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VOLTAIRE. — LA SUPPRESSION DES DROITS D’ENTRÉE

L’une des conséquences de la construction de l’enceinte, dite des Fermiers-Généraux, en ce qui concerne la région dont nous avons entrepris d’écrire l’histoire, fut de créer la limite de la future commune de Bercy, vers l’Ouest, c’est-à-dire vers Paris. Elle eut aussi celle, au point de vue général, de diminuer notablement la surface totale de la Ville, en laissant au dehors beaucoup de territoires qui appartenaient auparavant à ses faubourgs. La preuve en est frappante pour l’agglomération de Bercy, dont certaines parties comptaient jadis dans le quinzième quartier de Paris, celui du faubourg Saint-Antoine, et qui, à plusieurs années de là, devinrent des fractions de la commune de Bercy.

Le tracé de l’enceinte des Fermiers-Généraux, au regard de notre région, n’eut pas à être cherché bien longtemps puisqu’il existait déjà antérieurement, sous la forme d’une large avenue plantée d’arbres qui figure sur le plan des chasses, daté de 1764-1773.

Cette avenue partait du bord de la Seine, au coin de la maison de La Râpée, et aboutissait au carrefour de la rue de Bercy : elle portera le nom de boulevard de La Râpée en 1859 et celui de boulevard de Bercy à notre époque.

De la rue de Bercy, l’avenue obliquait de l’Ouest à l’Est jusqu’au carrefour de la rue de Charenton: c’est le boulevard de Bercy avant l’annexion de 1859 et encore actuellement.

De la rue de Charenton, la voie remontait vers le Nord- Est pour aboutir au carrefour de la rue de Reuilly : c’est le boulevard de Charenton en 1869 et, de nos jours, le boulevard de Reuilly.

De la rue de Reuilly, elle continuait encore vers l’Est pour se souder au carrefour de la rue Picpus : avant l’annexion de 1859, et maintenant encore, c’est le boulevard de Reuilly.

Cette large voie, déjà plantée d’arbres en 1764-1773, était adoptée par les Fermiers-Généraux pour la construction du mur d’enceinte, et cinq portes monumentales édifiées par l’architecte Le Doux, aux carrefours de Picpus, Reuilly, Charenton, Bercy et La Râpée.

Ces cinq entrées serviront à l’avenir de communication entre Paris et la commune de Bercy.

On sait que la construction du mur de clôture dont il s’agit avait été décidée pour arrêter les fraudes considérables qui se faisaient sur les droits d’entrées, et qui causaient, dans la population, des troubles qu’un mémoire du temps montrait sous des couleurs peu rassurantes :

.... Ces contrebandes et ces fraudes occasionnent des attroupemens armés, entretiennent l’esprit et l’habitude de la licence, du soulèvement, de la violence, et peuvent à tout instant occasionner des malheurs, des meurtres, des insurrections qui, commencées par des intérêts particuliers, peuvent aisément devenir des désastres publics. Il est d’ailleurs une épreuve reconnue, que la pratique de

la contrebande est l’apprentissage du crime; que le métier de fraudeur enlève d'abord à toute profession utile, ceux qui s’y adonnent, et après les avoir habitué à l’oisiveté, au mépris des lois, à la haine de tout bien social, les conduit bientôt à la poursuite de tout autre genre de gain illicite, aux vols et aux assassinats l.

L’autorisation royale de l’édification fut signée le 23 janvier 1785, et obtenue par le ministre Calonne à la demande des Fermiers-Généraux.

L’architecture des pavillons de barrières fut confiée à Charles-Nicolas Le Doux, élève de Blondel, né en 1 736 2

En dépit de l’avenue plantée d’arbres dont nous venons de parler, il fut nécessaire, on le pense bien, d’acquérir de nombreuses parcelles de terres destinées au chemin de ronde et aux pavillons. Chaque propriétaire des terrains sur lesquels devait passer l’enceinte présentait des offres au roi et indiquait le prix qu’il demandait pour son expropriation. Voici, entre beaucoup, un type de transaction :

Rapport : Jean-Jacques Hébrard, jardinier, demeurant dans les marais de Bercy, propriétaire d’un marais, consent d’en céder au Roy 7 perches 1 pied moyennant i5.ooo livres l’arpent ce qui produit i.o58 livres 6 sols 8 deniers, plus, pour indemnité du dessus io5 livres, 18 sols, total : 1.164 livres 4 sols, 8 deniers. 11 consent à recevoir, en novembre, savoir, pour prix de son terrain, 358 livres 6 sols 8 deniers; pour indemnité du dessus due à son locataire, io5 livres 18 sols; et les 700 livres restant, au Ier mars 1789.

Observations : Le prix que demande le sieur Hebrard est le même que celui qui a été donné des propriétés voisines, en conséquence on pense que c’est le cas d’acquérir les 7 perches 1 pied dont il s’agit.

A Paris, ce 14 novembre 1788 3.

L’opération d’achat des terrains dura fort longtemps, ainsi que le prouvent les documents que nous avons explorés à ce sujet, lesquels nous indiquent que, en juillet 1795 elle continuait encore.

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