‹ Béranger, un poete nationalChapitre 17 sur 21 · PLUS DE VERS · texte numérisé non relu

PLUS DE VERS

Non, plus de vers, quelque amour qui m'anime, La règle et l'art m'échappent à la fois ; Un écolier sait mieux coudre la rime Au bout du vers mesuré sur ses doigts. Devant le ciel lorsque tout haut je cause Avec mon cœur, au fond des bois déserts, L'écho des bois ne me répond qu'en prose. Dieu ne veut plus que je fasse de vers.

Dieu ne veut plus ! Et, comme aux fins d'automne, Le villageois, dans ses clos dépouillés.

Regarde encor si l'arbre en sa couronne Ne cache pas quelques fruits oubliés, Je vais cherchant; pour cela je m'éveille; Mais l'arbre est mort, fatigué des hivers : Qu'il manquera de fruits à ma corbeille! Dieu ne veut plus que je fasse de vers.

Dieu ne veut plus ! Et pourtant dans mon âme J'entends sa voix dire au peuple craintif: Lève ton front, peuple, je te proclame De la couronne héritier présomptif.

Il dit; et moi, joyeux de prescience.

Lorsque j'allais par de nouveaux concerts, Peuple Dauphin, t'instruire à la clémence. Dieu ne veut plus que je fasse de vers.

Et toutefois, c'était en bien jolis vers qu'il se plaignait de n'en plus pouvoir écrire 1 Et il y a dans ces Dernières Chansons quelques perles encore, celle-ci, par exemple, digne du poète des Fous :

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