‹ Béranger, un poete nationalChapitre 18 sur 21 · UNE IDÉE · texte numérisé non relu

UNE IDÉE

Des maux présents l'âme obsédée.

Je rêvais en vrai songe-creux, Quand devant moi passe une idée.

Une idée ? Oui, bourgeois peureux,

Celle-ci, messieurs, jeune et belle.

Est faible encor, mais je prétends, Si le bon Dieu prend pitié d'elle, La voir grandir en peu de temps.

Je lui crie : — Oîi vas-tu, pauvrette? Maint gendarme t'attend là-bas ; Des mouchards la foule te guette; Le commissaire suit tes pas.

— Tant de peine qu'on leur voit prendre. Dit-elle, accroît l'espoir que j'ai :

Du peuple ils me font mieux comprendre; C'est un commentaire obligé.

— Moi qui suis vieux, pour toi je tremble ; On va te barrer le chemin.

Vois ces bataillons qu'on rassemble, Ces escadrons le sabre en main.

— Bien mieux que tambours et trompettes. Réveillant un cœur endormi,

Je passe entre les baïonnettes Pour recruter chez l'ennemi.

— Fuis, mon enfant, fuis, je t'en prie; On détruira jusqu'à ton nom.

Vois-tu venir l'artillerie ?

La mèche approche du canon.

— Peut-être aussi sera-t-il nôtre, Ce canon qui fait ton effroi.

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