Bibliothèque Saint-Fargeau. in-f.' i
Nota : La même Bibliothèque possède un autre atlas in-40 contenant 44 vues des bariières, gravées en plusieurs états, avec un texte manuscrit, par Nougaret, — cote 10577.
arrêta, à cette date, cent soixante exemplaires d’une brochure intitulée : Réclamation et protestation des chapitres, communautés régulières des deux sexes , commandataires et bénéficiers simples du baillage de Troyes. Ces ouvrages prohibés étaient traînés dans une petite charrette par le sieur Nicolas Breton, aubergiste à la Grande Pinte de Bercy.
Le 23 mars précédent, à la même barrière de Rambouillet, un ballot d’imprimés: Réclamation du Tiers-État aux États- Généraux, avait également été saisi sur le sieur Velu, Commissionnaire, qui essayait de l’introduire subrepticement1 2.
C’est la porte de Paris la plus fréquentée par les fraudeurs, en raison du grand mouvement de circulation qui s’y produit tous les jours. Aussi bien, la municipalité parisienne est-elle obligée d'y renforcer les postes et d’y faire exercer une surveillance constante.
La lettre ci-après de Bailly, maire de Paris, adressée le i5 février 1791 à M. de Gouvion, Major général de la Garde Nationale parisienne, fait ressortir clairement cet état de choses :
Il m’est envoyé à l'instant, Monsieur, un rapport dressé par les employés des fermes de la barrière de Charenton en date du jour d’hier 14 février. D’après son témoignage il semble constaté que les contrebandiers s’y sont présentés en si grand nombre qu’il n’a point été possible de les empêcher de faire passer tout ce qu’ils ont voulu entrer, et que de plus les commis qui ont été très maltraités, ont couru le risque d’y perdre la vie; ils ont été obligés de se sauver sur les toits des maisons. Les chasseurs du poste n’étaient pas assez forts pour repousser cette multitude; ils n’ont pû que s’efforcer à modérer par leur conduite prudente l’acharnement des contrebandiers et il paraît que les chasseurs eux-mêmes auraient fini par être insultés, s’ils n’avaient pas été renforcés par le poste de la barrière de La Râpée. Le Bureau de Charenton est une des entrées de Paris par lesquelles il se fait le plus de contrebande. Je vous prie de vouloir bien avoir l’attention de garnir ce poste d’un nombre de chasseurs suffisant pour le faire respecter
1. Répertoire de l'Histoire de Paris pendant la Révolution , par A. Tuetey. t. Il, n“» 36o5 et 36o8.
2. Bibliothèque Nationale. Manuscrit français, n° 11697, f° 233 v°.
On sait que les chasseurs dont il est question dans ce document constituaient un corps spécial recruté pour le service des barrières, auquel on avait donné le nom de légion des chasseurs de barrière , ou chasseurs nationaux. L’un des deux pavillons de la place de la Nation a conservé, au-dessus d’une porte, l’inscription : corps de garde des chasseurs nationaux.
Nous reproduisons ici une lettre du 2 novembre 1790, écrite par M. de La Fayette à Bailly, maire de Paris, qui donne sur ce corps d’intéressants renseignements :
Le corps des chasseurs attachés au service des barrières étant épars dans toute la circonférence a besoin d’un ensemble pour le service et la discipline qui ne pourra exister tant que huit capitaines séparés et sans aucune relation commanderont chacun leur compagnie. Suivant les principes particuliers, les secours réciproques des postes des diverses compagnies ne pourront être fournies avec promptitude tant qu’il faudra pour les obtenir, s’adresser aux divers chefs de Divi sion auxquelles les compagnies sont attachées ; et l’on ne peut remédier à ces inconvénients qui nuisent à la perception des droits et qui favorisent les fraudeurs et détruisent le Dut qu’on s’est proposé qu’en donnant à tout le corps un commandement particulier qui, recevant de l’État-Major des ordres généraux, se chargera des détails de l’exécution et imprimera, du centre à la circonférence, le mouvement à toute cette troupe d’une manière uniforme, simple et rapide. Je vous propose donc, Monsieur, de créer la place de commandant des chasseurs de Barrière; je crois essentiel et nécessaire pour le bien du service, de la confier à un militaire d’un patriotisme, d’une probité et d’une intelligence éprouvés l.
C’est par la barrière de Charenton qu’ont été ramenés à Paris les restes de Voltaire.
Ils y furent reçus par une députation de l’ Assemblée Nationale, désignée dans la séance du samedi 9 juillet 1791. Le Président Charles Lameth avait donné lecture de la lettre suivante des Administrateurs composant le Directoire du Département de Paris :
Monsieur le Président,
Chargés par l’Assemblée Nationale du soin honorable de veiller à l’exécution du
1. Bibliothèque Nationale. Manuscrit français, n° 11697, f*95.
décret (3o mai), par lequel elle a décerné à Voltaire les honneurs réservés aux grands hommes, nous nous empressons de vous annoncer que ses restes arriveront dimanche prochain sur le terrain de la Bastille et que leur transport auprès de ceux de Mirabeau, dans le dépôt provisoire de l’église Sainte Geneviève, aura lieu lundi. Nous ne doutons pas que l’Assemblée Nationale ne soit dans l’intention d’honorer d’une députation cette cérémonie ordonnée par elle. Nous vous prions de vouloir bien prendre ses ordres à cet égard.
Nous sommes, etc.
Signé : les administrateurs du directoire du Département de Paris.
A la suite de cette lecture, plusieurs membres ayant réclamé l’ordre du jour, M. Christin demanda la mise aux voix de la députation tandis que M. de Lanjuinais proposait d’y envoyer l’Assemblée tout entière.
Cette dernière fixa à quinze membres le nombre de la députation, qui fut composée de MM. Chamorceau, Boissv, Christin, Mathieu Montmorency, Régnault de Nancy, Mongins- Roquefort, Vadier, Rabaut, Garat cadet, Folleville, d'Eymart, Creusé-Latouche, Barrère, Darnaudat et Gossin.1
Rendant compte de cette réception, le Moniteur du mercredi 1 3 juillet 1791 s’exprimait ainsi:
Variétés. De Paris. Dimanche, 10 de ce mois, M. le Procureur-Syndic du Département, et une députation du corps Municipal se sont rendus, savoir : le procureur-syndic aux limites du Département, et la députation de la Municipalité, à la Barrière de Charenton, pour recevoir le corps de Voltaire. Un char de forme antique portait le sarcophage dans lequel était contenu le cercueil. Des branches de laurier et de chêne entrelacées de roses, de myrthes et de fleurs des champs, entouraient et ombrageaient le char sur lequel étaient deux inscriptions ; l’une : Si l'homme est né libre il doit se gouverner ; l’autre : Si l’homme a des tyrans il les doit détrôner.
Plusieurs députations, tant de la Garde nationale que des Sociétés patriotiques, formaient un cortège nombreux, et ont conduit le corps sur les ruines de la Bastille.
Il est plus que probable que la jeune municipalité de Bercy, en fonctions depuis le mois d’octobre 1790, assistait en corps