UNE IDÉE
Des maux présents l'âme obsédée.
Je rêvais en vrai songe-creux, Quand devant moi passe une idée.
Une idée ? Oui, bourgeois peureux,
Celle-ci, messieurs, jeune et belle.
Est faible encor, mais je prétends, Si le bon Dieu prend pitié d'elle, La voir grandir en peu de temps.
Je lui crie : — Oîi vas-tu, pauvrette? Maint gendarme t'attend là-bas ; Des mouchards la foule te guette; Le commissaire suit tes pas.
— Tant de peine qu'on leur voit prendre. Dit-elle, accroît l'espoir que j'ai :
Du peuple ils me font mieux comprendre; C'est un commentaire obligé.
— Moi qui suis vieux, pour toi je tremble ; On va te barrer le chemin.
Vois ces bataillons qu'on rassemble, Ces escadrons le sabre en main.
— Bien mieux que tambours et trompettes. Réveillant un cœur endormi,
Je passe entre les baïonnettes Pour recruter chez l'ennemi.
— Fuis, mon enfant, fuis, je t'en prie; On détruira jusqu'à ton nom.
Vois-tu venir l'artillerie ?
La mèche approche du canon.
— Peut-être aussi sera-t-il nôtre, Ce canon qui fait ton effroi.