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CHAPITRE VI

LA MAISON DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. — SA FONDATION A BERCY PAR JACQUES CHAMPION. — LA DOCTRINE CHRÉTIENNE PENDANT LA RÉVOLUTION. — LES PAROISSES SAINT-PAUL ET SAINTE-MAR- GUERITE. — LA PAROISSE DE BERCY EN 1 79 1 - — SES LIMITES. — ÉLECTION DU CURÉ. — LA PREMIÈRE ÉGLISE PAROISSIALE REÇOIT LES ORNEMENTS CULTUELS DE LA SAINTE-CHAPELLE DE VINCEN- NES.

Vers la fin du dix-septième siècle, noble homme Jacques Champion, ancien avocat au Parlement, et damoiselle Marie du Port, son épousé, tous deux habitant les verdoyantes campagnes de l’agglomération de Bercy, vers la Grange aux Merciers, fort marris de voir la contrée mal desservie au point de vue des secours de la Religion, résolurent d’y remédier en fondant une maison de Prêtres de la Doctrine chrétienne.

La paroisse était alors l’église Saint-Paul de Paris, rue Saint-Paul-Saint-Antoine, située à une grande distance de Bercy, ce qui n’était pas sans être fort préjudiciable à l'exercice du culte surtout pendant la saison d’hiver.

Ce fut donc à cette occasion que Jacques Champion et sa femme donnèrent aux religieux choisis par eux la maison

qu’ils habitaient hors le faubourg Saint-Antoine, à la Vallée de Fécamp, consistant en deux corps de logis, cours, jardins, le tout d’une contenance de 2 arpents environ. L’acte de donation, du i3 janvier 1677, que nous reproduisons aux pièces justificatives, indique l’existence d’une chapelle1.

Les Prêtres de la Doctrine chrétienne dont il est ici question ava’ient été institués par César de Bus, en 1592, dans le Comtat Venaissin. La congrégation avait pour but le relèvement de l’instruction chrétienne dans les classes populaires. Une bulle de Clément VIII vint confirmer cette institution. dont l’établissement en France fut autorisé par le Roi en vertu des lettres patentes du 2 octobre 1610 et après avis de l’Assemblée du Clergé, du 29 septembre de la même année. Un bref de Paul V,du 1 1 avril 1616, l’unit aux Clercs Réguliers de Saint-Mayeul, appelés les Somasqués. Louis XIII devait, à quelque temps de là, approuver cette union par ses lettres du mois d’aoùt 1617 ; mais Innocent X, dans sa bulle du 3o juillet 1647, v*nt ^es séparer et rétablir la Doctrine chrétienne selon son ancien état. Il en fit une congrégation séculière, de i652 à i65q.

Cet état de sécularité était encore confirmé par lettres patentes du mois de septembre 1726. Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, avait, cent ans auparavant, permis à ces Prêtres de se lixer à Paris et dans tout le diocèse, c’est-à-dire en 1626. Ils s'installèrent dans l’Hôtel de Verberie, rue des Fossés-Saint-Victor, acheté le 16 décembre 1627 et qui, sous le vocable de maison de Saint-Charles , devint le chef-lieu de la Congrégation, où résidait le Supérieur Général élu tous les six ans. C’était aussi le siège du Conseil. Disons que Jaillot

dément l’abbé Lebeuf quand celui-ci prétend que la maison de la rue des Fossés-Saint-Victor est un ancien Hôtel d’Albret

Jacques Champion et sa femme s’étaient réservés la jouissance d’une petite maison située au fond du jardin, destinée à leur servir de pied à terre quand ils viendraient rendre visite aux Pères et lorsqu’ils désireraient, de leur logis parisien situé rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts, venir assister aux offices de ces religieux.

Les affectataires étaient tenus de pourvoir le dit monastère du nombre suffisant de prêtres de leur ordre, lesquels devaient y vivre en communauté et conventualité, et y célébrer les offices divins.

La dite donation était faite à la congrégation de la Doctrine chrétienne, représentée par le Révérend Père Charles Gautherot, Provincial; Hyacinthe le Bigot, Procureur Général; Thomas Chevallier, Conseiller; et Antoine Le François, Recteur ; à charge pour les donateurs d’avoir leurs sépultures dans l’église de la maison de Saint-Charles et dans les conditions stipulées à l’acte de donation.

Ce trait de générosité des époux Champion tombait à merveille pour les Pères en ce sens qu’il allait leur permettre de liquider une maison de leur Ordre, installée à Bourg-la- Reine, et dont l’administration leur donnait beaucoup de soucis. Aussi bien, saisirent-ils l’occasion qui leur était offerte pour demander purement et simplement le transfert du monastère de Bourg-la-Reine dans l’immeuble de Bercy. Par sa lettre du 6 mars 1677, l’archevêque de Paris autorisa la combinaison :

* Comme étant, le dit lieu du Bourg-!a-Reyne, peu commode pour leur con-

1. Recherches sur Paris, par Jaillot, 1775, t. IV, qu. Place Maubert, p. 172.

grégation, laquelle trouverait bien plus d’utilité si le dit établissement étoit transféré en la dite maison de la Vallée de Fécan, joint qu’il seroit d’un grand secours aux habitans de la Vallée de Fécan qui pourestre trop esloignés des églises perdent souvent la messe aux jours de dimanches et fêtes. »

L’archevêque de Paris ne mettait qu’une condition à son autorisation, qui était d’indemniser le curé de Saint-Paul pour la perte qu’il subirait du fait de cette autorisation, dont la conséquence devait être le démembrement de sa paroisse

Il ne restait plus, dès lors, qu’à obtenir les lettres patentes du Roi autorisant définitivement cette translation. Du camp de Valenciennes, Louis XIV les signa au mois de mars 1677, après avoir contrôlé la situation financière de la nouvelle maison, et sur le désir qu’il avait de contribuer au bien de ses sujets :

En ce qui regarde leur instruction et advencement dans les exercices de piété dont les dits exposans font leur principal employ 2.

La maison dont il s’agit avait été vendue à Champion par Antoine de Sommaville, par contrat du i5 novembre 1660, moyennant le prix de 6.000 livres, et les meubles et ustensiles la garnissant pour la somme de q3o livres. Elle était dénommée : « hors la porte Saint-Antoine, près la Grange aux Merciers » et avait été construite par le dit de Sommaville a il y a longues années», aux termes d’une déclaration de Champion datée de 1662. Dans le contrat de vente rédigé au nom de Antoine de Sommaville, marchand libraire, bourgeois de Paris, demeurant rue de la Callandre, paroisse Saint-Germain-le-Vieil, et sa femme, Jeanne Le Clerc, la maison est ainsi désignée :

Une maison assise hors la porte Sainct-Antoine proche le lieu et ferme appelée

la Grange aux Merciers, paroisse Sainct-Paul, la dite maison consistant en un corps d’hôtel regardant sur la rue avec plusieurs autres commodités, porte cochère, court et jardin garny de balustrades, arbres fruitiers, et figures de pierre et plâtre estant dans le dict jardin, les lieux ainsy qu’ils se comportent, contenant le tout environ un arpent clos de murs, tenant d’une part au chemin de la Grange, d’autre part au petit chemin vert appartenant à Messire Charles-Henry de Mas- Ion, seigneur de Bersy allant à son pré de Fescamp, d’un bout au chemin qui va du dict chemin de la Grange au grand chemin de Paris à Charenton; le tout aus dicts vendeurs appartenant de leurs conquests au moyen du bail à cens et rente foncière qui leur a esté faict par le dict sieur de Bercy, de l’aipent de terre y mentionné, et sur lequel ils ont fait bastir la dicte maison et jardin, bail passé devant Le Caron et Valoir nottaires au châtelet de Paris, le onzièsme jour de janvier 1647, à la charge de quatre deniers de cens, un chappon de surcens et trente six livres de rente foncière non racheptable l.

DanslUD/as des limites de la Ville et f autours de 1724-26, la maison des Prêtres de la Doctrine chrétienne est figurée avec ses jardins, en bordure de la rue de Bercy sur laquelle on remarque du côté Nord, les nos 2 et 3 du numérotage de cette époque. Un corps de logis est situé sur cette rue où s’ouvre la porte d’entrée; à côté est la tour de l’horloge en façade sur la dite rue, et aussi un pavillon. Derrière ces deux constructions est un autre corps de logis sur la cour ainsi qu’un bâtiment désigné sur le plan comme étant la chapelle. Une écurie donne aussi sur la rue de Bercy à l’opposite premier corps de du logis.

La superficie de tous ces bâtiments est de 82 toises un quart 2 pouces ; celle de la cour et du jardin, de 844 toises trois quarts 5 pouces, ce qui donne un total de 927 toises 7 pouces. Ceci n’est que la maison conventuelle et son jardin; il y a, autour, des terres et marais appartenant à la Congrégation, et indiqués sur le plan.

Contiguë à cette maison, et donnant aussi sur la rue de Bercy, est une autre construction appartenant encore aux Pères et occupée par M. de La Croix. Son corps de logis est situé

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