Archives de la Seine. Domaine. Carton 486, dossier
pal de Bercy, soucieux de la création d'une nouvelle nécropole destinée à remplacer la précédente, adoptait une délibération tendant à imposer extraordinairement la commune de dix centimes et demi par franc, additionnels au principal des contributions foncières, pendant quatre années, pour l’acquisition d’un terrain destiné à la dite création, et aussi pour la clôture et les plantations à y exécuter \
Le terrain ainsi acquis du sieur Contour, était situé en bordure de la grande route de Charenton, près de la ruelle de la Planchette, et mesurait 3i ares 5 centiares. C’est l’emplacement du cimetière actuel.
En 1 83 1 , il était déjà insuffisant et la commune décidait de l’agrandir par une acquisition voisine. Mais, trop pauvre pour y suffire, son Conseil municipal, dans la séance du i3mai 1 83 1 , ordonnait que le montant de cette acquisition serait couvert par le produit de concessions perpétuelles accordées au prix de 5o francs le mètre carré, et de concessions quinquennales, au prix de 10 francs pour la même superficie. Étant entendu que ces concessions pourraient avoir un effet rétroactif pour les familles possédant déjà des monuments dans le dit cimetière. Par la même délibération, un terrain limitrophe d’un demihectare était acquis pour ledit agrandissement. Le 6 août i83q, 4 Conseil municipal votait encore l’acquisition, par voie d’expropriation forcée, d’un arpent de terrain appartenant au sieur Contour, en vue d’une autre extension.
Diverses additions successives vinrent encore contribuer à son accroissement, savoir :
En 1839, par délibération du 18 décembre, addition de 423 mètres superficiels, situés le long du mur de l'Est, appar-
1. Archives de la Seine. Registre n° i des délibérations de la commune de Bercy.
tenant à M. Contour; et en i85o, en vertu des délibérations des 18 mars, 8 avril et 3o décembre, de 56 ares 3g centiares provenant d’un terrain contigu, appartenant à M. Fouquet et situé entre le chemin des Meuniers et le mur Nord du cimetière.
Cependant, le 6 février I83Ç, la commune cédait à l’Etat, 146 mètres de terrain pour l’élargissement du bas-côté droit de la route royale n° 5, à prendre dans le cimetière, à raison de 2 mètres de profondeur sur 73 mètres que mesurait sa façade. C’était en prévision de ce remaniement, que la délibération du Ier août 1 838 avait décidé la reconstruction du mur de face, conformément au nouvel alignement donné, et aussi l’édification d’un bâtiment pour le concierge et d’un autre, de mêmes dimensions, pour servir de morgue *.
Une délibération du icr août 1849 nous apprend encore que l’agrandissement de la nécropole avait été déclaré d’utilité publique, à l’occasion des nombreux décès causés par le choléra. On y lit, en effet, que cette épidémie avait comblé toutes les places vides du cimetière, dans l’espace de 3 mois au lieu de deux années. Du Ier mars au rraoût 1849, on y avait enterré 340 personnes au lieu de 45 à 5o, chiffre moyen des décès a.
De là, l’agrandissement réalisé en i85o, dont il vient d’être question plus haut.
Au moment de l’annexion delà Commune de Bercy à Paris, en 1859, le cimetière mesurait exactement 1 hectare 7 ares 90 centiares. A partir de cette époque, l’exiguïté de la surface ne permit plus d’y faire des inhumations gratuites et il n’y fut plus accordé que des concessions perpétuelles et tren-
1. Archives delà Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.
2. Archives de la Seine. Registre n" 3 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.
tenaires. Les événements du siège de Paris et de la commune devaient modifier ce dernier état de choses et faire rouvrir le champ de repos à toutes les inhumations. A la suite de l’insurrection, particulièrement meurtrière en cette région, la superficie fut agrandie jusqu’à la rue des Meuniers. Cette période d’ouverture à toutes les inhumations du XIIe arrondissement dura du 10 septembre 1870 au 28 février 1872.
Au moment des travaux de percement de la rue Michel-Bizot, entre la rue des Meuniers et la rue de Charenton, cette opération vint enlever la partie longeant le chemin de fer, partie qui avait été fermée aux inhumations et désaffectée en vertu de l’arrêté du 3 mars 1876. D’autre part, un arrêté du 18 novembre 187g prononçait également la désaffectation delà partie des terrains qui avait été annexée à la suite des événements de la commune en 1871 et qui prolongeait la nécropole jusqu’à la rue des Meuniers. Le cimetière fut ainsi diminué, par ces deux opérations, de 4.622 mètres. Les morts de l’insurrection de 1871 furent dépossédés de leur dernière demeure par un établissement qui appartient à l’administration pénitentiaire.
Le plan de la commune de Bercy daté de 1 85g, que nous annexons à cet ouvrage, montre le cimetière en bordure de la route impériale n° 5, de Paris à Genève, rue de Charenton actuelle, limité à l’Ouest, par le chemin de fer, et à l’Est par la rue du Cimetière, devenue rue Théodore-Hamont. Sa limite, au Nord, n’est pas encore le chemin des Meuniers; elle ne le sera qu’en 1871 .
A dater de l’arrêté du 18 novembre 187g, consacrant une notable diminution de la superficie, qui s’ajoutait à la partie prise en 1876 pour la rue Michel-Bizot, le cimetière de
Bercy ne reçut plus que des concessions perpétuelles \
A l’heure actuelle, il ne présente aucune particularité digne de remarque. C’est une petite nécropole mesurant 61 ares 68 centiares et portant le n° 319 sur la rue de Charenton. Très proprette, très alignée, elle montre encore beaucoup de tombes d’anciens habitants delà commune de Bercy, de nombreux négociants en vins, dont la notoriété est peut-être grande dans le commerce des liquides, mais dont les noms sont plutôt tributaires de l’Almanach Bottin que de l’Almanach Royal. Le Bureau de la Conservation du cimetière ne possède les titres des sépultures concédées que pour la période allant de 1 835 à nos jours. C’est peu, assurément, si l’on songe que l’ouverture date de 1816; et encore, ces titres concernent-ils seulement les concessions perpétuelles. Nous y relevons qu’une délibération du Conseil municipal de Bercy, du 18 septembre 1844, vota à son ancien curé, l’abbé Antoine Billet, une sépulture gratuite :
Le Conseil est d'avis à l’unanimité :
Que les deux mètres de terrain formant au pied de la Croix, la sépulture de M. l'abbé Billet, soient concédés gratuitement et à perpétuité tant qu’ils conserveront cette destination considérée ici comme sacrée.
L’abbé Billet avait été, durant 18 ans, curé de cette localité. Malade et fatigué, il démissionna et mourut à Paris. Il demanda à être inhumé dans le cimetière de Bercy où il revint, dit la délibération : « reçu avec respect par toute la population et déposé au pied de la Croix au centre du Cimetière’ ».
Le i3 février 1 836, une concession de 6 mètres de terrain était accordée à M. Louis Gallois, propriétaire, demeurant au
1. Note sur les Cimetières de la Ville de Paris, par M. Caffort, chef du Bureau des Inhumations, 1889, p. 83.
2. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.
château du Petit Bercy , pour la sépulture de sa femme, moyennant 325 francs et à raison de 5o francs le mètre superficiel.
Cette sépulture, dont l’immense monument occupe le centre de l’allée principale, mesure actuellement 27 mètres de superficie ; c’est dire quelle fut considérablement augmentée, par une délibération du Conseil municipal, du 8 août 1840, au prix de 5o francs le mètre. Ce tombeau, d’allure quelque peu prétentieuse et qui affecte le style de la renaissance, est l'œuvre deM. Canissier, architecte1 .
M. Louis Gallois était cet ancien maire de Bercy qui avait acquis de M. de Chabons, en i8i5, le Petit-Château et ses dépendances, ancienne maison du financier Orry, et en avait transformé le parc en magasins de vins. Préalablement à cette opération, il avait ouvert, ainsi que nous l’avons dit ailleurs, un certain nombre de rues sur sa propriété, auxquelles il avait donné son propre nom, puis son prénom, puis ceux de sa femme et de ses enfants, enfin le nom de son village natal.
Voici encore une concession accordée en février 1 836 à M. de Courtois, chef d’Escadron, et propriétaire à Bercy, pour la sépulture de la famille de feu François Cabanis et de celle de M. de Courtois.
On y trouve également une sépulture Soulages, du 10 juin 1 836, dont le titulaire fut le négociant en vins, maireadjoint de la commune, et dont une rue porte le nom.
Dans le cimetière même, nous lisons cette épitaphe sur une tombe : « Ici repose François Brice V euillot , âgé de 5 4 ans, décédé le 1 5 mars i83ç. De profundis » Nous relevons dans
i. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil municipal de Bercy.
le livre d’un historiographe du crû, M. Alfred Sabatier, que Mme François Veuillot tenait sur le quai de Bercy, au n° 22: « une petite gargote portant pour enseigne : Au Soleil d'or , alors que son mari, honnête tonnelier, travaillait dans les magasins de vins ». Au dire de cet auteur, né à Bercy et l’ayant toujours habité, le ménage Veuillot aurait eu quatre enfants: Louis, Eugène, Annette et Victoire, dont le premier fut le célèbre écrivain catholique qui tint une si grande place dans la presse française.
Nous remarquons encore une tombe élevée par la municipalité sur les restes de Théodore Dehaese, âgé de 24 ans, mort victime de son dévouement, le 3i mars i853dans un terrible incendie à Bercy. Les attributs de sapeur-pompier sont sculptés dans la pierre.
Une stèle se dresse également, portant simplement les noms ci-après : Stanslin , 1828-1848. Defer , 1814-1848 , qui seraient ceux de deux habitants tués en 1848 sur les barricades.
Ajoutons, en terminant, que nous avons aussi rencontré dans le bureau de la conservation, le renseignement suivant, sous la forme d’un billet appartenant aux dossiers de l’année 1871 : « Rochefort de Luçay, Claude Louis, décédé le 12 avril 1871, à l’âge de 81 ans, rue du faubourg Saint-Antoine 210. Inhumé au cimetière de Bercy le 14 avril 1871, 6e D0n ir0 ligne n° 5g, n° de plaque 3338-XII. Exhumé le 16 septembre 1 885 et replacé 70 D0" 2e ligne n° i3. Exhumé et transporté au Cimetière du Nord, le 28 février 18901 . »
1. Il s’agit de Claude-Louis-Marie de Rochefort-Luçay, fils du marquis de Rochefort-Luçay, émigré, ancien colonel dans l’armée de Condé. Mme de Rochefort, sur le point d’aller rejoindre son mari, fut arrêtée avec son jeune fils âgé de 2 ans, Claude Louis-Marie, et enfermée avec lui à la Conciergerie, où elle resta jusqu’en Thermidor. Vers la fin de 1807, Claude-Louis-Marie de Rochefort entra en qualité de commis dans un magasin de librairie du Passage des Panoramas. Après 1 8 1 5, M. de Millius, gouverneur de l’île Bourbon, l’emmena en qualité de secrétaire général. Au bout de
A gauche du cimetière est la manufacture des tabacs, située en bordure de la rue de Charenton, au n° 319, et allant jusqu’à l’ancien chemin des Meuniers, aujourd’hui rue des Meuniers. Cet établissement a pris la place, vers 1 856 ou i858, de petites maisons sans histoire et sans importance, de vastes cours et de jardins. Il est connu sous le nom de Manufacture de tabac de Reuilly et n’a d’autre intérêt que celui qui s’attache à sa réputation industrielle.
quelques années il donnait sa démission et rentrait à Paris pour y faire du journalisme, du théâtre, et s’y marier avec Mlle Nicole Morel. Le ménage eut quatre enfants : Palmyre, Caroline, Emilie, et ur, fils, Victor-Henri de Rochefort-Luçay, né à la fin du mois de janvier 1 83 1 , rue de Grenelle Saint-Honoré n° 38, qui est le célèbre polémiste encore vivant, connu sous le nom de Henri Rochefort.
A. la mort de Claude-Louis-Marie de Rochefort, son fils, alors rédacteur en chef du Mot d'ordre , lui fit faire des obsèques entièrement civiles. ( Henri Rochefort , par Olivier Pain, Paris, 1880.)