‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 14 sur 68 · NAPOLÉON PEYRAT · texte numérisé non relu

NAPOLÉON PEYRAT

Aussi tous ceux qui se rattachent de près ou de loin à la bohème, soit littéraire, soit politique, car cette dernière existe, éprouvent-ils contre Béranger une antipathie bien naturelle. Sa vie pauvre et simple, son intelligence nette et calme les irritent comme la plus sanglante satire de leur existence misérable et pleine d'affectation, de leurs écrits maladifs et boursouflés.

« Votre lettre^ mon cher enfant^ me fournit une occasion » de vous gronder^ qu'il faut saisir^ vu qu'il n'y a pas souvent » à reprendre en vous. Dites-moi^ pourquoi cette sauvagerie » qui vous fait ainsi éviter les gens remarquables qui visitent » la maison où vous vivez ? Quoi I lorsque vous pouvez vous • trouver avec des personnes qui, quelles qu'elles soient^ pour^ » raient vous être bonnes à connaître^ vous fuyez votre g^te ! » Mais^ mon cher ami^ ne craignez-vous pas d'abord qu'on » n'attribue Teflroi qu'elles vous causent à un amowr-propre » eaxsemf et mal satisfait ? Puis, n'y a-t-ii pas plus à gagner » avec des gens qui ont plus vécu et autrement vécu que vous? » Ne savent-ils pas bien des choses que vous ignorez? Surtout, » comment vous formerez-vous une opinion juste de vos sem- » blables, si vous vous tenez toujours si loin d'eux? Peut-être » avec cette misanthropie vague» si commune à voire âge, » ête9-ix>us diêposé à accuser notre pauA)re espèce, au moinscette » portion qu'on appelle la société à Paris ? Pourquoi ne pas vé-

instroction, gans guide, et n'ayant ponr tout avenir qu'une vocation poétique. Doué d*un esprit observateur et pénétrant, livré à tous 1m hasards de la misère, si l'on peut s'étonner d'une chose, c'est que son cœur ait été asseï fort et son sens assez droit pour repousser les assauts qae l'envie dut alors lui livrer; c'est que sa muse, dès lîette époque, n'ait compté dans uotre espèce,

Qoe des fous, pas de méchants. ■

(G*« GLÉHurr de Ris, Critiqués d'art et de littérature, BtflANOEft.)

50 BÉBAMGER.

» rifier si tout le mal qu'on en dit est fondé? On a prétendu p (eh^ bon Dieu! que n'a-t-on pas prétendu?) que plus on » connaît les hommes et moins on devait les aimer. Ceci est » faux complètement. Cest faute de les bien cormaitre qu'on » les prend en aversion. L'étude approfondie qu'on a faite d'eux. » dans les différentes conditions^ conduit au contraire à se con- » vaincre que leur nature est généralement bonne. Dans cette • matière^ l'indulgence naît de la science. Ne négligez donc » pas de vivre avec vos frères^ sans quoi txms n'apprendrez » jamais à leur devenir utils. Et &est la mission que le Père » commun nous a donnée à tous, et à laquelle nous devons em- » ployer toutes nos forces physiques et intelleUuêUes. C'est n parce que j'ai eu aussi de la sauvagerie, et il m'en est resté 9 assez sans qu'on s*en doute> que je veux vous mettre en » garde contre un défaut qui unirait peut-être par annihiler » vos qualités heureuses. »

Si Béranger se trompe, l'erreur, on l'avouera, est noble et touchante ; elle sied assez bien, du reste, à un républicain qui avait foi au progrès. Est-ce là, ajouterons-nous, les sentiments et le langage de l'égoïste habile qu'on a voulu nous peindre? Remarquons encore avec quel soin il évite le ton pédantesque des faiseurs habituels de sermons, avec quelle grâce il présente la petite leçon qu'il veut dormer, avec quel tact heureux il s'attache à ne pas blesser la vanité même la plus susceptible. Béranger évidemment n'était point vaniteux. Les vaniteux ne sont-ils pas de tous les mortels ceux qui ménagent le moins la vanité d'autrui?

Nous terminerons ces citations de lettres par la suivante ; elle nous parait de nature à bien montrer ce qu'il y avait de lucidité dans le cœur de Béranger et de bonté dans son esprit. C'était en 1840. Béranger

NAPOLÉON PETRAT. 51

occupait alors une petite maison à Fontenay-sous- Bois. Il écrivit à M. Peyrat et proposa à son jeune ami de venir habiter chez le chansonnier, de lui servir « de bâton de vieillesse. ». Voici une partie de cette lettre:

« A présent^ je vous supplie de ne faire aucun sacri-

» fice^ car vous n'en trouveriez pas la compensation^ si ce n'est

» dans mon amitié; et, à votre â^e. l'amitié d'un vieillard n'est

» bonne qu'une heure par jour, où l'expérience de l'un s'épan-

» che dans l'imagination de l'autre. Vous parlez de poésie : la

» vieillesse n'en a plus, mon cher enfant, il lui faut la mort

» pour en retrouver ; car les souvenirs mêmes, die en fait de la

» prose, à force de les rabâcher. Ne vous faites donc pas d'illu-

» sion : votre vie ici ne peut qu'être incomplète^ et c'est pour-

» quoi j'ai tant hésité à vous proposer d'y venir, et qu'aujour-

» d'hui je me fais un devoir de vous éclairer. Je vous connais :

» une fois avec moi, vous aurez de la peine à chercher ailleurs

» un sort plus favorable, et pqurtant cela sera nécessaire, soit

» que vous vous mariiez enfin^ ce que je souhaite pour vous,

V soit qu'une position avantageuse vienne s'ofiGrir. Réfléchissez » donc bien à ce que vous devez faire : les gens de cœur en- » gagent trop facilement leur liberté, et leur dévouement les » empêche trop souvent de la recouvrer. La liberté, mon cher » omt, c'est Je bien le plus précieux ; j'ai bravé la misère pour » conserver la mienne Savez-vous qu'à votre &ge je n'aurais » pas accepté les propositions que je vous fais aujourd'hui ? » Si, il y a trente ans. Chateaubriand me fût venu dire : » « Voulez-vous vivre avec moi? » je lui aurais fait la révérence

V et tourné les talons, et pourtant il sonnait bien haut dans » mon esprit. Réfléchissez donc, je vous en prie encore. Voyez » si vous voulez être le bâton de vieillesse d'un homme bon, » sans doute, mais qui a ses manies qui n'iront qu'en augmen- » tant, son humeur qu'il n'a jamais su dominer, et qui, tout > en vous aimant, pourrait devenir insupportable. » .

En somme, ce nouveau volume sur Béranger offre un vif et sérieux intérêt, un haut enseignement moral. H sera consulté avec fruit et s'ajoutera aux témoignages que l'histoire recueille. Il a son importance, non-seulement par les documents qull renferme, les détails curieux et neufs qu'il fait connaître, les appréciations qu'il contient, mais encore par le talent et le caractère original de celui à qui nous le devons. Ces deux cent soixante-dix pages font mieux apprécier certains côtés de la nature de Béranger et nous révèlent d'une façon tout à fait inattendue la nature de M. Napoléon Peyrat, déjà connu, nous l'avons dit, par plusieurs travaux d'histoire, où l'imagination dominé et entraine parfois l'auteur. Cet historien est aussi un poète, à en juger par les fragments de vers insérés dans son récit. C'est donc avec plaisir que nous avons lu cette pubUcation sur le chansonnier, et nous croyons que tout le monde la lira avec profit. Néanmoins, nous le répétons, en hsant M. Peyrat, il faut se mettre en garde contre la roideur de son esprit dédaignant les nuances ; il faut surtout ne pas s'arrêter à certaines expressions un peu vives, et qui pourraient prêter à des inter^ prétations évidemment bien éloignées — nous voulons le croire — des sentiments de l'écrivain. H ne comprend pas Béranger tout entier, mais ses réticences et ses antipathies visibles donnent plus de poids à son approbation, quand ill'accorde hautement. D'ailleurs, il fait connaître de nombreuses et intéressantes lettres du chansonnier, et le meilleur service qu'on puisse lui rendre, c'est de lui laisser la parole.

JOeSPn BERNARD. 53

En achevant cette rapide revue de certains amis de Béranger, on s'apercevra que nous avons négligé de nommer M. Joseph Bernard, un des plus vieux amis — avec M. Antier — du poète mort. Cette omission n'est pas un oubli. M. Bernard aimait beaucoup Béranger. et Béranger avait pour M. Bernard une ^ande estime , une affection sincère ; par ce double motif, nous aurions désiré passer sous silence le volumineux travail dont nous allons nous occuper. C'est un long et gros ouvrage de 420 pages in-8* «, oh Técrivain a dépensé du temps, de la volonté, de la persévérance et toute l'érudition qu'il possédait.

Le titre de cette compilation nous contraint d'en parler. Elle est intitulée : Béranger et ses chansons, d'après des documents fournis par lui-mênie et avec sa coll<jJ>oration, L'auteur, dans la préface, explique ainsi le titre qu'il a choisi :

Béranger n'a rien lu de mon livre; mais^ depuis Fan- Dée 4846^ il ine remit successivement le manuscrit de tout ce qu'il avait écrit jusqu'à cette époque^ les notes préparées par lui (Béranger) et faites sur l'édition de 1815, des lettres de parents, des articles de revues étrangères, des livres qu'on lui avait envoyés, etc...

On le voit, la collaboration de Béranger n'eut rien de bien actif. Il a seulement fourni des matériaux dont il n'a jamais connu Tusage.

Alors donc, s'écrie M. Bernard en rapportant la conversation qu'il eut à ce sujet avec Béranger, ce serait comme une besogne à deux, mais moi restant maître absolu de ce que j'é-

« Deirto. — Paris, 1858.

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crirais et avec la condition expresse que vous n'auriez rien à y voir ; car je veux une indépendance entière...

Après avoir parcouru cet ouvrage, on reste, en effet, convaincu que l'auteur a gardé la plus entière indépendance, et que Déranger n'en a pas revu une seule ligne, un seul mot 1

Si l'on s'attendait à trouver dans cette analyse de TOUTES les chansons de Béranger, des détails expliquant leur raison d'être, ou les sentiments qui animaient le poète en les écrivant, les circonstances auxquelles elles répondaient, l'idée que le patriote y avait mise, on se tromperait étrangement. Ce commentaire considérable n'apprend rien de nouveau sur rhomme, et se montre en contradiction perpétuelle avec les idées et les plus chères croyances du chansonnier. Partout M. Bernard se livre à des réflexions fort morales, sans doute, mais o£&ant parfois un caractère trop marqué d'évidence : c'est du La Palisse dans la bouche de M. Prudhomme. Il nous donne son opinion sur le vin, la gloire, la patrie, les belles, et s'inquiète peu de nous faire mieux connaître l'opinion de Béranger.

Nous ne croyons pas que cette lacune tienne à de la négligence, et qu'on puisse en rendre M. Bernard responsable. S'il ne fait pas connaître Béranger, c'est qu'il ne le connaît pas. Il y a dans les Chan^ sons tout un ensemble philosophique, une sorte de dogme politique et moral, dont les parties sont étroitement unies : véritable énigme que M. Bernard n'a même pas tenté de deviner. Longtemps ce dernier a vécu auprès de Béranger ; mainte et mainte (Dis, il a causé avec lui ; mais les paroles du poète

JOSEPH BIBIURD. 55

ont yainement frappé les oreilles du critique : elles n*ont pas pénétré jusqu'à son cerveau. M. Bernard a entendu les mots dont se servait son interlocuteur, il ne semble pas avoir aperçu le sens intime qulls renfermaient.

Mahomet, dit-on , a converti sa servante et sa femme ; Déranger, moins heureux , n'a pas trouvé OD disciple dans son ami.

Ce n'est pas, d'ailleurs, \ indépendance du commentateur que nous blâmons, mais son ignorance parfaite des idées et des sentiments du chansonnier, dont il ne saisit jamais la pensée. Enfermé dans quelques vieux axiomes de morale banale, il profite seulement de l'occasion offerte par les vers du poète, pour proposer en style amphigourique des logogriphes à ses lecteurs. Prenons, au hasard, quelques exemples.

S'agit-il du Retour dans la patrie, et de ce vers :

Dieu 1 qo'nn exilé doit soafTHr 1 Voici la réflexion du critique :

Non, cependant^ d'être loin de son pays, mais de n*y pouvoir rentrer; car combien de gens vivent à l'étranger^ y vieillissent, y meurent sans songer au retour, qui fût devenu pour eux l'id^ fixe, unique, si on le leur avait interdit ! Les Lapons voyagent peu, les nègres ne voyagent guère, n'était la traite, inventée pour leur Inen : la raison, c'est que le ^hez soi des uns et des autres ne ressemble en rien à celui de tant de peuples. Mais entre les nations soi-disant civilisées, Anglais, Russes, Américains, où serait, en effet, la différence à cet égard?...

Gela dure, ainsi. toute une page; passons à la conclusion :

56 BÉRANGEa.

Le patriotisme pourrait prendre congé. Plaise à Dieu !

Veut-on un autre exemple de la façon singulière dont M. Bernard comprend et traduit son auteur? Écoutons ce qu*il nous dit à propos de VOmbre d'Anacrèon :

.... Thaïes ou Tyrtée auraient sans doute hésité en arrivant à cette proposition :

Jamais la tendre volupté N'approcha d'une âme flétrie.

Ils se seraient écriés en manière d'aparté : a Oh ! oh ! mais ne tenait-on pas de notre temps^ et n'en sera-t-il pas toujours ainsi^ que c'est précisément cette tendre volupté qui met un si grand nombre de pauvres âmes dans l'état que chacun sait? »

Le sens de ces deux vers est pourtant bien clair, et nous n'aurions pas cru qu'on piU s'y tromper. Ici tendre volupté signifie évidemment amour délicat. Il suffit de lire la chanson pour s'en convaincre. — Jamais l'amour délicat n'approcha d'une âme flétrie. — Y a-t-il rien de plus juste, et, ajoutons-le, rien de plus simple ?

Deux autres vers de cette chanson ont également attiré l'attention toute particulière du critique. Nous les citons, avec leur commentaire :

Bacchus, dieu toujours indompté, Remplira ta coupe tarie.

Oh ! sans doute^ Bacchus est un puissant dieu^ mais pour auxiliaire à la guerre et ailleurs, mérite-t-il foi ? Indompté, en effet, pour quiconque le veut honorer d'un culte particulier, et il a bientôt mis hors de combat ses amis et 4évots^ sa force consistant à les débarrasser de la leur, etc.

JOSBPfl BBRMARD. 57

Le sens de ces deux vers a encore échappé à M. Bernard. La chanson de Déranger est un appel aux armes. Il parle, non pas du Bacchus des ivrognes, mais du jeune et beau conquérant, et c'est un guerrier vainqueur qu*il invoque pour remplir la coupe tarie des Grecs esclaves.

Parfois, M. Bernard enveloppe son idée dans des formules d'oracle, aussi peu compromettantes et aussi peu claires que les réponses de la Pythie d'ÂpoUon, à Delphes. A propos d*ime des plus jolies chansons du premier recueil, le Violon brisé, où se trouve un accent attendri et une sensibilité délicate qui sont le charme original du talent.de Béranger, Fauteur déclare que :

Cest bien là l'expression d'un généreux sentiment^ et^ sous ce rapport^ le sujet a son prix ; mais que le poète pût 8*en tirer mieux, on hésiterait sans doute à le reconnaître où à le nier.

C'est là tout le commentaire : devine si tu peux, et choisis si tu l'oses 1

Où l'indépendance de M. Joseph Bernard brille de son plus vif éclat, c'est lorsqu'il parle des chansons patriotiques de Béranger. Le patriotisme parait être l'ennemi personnel de l'auteur du Bon sens d'un homme de rien, et ce n'est pas de M. Bernard que Béranger aurait pu dire :

Vooi que j*apprU à pleurer sur la France...

Les réflexions sur le Vieux Sergent méritent d'être citées en entier :

Idées^ vers, sentiments^ tout parut beau en 1815^ et me

58 BÉBANaSR.

paraît on peu faible en 48SO : Béranger était de cet arâ *. Parmi les hommes de cette époque, nul ne pourrait oublier l'indicible angoisse qui serrait l'âme à la vue de tous ces étrangers^ maîtres dans nos villes. Le patriotisme nous avait poussés sur eux ^^ le patriotisme les rejetait sur nous. Belle vertu ainsi comprise ! et dont tous purent goûter alors les fruits'!

f C'est II. Bernard qui le dit, mais il se pourrait hïea que Béranger ait pensé tout le contraire, sans que M. Bernard s'en doutât.

3 M. Bernard est-il bien sûr que ce soit le patriotisme? Plusieurs bons esprits ont pensé que Tambition de Napoléon \** y entrait pour quelque chose. Suivant eux, le patriotisme consiste à défendre sa patrie menacée, et nullement à tenter l'asservissement des nations voisines

' Tout le monde se rappelle ces beaux vers que M. Bernard trouve un peu faibles, au triple point de vue des idées, de la forme et des sentiments t

Qui noQs rendra, dit cet bomme bérolqoe.

Aux bords du Rhin, à Jemmapes, à Fleoms,

Ces paysans, fils de la République,

Sur la firontière à sa voix accooms ?

Pieds 008, sans pain, sourds aux lâches alarmes,

Tous à la gloire allaient du même paa.

Le Rhin lui seul peut retremper nos armes,

Dieu, mes enftuits, tous donne un beau trépas I

De quel éclat brillaient dans la bataille Ces habits bleus par la yictoire usés!

La liberté mêlait à la mitraiUe Des fers rompus et des sceptres brisés. Les nations, reines par nos conquêtes.

Ceignaient de fieurs le front de nos soldato. Heureux celui qui mourut dans ces flfetes] Dieu, mes enfonts, tous donne un beau trépas!

Tant de Tertu trop têt fut obscurcie.

Pour s'anoblir nos cheb sortent des rangs ;

Par la cartouche encor toute noircie, •

Leur bouche est prête à flatter les tyraoa.

La liberté déserte aTOC ses armes ;

D'un trêne à Tautre ils Tont oifrir leurs bru r

A notre gloire on mesure nos larmes.

Dieu, mes enikuts, tous donne un ben trépast

josEPn nftNAAD. 59

Cependant ce que nous avons peut-être trouvé de mieux dans ce gros volume où fourmillent les aperçus inattendus et les phrases surprenantes, c'est le commentaire relatif au Soir des Noces. L'auteur s'y révèle à la fois comme critique, moraliste, anecdotier, écrivain, en un mot avec tous ses moyens.

Certaines vérités peuvent étonner quand on les rapproche. En voici deux de ce genre : la première, qu'en se mariant, on amtinue à être homme, par conséquent à conserver son droit de ne pas être t^trturépour le plaisir du premier venu; la s&' eonde, que pour tel épouœ la pire torture serait de savoir sa femme aux bras d'autrui. Et ia conclusion?... ne se voit-elle pas? Alors j'ajouterai qu'un affreux bandit, condamné à mort^ il y a quelques années^ raconta pendant les débats^ qu'ayant surpris à l'écart un pauvre chaudronnier ambulant, il lui versa dans la bouche le plomb fondu préparé pour les élamages. 11 déclara de plus^ et en riant beaucoup^ que les grimaces du patient l'avaient fort amusé. Or^ quel coureur de bonnes fortunes, riant aussi des cris d'un mari trompé, peut se tenir pour bien sûr de ne pas ressembler en un point à cet affreux donneur de breuvage?

De nos jours, M. Prudhomme prend part à toutes les questions politiques, sociales, religieuses, morales et littéraires; partout il place son mot, il émet son aphorisme; dans tous les procès célèbres, il apporte sa déposition. Elle ne pouvait manquer au procèS'Béranger,

Heureux, trop heureux M. Joseph Prudhomme 1 II jouit en paix, lui, de la liberté de parler et d'écrire I Pour lui les immortels principes de 89, invoqués en tête de la Cionstitution, sont xme vérité. La tribune

60 BÉRANOBtl.

est-elle surveillée? le voilà orateur; la presse estelle réglementée? le voilà directeur de journal; le suffrage universel est-il éclairé? le voilà député; un grand poëte, un grand citoyen meurt-il? le voilà critique, le voilà moraliste !

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