PRÉFACE. XI
j'ai rectifié avec modération les erreurs, quand elles provenaient de Tignorance de quelque fait matériel, ou d'une connaissance trop superficielle de l'œuvre du chansonnier.
Je n'ai jamais, dans cette tâche difficile, demandé à un écrivain quel était son drapeau, mais (si l'on peut ainsi parler) quelle était sa conscience. J'ai flétri avec la même énergie les invectives de M. de Pontmartin, les calomnies de M. Pelletan, les pantalonnades du Figaro. J'ai blâmé l'intolérance dans tous les camps, — qu'elle fût religieuse ou philosophique, — et je n'ai pas cru devoir mon admiration à tous ceux qui ont défendu Béranger, lorsque leur intervention m'a paru entachée d'arrière-pensées personnelles ou d'égoïstes faiblesses.
En agissant ainsi, en gardant mon entière indépendance, je ne me serai sans doute pas concilié la bienveillance de quelques-uns des Critiques que j'ai dû combattre. — Leur renom, la publicité dont ils disposent, pouvaient-ils m'arrêter ?
Mon but était de servir la vérité : j'ai dit la vérité.
Aujourd'hui, je le sais, le compromis a tout envahi. En politique, en philosophie, en religion, en morale, dans les journaux, à la tribune, il règne, il fait la loi. La science et les dogmes se donnent la
XII PRÉFACK.
maiDy et c'est en faisant le signe de la croix que l'on réfute le christianisme.
Je n'ai pas suivi ce système : j'ai exprimé mon sentiment, tout mon sentiment, sans m'inquiéter de ménager tel ou tel parti, dans la personne de tel ou tel de ses représentants. Je n'ai voulu m'incliner devant aucun d'eux.
Quel que soit le sort réservé à ce livre, il a déjà reçu pour moi sa meilleure et sa plus douce récompense, puisqu'il a mérité votre approbation, puisqu'il m'a permis de mieux apprécier votre cœur et quelques-uns des côtés les plus élevés de votre esprit.
Arthur Arnould.
Fontenay>aux-Roses, 17. Avril 1864.