de Béranger, dans rhistoire du temps et dans la Correspondance, elle ne me semble pas mentir : sa conduite publique n'est que le relief de son caractère, s'il a choisi un rôle, il a choisi celui qui était dans sa nature.

Nous ne citerons pas davantage et nous aurons assea; cité si nous avons inspiré le désir de lire cet article à ceux qui ne te connaissent pas encore, et de le relire à ceux qui l'ont déjà lu.

Malgré la date de son étude sur Béranger, M. de

< Voir 5« partie, t. II, p. 88 et 89.

^ Ils le doivent d'autant plus que leur réputation n*e8t pas seulement à eux: elle appartient aussi à leur pays.

17i BÉRANGER.

Loménie doit prendre place dans ces pages, non pas toutefois avec le développement qu'il mériterait, mais afin de ne pas laisser dans notre travail une grave lacune, en négligeant de nommer un des écrivains distingués de notre époque, et l'un de ceux qui ont le mieux parlé du chanspnnier.

Tout le monde a parcouru la Galerie des Contemporains illustres par un homme de rien^ et nous n'avons pas à juger dans son ensemble cette œuvre intéressante : elle a classé du premier coup Vhomme de rien parmi les Contemporains dont il esquissait le portrait. Au milieu des portraits de cette galerie se trouve la ligure de Déranger *, et dessinée de main de maître. M. Louis de Loménie a voulu surtout écrire une Biographie du poète national : il Ta fait avec une telle mesure, ime connaissance si parfaite de son sujet, qu'après plus de vingt ans, et la pul)lication de Ma Biographie par Déranger lui-même, il n'y a peut-être pas un mot à changer, pas ime erreur à relever dans ces pages remplies d'esprit et de vérité. Nous devons môme constater, car le phénomène en vaut la peine, que pas un des récits publiés par les divers critiques, depuis la mort de Déranger, n'est aussi exact, aussi parfait d'appréciation que ce récit bien antérieur, où Ton aurait pu excuser des erreurs et des oublis.

Ni M. de Lamartine, un ami pourtant du chansonnier 2, ni M. Proudhon, ne paraissent avoir été aussi au courant de la réalité de cette belle exis-

« Tome !•', 3« édition, 1840.

3 M. de Loménie ne connaissait pas personnellement Bérangér.

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