‹ Béranger, un poete nationalChapitre 14 sur 21 · PRÉDICTION DE NOSTRADAMUS · texte numérisé non relu

PRÉDICTION DE NOSTRADAMUS

POUR l'an deux mil

Nostradamus qui vit naître Henri-Quatre, Grand astrolos^ue, a prédit dans ses vers, Que l'an deux mil, date qu'on peut débattre, De la médaille on verrait le revers.

Alors, dit-il, Paris dans l'allégresse.

Au pied du Louvre ouïra cette voix :

« Heureux Français, soulagez ma détresse; « Faites l'aumône au dernier de nos rois ».

Or cette voix sera celle d'un homme Pauvre, à scrofule, en haillons, sans souliers. Qui, né proscrit, vieux, arrivant de Rome, Fera spectacle aux petits écoliers.

Un sénateur crîra : « L'homme à besace! « Les mendiants sont bannis par nos lois ».

— « Hélas! monsieur, je suis seul de ma race! « Faites l'aumône au dernier de vos rois! ><

« Es-tu vraiment de la race royale? »

— « Oui, répondra cet homme fier encor.

« J'ai VU dans Rome, alors ville papale, « A mon aïeul, couronne et sceptre d'or, « Il les vendit pour nourrir le courage « De faux agents, d'écrivains maladroits. « Moi, j'ai pour sceptre un bâton de voyage. « Faites l'aumône au dernier de vos rois.

« Mon père âgé, mort en prison pour dettes, « D'un bon métier nosa point me pourvoir. « Je tends la main; riches, partout vous êtes, « Bien durs au pauvre, et Dieu me l'a fait voir. « Je foule enfin cette plage féconde « Qui repoussa mes aïeux tant de fois. « Ah ! par pitié pour les grandeurs du monde, « Faites l'aumône au dernier de vos rois. »

Le sénateur dira : « Viens; je t'emmème « Dans mon palais; vis heureux parmi nous. « Contre les rois nous n'avons plus de haine : « Ce qu'il en reste embrasse nos genoux. « En attendant que le Sénat décide « A ses bienfaits si ton sort à des droits, « Moi, qui suis né d'un vieux sang régicide, « Je fais l'aumône au dernier de nos rois. »

Nostradamus ajoute en son vieux style :

La république au prince accordera

Cent louis de rente, et, citoyen utile.

Pour maire, un jour, Saint-Cloud le choisira.

Sur l'an deux mil on dira, dans l'histoire, Qu'assise au trône et des arts et des lois, La France en pais, reposant sous sa gloire, A fait l'aumône au dernier de ses rois.

Telle était l'œuvre que Béranger donnait pour son testament poétique.

<( Quoi ! vous ne ferez plus de chansons? »

— «Je nepromets pas cela, entendons-nous, de grâce ; je promets de n'en pas publier davantage...» Il lui en vint encore quelques-unes, en effet; une centaine ou un peu plus, en vingt-quatre ans qu'il vécut encore : c'est peu; mais il avait toujours eu le travail difficile, lui-même l'avoue, et dans ses plus beaux temps, des mois entiers passaient parfois sans qu'il écrivît un vers.

A partir de 1833, nous le voyons tantôt s'éloigner, tantôt se rapprocher de Paris, suivant que l'emporte ou la crainte qu'il a de devenir misanthrope en se mêlant aux hommes, ou le plaisir qu'il sent à revoir ses amis et lafumée des toits de la grande ville. Il quitte Paris pour Passy, Passy pour Fontainebleau, Fontainebleau pour Tours, où de son jardin de la Grenadière, plus tard aussi célébré par Balzac, il écrit ces jolis vers :

MOiN JARDIN

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