GOETHE
pereur dont le souvenir était encore vivant dans chaque chaumière, et dont le poëte adore les grandes qualités, sans toutefois souhaiter le retour de sa domination despotique.
Fidèle aux principes qu'il trouve en lui-même, n'étant redevable de ses progrès qu'à lui même, Béranger ne présente dans toute sa conduite qu'un harmonieux ensemble. Il n'a jamais demandé : « Que dit la mode? Qu'est-ce qui produit de l'effet aujourd'hui? Qu'est-ce qui plaît ? Que font les autres? » Ne voulant pas imiter les autres, il a tiré toute son influence du fond même de son propre cœur, sans chercher à savoir ce que le public, ce que tel ou tel parti pouvait attendre. Sans doute, dans maintes circonstances critiques, il a prêté l'oreille aux aspirations, aux vœux et aux besoins du peuple. Aussi bien cette étude n'a fait que fortifier ses principes, en lui donnant à connaître que ses propres sentiments étaient en harmonie avec ceux de la foule; mais elle ne l'a pas égaré au point de lui faire exprimer d'autres pensées que celles qui animaient déjà son cœur...
Comme il tourne et façonne un sujet dans son esprit, avant de lui donner la forme définitive ! Puis, quand tout est mûr, quelle finesse, quel talent, quelle ironie, quel persiflage! Que de cœur, de naïveté et de grâce ! Ses chansons, bon an mal an, ont rendu heureuses des milliers de personnes *...
Ainsi Goethe lui-même, un étranger, un admirateur de Napoléon, se charge d'apprendre à M. Pelletan ce qu'il faut penser du mérite et des convictions impérialistes du chansonnier français.
Mais alors « qui l'attaque? » Ceux qui l'ont attaqué et l'attaqueront toujours : les libéraux gourmés de la branche aînée et de la branche cadette, les pontifes intolérants des petites églises politiques et
1 Entretiens de Gœthe et d' Eckermann, trad. par M. J.-M. Charles, 1 vol., chez Hetzel.
religieuses, les bohèmes pour qui le désintéressement est un ridicule, le dévouement une niaiserie, les convictions un bagage inutile, le génie un bon moyen de parvenir et de faire fortune. Qui encore? MM. de Pontmartin et Veuillot, le Figaro et M. Eugène Pelletan, — c'est-à-dire un gentilhomme qui écrit des libelles pour se consoler du talent qui lui manque et des prétentions qui lui restent ; un fanatique furibond ; un journal facétieux qui travaille dans la religion à ses moments perdus ; un brochurier boursouflé qui court après la popularité avec tant de précipitation et d'emportement qu'il perd, en route, le sens commun et le respect humain.
Oui, puisque M. Pelletan le désire, voyons le parti de Béranger : « jugeons-le par qui l'attaque et par qui le défend, » et que M. Pelletan ne se lasse pas de tenir « la main levée, » s'il espère trouver, dans cette gymnastique désespérée, honneur et profit.