‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 2)Chapitre 7 sur 67 · NOS INTIMES · texte numérisé non relu

NOS INTIMES

Bolieav. — M*"* Marie de SoIoib. — ■■. PerretlB* — Napelé«B Peyrai. — Joseph Bernard.

Il est difficile de vivre, il est triste de mourir dans certaines époques tourmentées, oa l'anarchie des croyances affaiblit les caractères, où des aspirai* tions vagues et des haines positives remplissent le^ cœurs. Au moment de la lutte, l'équité devient la plus rare des vertus. Les ennemis de Déranger^ au besoin, nous démontreraient cette vérité.

Si le poète a pu garder sa vie pure de faiblesses et de violences, parce qu'il dépendait* de lui seul de la diriger vers le but qu'il avait marqué, il ne lui était pas donné de choisir l'helire de sa mort.

2 BÉRANGEH.

Un demi-siècle tout entier s*est vengé en quelques heures, sur sa mémoire, des nombreuses leçons infligées par le chansonnier national. Gela pourra paraître étrange à ceux qui, plus tard, liront de sang-froid l'histoire des soixante dernières années : s'il était mort avant la révolution de février, personne n'aurait jamais songé à faire subir à sa mémoire les attaques dont elle a été l'objet en 1857.

Faut-il regretter cette réaction? Pour ma part, je ne le crois pas. On a traduit le poète, l'homme et le citoyen devant le tribunal de l'opinion publique, mais je ne vois bien clairement que des juges, des accusateurs, ime condamnation. A cette sorte de parodie, pour qu'elle devint une réalité, le coupable seul a manqué. Ce n'est pas, du reste, la première fois que s'offre xm semblable spectacle, et toujours il produit à sa suite im grand enseignement. On se juge soimême heureusement en jugeant les autres, et tout verdict fait mieux connaître le degré de moraUté du juge qui le prononce, que la culpabilité ou l'innocence de l'accusé.

Si donc Déranger n'avait rien à redouter des grands coups de plume destinés à le pourfendre, il resterait néanmoins à chercher les causes multiples de ces attaques violentes et de la singuUère timidité des avocats d'office qui ont présenté la défense du prévenu. Quoi de plus important, quand on veut apprécier une génération, une époque, que d'être instruit de ses admirations et de ses antipathies ? Sans contredît, tous les goûts sont dans la nature : cela n'empêche pas qu'il n'y ait des goûts délicats et des goûts grossiers, et que la dépravation du sens

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du goût Itdrmôme ne soit un indice très-certain de maladie.

Nos sentiments sont le commentaire vivant de notre âme. Sans eux, que serait-elle ? Un texte bien obscur où ne se lirait jamais la vérité.

D'autre part, cette réaction était inévitable. Il valait donc mieux qu'elle éclatât sans mesure, quelquefois sans dignité, toute en un jour. L envie et la haine conseillent mal, la colère est maladroite; les ennemis de Béranger ont presque oublié d'être perfides : Errare hwnfumvm est. D'ailleurs le chansonnier ne Tavait-il pas dit lui-même ?

A la fin d'ia campagne, Nous s'rons tout étonnés Qu'en enchaînant l'Espagne Nous nous s*roDs enchaînés.

Ce fat d'abord un singulier spectacle, et qui rendit plus sensible l'étrange désarroi où l'on savait être les idées et les sentiments du pays. On vit, contre ce mort qui, durant sa vie, avait joui de la popularité la plus longue et la moins contestée, se liguer ensemble, malgré des croyances inconciliaW.es, les hommes des partis les plus opposés, légitimistes, orléanistes, libéraux, cléricaux, républicains, démocrates et socialistes. On vit la Presse et ï Univers relirgieux se serrer cordialement la main sur la tombe de Manuel et de Déranger ; M. de Pontmartin féliciter M. Sainte-Beuve d'avoir rendu un immense service à la morale ; M. Gh. de Mazade, dans la Revue des Deux-Mondes, s'arrêter aux insinuations pour laisser à M. Montéiivxt l'honneur d'achever un blessé.

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