‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiquesChapitre 26 sur 39 · MICHELET · texte numérisé non relu

MICHELET

silence beaucoup d'anecdotes et de traits que nous aurions voulu reproduire , et que Ton retrouvera dans ce volume si court et si rempli dont nous n'avons pas même pu prendre le « dessus du panier; » nous devons renoncer à rapporter ce que disait Béranger de l'évangile, de Danton et de Robespierre , de l'organisation de la commune, dont le chansonnier voulait qu'on fit « une sorte de famille, une association de secours mutuels avec école, salles d'asile, hôpitaux, lieux de retraite pour les vieillards; » dans laquelle il demandait que « les fonctions municipales ne soient pas immobilisées longtemps dans les mêmes mains ' . »

Voici la conclusion de M. Noël :

Il aimait le peuple, moins pour l'instruire que pour s'en instruire, que pour s'y retrouver lui-même dans ses sentiments naïfs. Le peuple était sa muse. Il le suivit et ne se trompa pas. Dans un siècle de prédicateurs, il ne chercha pas à l'endoctriner, à le faire entrer dans ses pensées personnelles; il se plaisait, au contraire, à recevoir de lui des leçons... quelles leçons! Elles en ont fait un poëte immortel.

Et maintenant M. Eugène Pelletan veut-il encore compter avec nous ceux qui sont pour Béranger et ceux qui sont contre lui ! « Veut-il juger le chansonnier par qui l'attaque et par qui le défend ? »

Qui le défend? Presque tous les bons esprits, presque tous les grands talents de notre siècle, pres-

' « Elles sont, disait-il, une instruction pour ceux qui les exercent,qu'elles soient donc exercées tour à tour par le plus grand nombre possible. De la naissance à la mort, la vie n'est qu'une grande école, une sorte de préparation à une vie supérieure ; toute organisation sociale doit donc être aussi pour l'homme une initiation incessante.»

que tous ceux qui ont combattu pour le progrès et pour la liberté. En laissant de côté Chateaubriand qu'on ne peut accuser de bonapartisme, nous voyons auprès de Béranger, l'entourant de leur amitié et de leur admiration, La Mennais, Lamartine, Louis Blanc, George Sand, Michelet; tous, — moins M. de Lamartine, aujourd'hui hors de cause, — appartenant à la démocratie militante, à la religion de la liberté. A ce titre, il fautjoindre aux philosophes, aux historiens, aux penseurs que nous venons de nommer, M. Laurent Pichat, qui ne connaît point Béranger, mais qui, s'élevant au-dessus des influences de son entourage, s'incline devant la pureté de l'homme et la grandeur du poète. Il faut citer encore M. Bersot, un esprit libéral et fin. Il ne faut pas oublier Gustave Planche. Il faut nommer enfin le peuple, le peuple, ce grand juge suprême de nos actions et de nos vertus, le peuple qui n'a rien cru de ce qu'on lui disait contre son chansonnier, et qui l'a aimé réellement, parce qu'il se savait aimé par lui... autrement qu'en chansons.

Cela suffit-il à M. Pelletan? Veut -il, passant avec nous le Rhin, aller interroger en Allemagne, où l'enthousiasme pour la France n'est point une habitude, ni même une mode, le plus grand génie de l'Allemagne, et demander h Goethe ce qu'il pensait de Béranger et de son rôle politique ?

Béranger s'est montré, dans ses compositions politiques, le bienfaiteur de son pays. Après l'invasion des alliés, les Français trouvèrent en lui l'interprète le plus vrai de leurs sentiments comprimés. Il les releva en leur rappelant sous diverses formes ce qu'avait été la gloire de leurs armes avec cet Em-

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