DE LOMÉNIE
tence que Vhomme de rien. M. de Loménie a de plus excellemment apprécié le talent du poëte populaire et son mérite original; il a relevé, comme il convenait, ce genre inférieur de la chanson, auquel, depuis quelques années, nul ne s'est fait faute de donner son dédaigneux coup de pied. Aussi répondil à Déranger parlant dans sa préface du genre de la chanson avec une modestie excessive :
En vérité, M. de Béranger, on ne vous croit pas, et vous ne vous croyez pas vous-même, vous calomniez à plaisir votre génie et votre muse. Vous savez bien que, s'il y a au monde un genre de manifestation impérissable, c'est le chant, vous savez bien que livres et monuments tombent en poussière, et que le chant traverse les générations; vous savez bien que le chant ne craint ni le temps, ni la foudre, ni le glaive, ni la flamme, ni le déluge, parce qu'il se réfugie dans le cœur des hommes comme dans une arche de salut; vous savez bien qu'Homère, Pindare, Tyrtée, l'Arabe Antar, le Persan Firdouzi, David et les prophètes sont des faiseurs de chants. Vous savez bien que c'est une chanson qui, depuis cinquante ans, a remué la France et l'Europe, vous savez bien que cette chanson, qui s'appelle la Marsemaise^ a gagné des batailles, conquis des empires, brisé des trônes, enfanté des héros. — Vous savez tout cela; ne rapetissez donc pas votre œuvre, illustre chansonnier ! Vous avez fait mieux que la Marseillaise, car votre muse, étrangère aux eoccès politiques, ne s'est jamais dégradée à hurler autour de Téchafaud; quand vous l'avez voulu, vous avez donité au peuple l'instinct des nobles choses; vous avez imprimé dans son &me, en caractères de feu, les^grandes idées de gloire, d'honneur, de patrie, d'humanité. En cela vous avez dignement rempli la mission imposée par Dieu au génie; vous pouvez mourir tranquille: nos derniers neveux répéteront vos chants, et votre nom ne périra pas.
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Et M. de Loménie démontre sa thèse :
Lisez l'admirable ballade à la manière de Bûrger, intitulée Jacques. Quel poignant tableau des misères du paysan de nos campagnes^ écrasé par l'impôt, avec son quart d'arpent cher affermé y fumé par la misère et moissonné par l'usure! Comme toutes les parties de ce petit drame de cinquante vers sont merveilleusement disposées ! cette misérablecabane, cet enfant couché dans son berceau, cet homme mort d'épuisement sur un grabat, cette femme qui le croit endormi et l'appelle, cet huissier qui assiste impassible à ce spectacle de désolation, ce cri si naïf et si déchirant de détresse :
Demande on mois ponr tout payer.
Ah ! si le roi pouvait attendre 1
Et puis surtout ce refrain qui résonne par intervalles comme un glas funèbre :
Lève-toi, Jacques» lève-toi; Voici venir l'huissier du roi*
Elle appelle en vain, il rend réme.
Pour qui s*épuise à travailler La mort est un doux oreiller.
Bonnes gens, pries pour sa femme 1
L'orateur qtU aura à combattre à la tribune Viniquité de la répartition arithmétique de l'impôt, trouvera son plaidoyer tout fait; qu'il prenne la baUade de Béranger, et qu'il la récite. Cela vaudra les plus beaux morceaux d'éloquence parlementaire.
Poète lyrique. Déranger brille surtout par la soudaineté et la franche spontanéité de l'inspiration. Poyr atteindre au sublime, on voit qu'il n'a pas besoin de se battre les Qanc^) comme tant d'autres; il y arrive tout naturellement, sanst> effort et de plein saut Vous trouverez rarement dans ses vers :^ ce disparate si commun de nos jours, une pensée vaste soos