‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 19 sur 68 · LA MORT ET LA POLICE · texte numérisé non relu

LA MORT ET LA POLICE

jiir dtt jâmazone».

De par le préfet de police Qui vous sait à Textrémilé, Moi, Monsieur, délégué d'office,

« Erreurs des critiques de Béranger, par M. Paul BorrEAu, 1858. ^ « ... dernier cri d'une gatté souffrante.... dernier accent d'une Toix qui s'éteint. « {Vie de Béranger, par M. P. Boiteau, 1861.)

Je Tient tous reaiettre en suite.

A table, et tîtc la gatté I

Que T08 docteara d'ici fassent ralvaite ;

Par eux toujours la mort prend ses ébats ;

Or, de mourir défense vous est faite. | ^.

Obéissez, Monsieur, ne moores pas 1 \

Vous mort, il fout «(u*on tous enterre. Que de gens Tiendront au eouToi 1 Pleureurs de mauvais caractère, Prêts à tout mettre en désarroi *.

Nous saTons comment tombe un roi :

Voudriez- TOUS que le cbar de l'Empire Sur TOtre fosse aUét faire un foux pas? Bien que ce mot vous arra^ un sourire. Obéissez, etc.

Tout TOUS défend la résistance ; Le prince et ses législateurs Comptent pour rien ce que la France Vous dut de cbants consolateurs :

Tous n*êtes point de nos flatteurs.

Pour les mouchards ^, une loi fort bén^ne, Vous met au ban, tous, stoc les forçats * : Flétri do nom de citoyen indigne, Obéisses, etc.

YiTez 1 A la cour Tont éclore Grandeur, clémence et loyauté.

« J'apprends qne des bodames de parti ne Toient dans cette triste solennité qu'une occasion de renouTeler ces désordres qui, etc. » (Prodam. de M. le Préfet de police. 16 juillet 1857.) — Nous rappelons que cette chanson, si curieusement prophétique, a été écrite par Béranger quatre ans sTant sa mort.

> « Le cortège funèbre était précédé d'un peloton de sergents de Tille... derrière le char Tenait un peloton de sergents de Tille. » (La B^oollièii, Béranger.)

s La loi électorale restreinte par la LégislaHve.

142 BÉRANaER.

Grflce à l'argent qui sert de chlore *,

Nous amputons la liberté.

Déesse au parlage effronté.

Presse et tribune existent pour mémoire.

ÀToir raison n'est plus un embarras :

Né tachant rien» le peuple va tout croire.

Obéissez, etc.

Mais Totre nom, avant l'année,

Doit de plus en plus s'amoindrir

Sous votre couronne fanée.

Sans risque pour nous à courir.

Oui bientôt vous pourrez mourir.

Alors tans hruii, tans discours >, sans service,

Un char décent vous conduira là-bas!

En attendant, aux ordres de police.

Obéissez, Monsieur, ne mourez pas.

Déranger a toujours été un peu prophète.

Puisque nous sommes en train de citer le chansonnier, nos lecteurs nous saim)nt gré, sans doute, de mettre sous leurs yeux le passage suivant d'une lettre entièrement inédite, adressée par le poète à un de ses amis. Elle porte la date du 6 décembre Î848 et précède de quatre jours, par conséquent, les élections qui ont décidé pour longtemps de Tavenir du pays. Elle est fort nette et prouve bien clairement que Bé-

* Chlore est sans doute mis ici pour Chloroforme,

3 « Le gouvernement ne souffrira pas qu'une manifestation tumultueuse se substitue au deuil respectueux et patriotique qui doit présider aux funérailles de Déranger.

» D'un autre côté, la volonté du défunt s'est manifestée par ces touchantes paroles :

« Quant à mes obsèques, si vous pouvez éviter le bruit public, faites-le, etc. » — {Proclamation du Préfet de poUee.) On a va, qu'en effet, le public et les discours avaient été supprimés.

SAINtE-BËUVE. 143

ranger, à ce moment, ne s'employait guère au retour du régime impérial, «préconisé, dit-on, par ses refrains. »

Voici ce passage :

« Aurons-nous Louis Bonaparte ou Gayaignac? Voilà Tuni- » que préoccupatioD. Si c'est le premier^ j'aurai peu de crédit » sous son règne • : je n'ai pas voulu le recevoir et, quoiqu'il « soit Vvnu lorsque j'étais absent *, je ne lui ai pas rendu sa » visite. Peut-être le général n'est-il pas plus satisfait de moi, » s'il sait que je n'ai pas voulu que mon nom fût mis en avant » par ses partisans. Toutefois j'ai dit et écrit que, ne pouvant 9 pas espérer d'avoir Lamartine', ce serait bien ceriainement » Caoaignac que je porterais et engagerais à porter, ce que 9 fat fait,

» A P..., où Ton n'aime pas la République, je pense que » Louis Bonaparte aura beaucoup de voix.

» Tout à vous,

i> Bérànger. y»

Enfin, M. Sainte-Beuve termine son appréciation de l'homme politique chez Déranger par un de ces singuliers mélanges dont il a seul le secret et qui contiennent des condiments pour tous les goûts.

On Ta défini^ ou plutôt il s'est défini lui-même (car je ne fais que rassembler les traits qu'il me fournit) plus patriote que libéral, plus démocrate que républicain, plus bonapartiste qu'impérialiste.

* Nous sommes au 6 décembre 184S, ne l'oublions pas.

> A son arrivée à Paris, après la Révolution de Février, le prince Louis-Napoléon avait, en effet, consacré à Béranger une de ses premières visites.

* « Qui depuis... Rome alors estimait sa vertu. »

Voilà ce qui est fort dair^à coup sûr, et si Ton ne sait pas après cela ropinion politique du chansonnier, c'est qu'on y met de la mauvaise grâce. Socialiste en 1850, Déranger se trouve, en 1861, patriote, libéral, démocrate, républicain, bonapartiste et impérialiste, n cesse tout à fait d'être un homme pour devenir une sorte de synthèse nationale, où Ton retrouve réunies et d'accord les opinions des divers partis qui se disputent l'opinion et le pouvoir depuis quelques soixante ans.

S^il est vrai, comme on le dit, qu'abondance de biens ne nuit pas, Béranger doit avoir été un honune extrêmement heureux.

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