Archives de la Seine. Domaine, carton 566, dossier
La maison, qui remplaça vraisemblablement la rotonde démolie de Le Doux, est ainsi qualifiée par le citoyen Lucas, qui la place sur le port de Ici barrière de La Râpée n° 22 :
La maison de La Râpée dont est question, est celle qu’occupaient les employés de la ferme générale, au-devant de laquelle est une petite esplanade bordée d’un parapet au bas duquel était attaché la patache. La maison est occupée au rez-dechaussée par un marchand de vin ou limonadier qui tient un billard.
Elle avait été acquise du citoyen Morel par les Fermiers généraux, à usage de barrière. Le 1 1 février 1792, Petit, architecte des Domaines Nationaux, écrivait à son sujet :
J’ai visité, Monsieur, le bâtiment qui formait la barrière neuve de la Râpée que le Sieur Barreau se propose de louer. Ce bâtiment consiste en un corps de logis de huit croisées de face, simple en profondeur... élevé de deux étages carrés au-dessus du rez-de-chaussée, cave et grenier, deux escaliers-
Par barrière neuve , il entendait sans doute dire la nouvelle barrière de La Râpée, remplaçait celle qui avait été démolie en 1791 1 2 ?
La collection Destailleurs possède un dessin lavé au bistre, mesurant 21, 5 X 11, 5, attribué à Maréchal et représentant la barrière de La Râpée. C’est un document fort intéressant concernant cette construction, en somme peu connue, puisqu’elle fut démolie alors que son édification n’était pas terminée, en 1791. L'image montre la rotonde unique presque achevée, et les péristyles flanquant la colonnade circulaire. Les colonnes sont d’ordre dorique et unies; les perrons y accédant sont inachevés et des matériaux encombrent les alentours. Ce dessin n’est pas daté \
On connaît encore une petite gravure ovale, de la suite des-
1. Voir deux communications sur la barrière de La Râpée, par l’auteur, dans les Procès-verbaux de la Commission du \'icux Paris, des 28 mars et 25 avril 1901.
2. Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Destailleurs. Paris, t. 1, p. 83.
sinée et gravée par Gaitte, mesurant 7x6. Elle montre la rotonde entourée de colonnes et comportant quatre péristyles en avant-corps, aux quatre pôles du cercle. Chaque péristyle à fronton triangulaire est percé d’une haute porte à sommet arrondi flanquée de deux colonnes. Un perron règne devant chaque porte.
Nous citerons encore:
L’eau-forte de Trimolet (dessinateur-graveur 1812-1843) mesurant 18 x 9,5, Paris, imprimerie Delàtre. Elle ne comporte ni bâtiments ni pavillons, mais seulement une grille dont l’ouverture centrale est flanquée de deux guérites poulies employés. A travers cette grille on aperçoit la Seine comme fond de paysage.
Le Musée Carnavalet possède aussi un dessin à la plume, sur papier teinté jaune, mesurant 18 x 10, et signé : Charbonneau. Il représente la grille en fer et les guérites, traitées dans le genre de l’eau-forte de Trimolet.
Nous indiquerons enfin la petite aqua-tinte de l’atlas de Saint-Victor, 7 x 5, montrant la barrière du bord de l’eau qui a remplacé la rotonde de Le Doux.
Passons à la barrière de Bercy.
On trouve dans les Archives de la Préfecture de Police, à la date du 16 novembre 1790, des procès-verbaux pour rébellion contre les chasseurs soldés de la cinquième division de la Garde Nationale parisienne. Il s’agissait d’un cabriolet lancé à grande allure et qui ne voulait pas se laisser visiter. Quatre chasseurs s étant jetés à la tête du cheval, les voyageurs tentèrent d’opposer une vive résistance en essayant de désarmer les soldats. D’où rixe, coups de crosse, coups de fouet et arrestation des récalcitrants conduits à l’Hôtel de Ville.
Après explication, les conducteurs du cabriolet, Laurent
Laîné, négociant et soldatcitoyen du district de Saint-Magloire, et Benoit Fortin, domestique, furent renvoyés devant les Juges qui devaient en connaître \
Les deux pavillons de cette barrière, souvent dénommée des Poules , sans que nous en ayons trouvé la raison, avaient été, après leur désaffectation, loués aux citoyens Dallery, Le Blanc et Sabatier en vue d’y établir « une machine à feu pour moudre les grains » dont l’entreprise ne réussit pas. Ils furent ensuite remis en adjudication et loués au citoyen Terwagne, par bail delà Municipalité, du ieraoût 1792, à dater du ier juillet précédent, au prix de 3oo livres. La location était faite de leur totalité, sauf la réserve d’un local pour corps de garde et d'un autre destiné aux commis préposés momentanément à l’arrivage des farines.
Ces derniers cessèrent leurs fonctions en Thermidor an IV, et le corps de garde fut supprimé en l’an VI. Les deux pavillons étaient alors occupés par cinq ou six locataires payant fort mal leurs loyers, ce qui détermina le chef du bureau des locations à proposer au directeur des Domaines de les mettre en adjudication totale sur folle-enchère. Ce fonctionnaire dénomme les deux pavillons sous le vocable de « barrière des Poules 1 2 » .
En 1812, dit de La Tynna, cette barrière était ornée de deux bâtiments ayant chacun deux péristyles et douze colonnes 3.
Nous retenons en outre d’un auteur local que, en 1860, l’un des deux pavillons était utilisé comme justice de Paix du XI P arrondissement de Paris, nouvellement créé 4.
1. Archives de la Préfecture de Police. Sections de Paris. Procès-verbaux des Commissaires de Police. (Fidélité.)
2. Archives de la Seine. Domaine, carton 52, dossier jq57 et carton 566, dossier 2080.