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Archives Parlementaires. T. XXVIII, p

au passage des restes de l’illustre philosophe, qui venaient de traverser tout le territoire de la nouvelle commune.

Le Journal de Paris, du n juillet 1791, relatait également ce grand fait de la façon suivante :

Une Députation de la Municipalité a été recevoir hier le corps de Voltaire à la barrière de Charenton, et non à celle de Saint-Martin, ainsi que nous l’avions annoncé par erreur. Différentes municipalités et de nombreux détachements de Gardes Nationales qui avoient suivi le corps l’ont accompagné à la place où étoit la Bastille, qu’on avoit couverte de bosquets d’arbres verts disposés avec art. Au milieu s’élevoient des débris de pierres de ce célèbre château sur les quels on lisoit : Reçois dans ce lieu où t' enchaîna le despotisme, Voltaire, les honneurs que te rends la Patrie. Ceux qui y ont placé le corps de Voltaire, ont tenu longtemps le cercueil élevé pour le faire voir au public, qui a témoigné sa satisfaction par des applaudissemens.

Une lettre, insérée au même Journal de Paris , dans le n° du i3 juillet 1791, parlait ainsi du char :

Au-dessus du sarcophage qui, à chacun de ses quatre côtés, avoit un grand candélabre, paraissoit Voltaire étendu sur un lit recouvert de draperies, qui lais— soient voir les formes du corps, le visage et les bras nuds, n’ayant point l’empreinte de la mort, mais de cette vieillesse saine qu’il conserva jusqu’au jour de son immortalité. Au-dessus de sa tête la Renommée suspendoit une couronne. Ce magnifique char de triomphe s’élevoit jusqu’à la hauteur du second étage des maisons, et dans sa marche ébranloit au loin les rues avec un bruit semblable à celui de quelque phénomène de la Nature.

D’après le Courrier , de Gorsas, M. Pastoret, Procureur Général et Député de Paris, se trouvait à cinq heures du soir devant le cortège, au milieu d’une escorte de Gardes nationaux de Charenton.

Ce fut alors que M. Charron, à qui avait été confié le soin de ramener les restes de l’illustre écrivain, prononça le discours suivant :

M. le Procureur Général, le triomphe de Voltaire est commencé depuis que ses restes précieux ont été inaugurés à Romilly. J’en ai pris possession pour la Nation au nom du Directoire de Paris, sur une terre habitée par d’«xcellents citoyens, qui gémissoient de l’exil du grand homme, et jouissent des honneurs

qui lui sont rendus. Je devrois des éloges à tous les citoyens, si tous n’avoient pas trouvé leur récompense dans les soins honorables dont ils se sont chargés. Interprète du département de Paris, partout j’ai porté l’assurance de son attachement à la Constitution et de sa sincère fraternité. Interprète auprès de vous des départements et des municipalités, je dois vous dire que le cercueil de Voltaire est l’autel de la fédération sur lequel ils ont juré de défendre la Constitution, de mourir pour la loi, et de vous prouver sans cesse leur fraternel attachement. Il m’est bien doux de vous rendre, Monsieur, le dépositaire de ces consolantes vérités. Il m’est bien glorieux d’être associé un instant à la gloire qui vous attend, en rendant au nom de Paris vos premiers hommages à Voltaire. Son triomphe s’embellit par votre présence, et son ombre, sans doute, applaudit comme nous devoir auprès de son cercueil le magistrat philosophe qui, après avoir servi l’humanité par des ouvrages dont la postérité s'applaudira, consacre tous ses momens au bonheur public et à la conservation de la liberté.

Au dire du Courrier , M. Pastoret voulut répondre, mais l’émotion l’en empêcha, et il se mit à pleurer. On pleurait beaucoup à cette époque.

Et Gorsas ajoute :

Jusqu’alors la marche avoit été imposante sans qu’on eut observé une tenue de rigueur; mais on approchoit de Paris, et il étoit essentiel qu’on y arrivât dans le plus grand ordre. MM. Charron et Pastoret étoient en tête; venoit ensuite le char, qui s’avançoit au milieu d’une double haie de soldats citoyens, ayant tous des branches de laurier ou de chêne à leurs fusils et à leurs chapeaux. Derrière le char étoit le maire de Romilly et les députations des différentes villes. Des cavaliers fermoient la marche. Tel étoit l’ordre dans lequel le maire et la municipalité de Paris trouvèrent le cortège, auquel s’étoit joint un gros détachement de la cavalerie parisienne. M. Pastoret et le commissaire descendirent pour les recevoir et prendre langue. On défila le long du faubourg Saint-Antoine, où tout Paris s’étoit porté i.

En 1792, le quatrième jour de la Liberté, le premier de l’Egalité, vers 9 heures du soir, le nommé Louis-Jean-Baptiste Dubot, prêtre du diocèse de Paris, habitué à Grandpuits, âgé de 48 ans, fut arrêté à cette porte comme n’ayant point de passeport. Conduit devant le Commissaire de Police de la

1 Le Courrier des LXXXIII départernens, par Gorsas, 1791. T. XXVI, n°” 12 et 1 3, p. 1 83.

Section des Quinze- Vingts, la première question qu’on lui posa fut de savoir s’il avait prêté le serment Constitutionnel :

« A répondu, dit le procès-verbal, qu’il l’avait prêté avec restriction. » Il ajouta qu’il se rendait à Paris pour y loger chez M. Humbert, huissier au Grand Conseil, rue Saint-Martin, près celle de Venise.

Le malheur voulut que le voiturier qui conduisait les meubles de Jean-Baptiste Dubot, annonça que l’adresse à laquelle il devait les livrer était celle de M. Lefèvre, maison de M. Duval, dentiste, rue et place Royale Saint-Antoine, à Paris. Devant cette contradiction, le Commissaire de police déclara qu’il y avait fraude et fit conduire le prêtre et ses meubles à la Municipalité1 .

Nous avons dit que la barrière de Charenton portait également le nom de Rambouillet. Nous trouvons dans la pièce suivante, datée de 1793, quelle se serait aussi appelée : Barrière de la Grande Pinte , du nom du quartier de Bercy situé en bordure de la rue de Charenton. Il s’agit, dans ce document, de l’arrestation de quatre députés de Marseille voulant quitter Paris :

Commune de Paris. Le deux juin 1793. L’an second de la République une et indivisible.

Frères et concitoyens.

Il vient d’estre amené à l’Administration de police quatre citoyens qui se dize Député de Marseile arretté à La Barrière de La Grande Pinte partant avec les seulle passeport qu’il leurs ont été délivré à Marseille pour venir à Paris ils ont fait vizer les dits passeports par la Section de 92. Ils se nomment : Antoine Gilly, Pierre Martin, Joseph Falconieri et André Combal. Et comme tout ce qui part actuellement furtivement paroit suspect surtout ces citoyens qui parte sans attendre le résultat de leur mission étant seul à mon poste je n’ay pas cru devoir rien décider sans en referer par devers vous et vous invitte fraternellement a

1. Archives de la Préfecture de Police. Sections de Paris, P. V. des Commissaires de Police, Quinze-Vingts.

tracer la conduite que je dois tenir et ce que je doit faire. Je suis fraternellement. Votre Concitoyen.

Signé: Jobert, Administrateur de police.

Cy-joints les quatre passe-port des susdits.

Par une autre missive du même jour, Jobert demandait au Comité de Salut public l’autorisation de visiter les papiers des Députés, et de s’assurer si leur voiture ne contenait rien de suspect. Ils avaient été arrêtés à la barrière en sortant de Paris.

Le Comité de Surveillance et de Sûreté générale refusa de les laisser partir et les fit conduire à la mairie pour interrogatoire.

Les quatre passeports sont joints au dossier et portent les visas de toutes les localités dans lesquelles ils passèrent. Les observations du Commissaire de police de la Section de 92 disent que, pendant leur court séjour à Paris, Falconieri logea rue de Richelieu, chez le citoyen Deschamp, pâtissier; Combal et Martin, rue Neuve Saint-Marc, chez la citoyenne Chénier. Il n’existe pas d’indication pour Gilly 1 .

La barrière de Charenton fut dénommée barrière de Marengo lorsque le premier Consul rentra à Paris par cette porte, le 3 juillet 1800, après la grande bataille qu’il gagna le 14 juin précédent, sur les Autrichiens2 .

Elle perdit très certainement ce vocable à la Restauration de 1 8 1 5 .

Un historien moderne des barrières de Paris, M. Alfred Delvau, assure également que le vendredi i5 avril 1814, à 10 heures du matin, l’Empereur d’Autriche faisait son entrée à Paris par cette porte « qui avait vu le retour de Napoléon

1. Archives Nationales. Papiers du Comité de Surveillance du Salut Public. B B3 72.

2. Dictionnaire des rues de Paris, par de La Tynna, 1812, p. 279.

après Marengo ». Le souverain autrichien y aurait été reçu par l’empereur de Russie, le roi de Prusse, S. A. R. Monsieur, le grand duc Constantin, le prince Royal de Suède, le prince de Schwarzenberg, tous caracolant au milieu de leurs états-majors 1 .

Si cet auteur avait consulté le Moniteur du samedi 16 avril 1814, il y aurait lu que l'empereur d’Autriche était entré à Paris, ce jour-là, à 10 heures du matin, par la Barrière du Trône , au milieu de salves d’artillerie, et que l’empereur Alexandre, le roi de Prusse, Monsieur, entourés de la Garde nationale à cheval, le reçurent au boulevard du Temple.

La gouache de Palaiseau montre les deux pavillons dont se composait la barrière de Charenton, non terminés. Celui qui est complètement visible est un cube de pierre sans toiture, muni, dans sa façade regardant la route, d’un haut portail au sommet cintré, flanqué de deux colonnes doriques. Devant l’un des côtés de ce cube, sont plantées six massives colonnes du même ordre ne soutenant encore aucune architecture. L’autre pavillon, dont on ne voit que trois colonnes répétant les précédentes, possède un fronton triangulaire qui silhouettera le toit du monument, dès qu’il sera terminé.

Nous signalerons encore, de cette barrière, les estampes suivantes :

Une grande planche en aqua-tinte, 46x87, dessinée par Palaiseau, gravée par Debucourt, différant par de nombreuses variantes de la planche précédente. Cette gravure fait partie d’une suite intitulée : Vues de Paris, imprimée chez Guérin, vendue chez Reslut.

1. Histoire anecdotique des barrières de Paris, par Alfred Delvau, i 865, p. 2o3.

Une lithographie, 47x32, par Ad. Bouchet, dessinée par J. Molinos, architecte de la ville et imprimée par Langlume. Les deux pavillons, contrairement à ceux de Palaiseau, sont terminés et montrent leurs six colonnes doriques cannelées et la frise surmontée du fronton triangulaire. Cette planche, qui ne manque pas de caractère, représente un peu trop poétisés les deux pavillons, qui y ont une allure de temples antiques.

Au Musée Carnavalet, une gravure au trait, 21 x 14, montre une barrière de Charenton, de Le Doux, qui est une interprétation de la planche de Palaiseau, avec les pavillons non achevés ou en cours de démolition. Cette estampe appartient à une suite dont elle porte le n° 2.

Le même Musée possède un dessin à la mine de plomb, 23 X i5, signé Trimolet, qui représente la barrière avec ses grilles en fer, ses guérites et ses deux pavillons. C’est la même donnée, et peut-être l’esquisse de l’eau-forte qui suit, exécutée par cet artiste.

Une gravure à l’eau forte, mesurant 18 X g, 5, également signée Trimolet, montre les deux pavillons paraissant terminés, contrairement à ceux de Palaiseau. Une grille les réunit et au milieu de la grille sont deux guérites pour les employés.

On peut encore citer : la petite aqua-tinte de l’atlas de Saint-Victor, 6 X 4,5 ; la gravure ovale de la suite dessinée et gravée par Gaitte, 7x6; une petite gravure sans date ni nom d’auteur, dans un cercle, 7 X 7; la gravure au trait, de Palaiseau, 1819, 3 1 , 5 x 21, 5.

La barrière de Reuilly était, d’après de la Tynna, en 1812, une jolie rotonde.

Voici ce qu’en disait, en 1857, un petit guide du temps :

La barrière de Reuilly est précédée à l’intérieur d’une assez grande étendue de terrains vagues où l’on commence cependant à bâtir avec l’espoir, peut-être mal

fondé, qu’une partie de la population déplacée par les embarcadères des chemins de fer se jettera de ce côté. Cette barrière est décorée d’une rotonde assez élégante et dont la forme contraste avec les deux bâtiments de la barrière de Charenton, qui ont chacun deux péristyles de six colonnes.

La barrière de Reuilly est peu fréquentée, même les dimanches; elle est constamment une des moins vivantes. Il faudrait être abandonné de Dieu et des hommes pour aller chercher les distractions dans ce triste recoin de la petite banlieue. Il n’y a là que l’ennui à recueillir. La chaumière de Bacchus, et deux ou trois autres cabarets, ne voient que rarement des chalands, encore faut-il qu’ils se soient égarés ou qu’ils aient de puissants motifs de ne boire, comme on dit, qu’avec leur suisse1.

La gouache de Palaiseau nous la représente comme une rotonde unique, entourée d’une colonnade dont la frise se découpe en ouvertures cintrées retombant sur chaque colonne. Au-dessus d’une corniche à denticules, s’élève une sorte de couvercle qui est le toit du bâtiment, situé dans l’intérieur de la colonnade circulaire.

L’eau-forte de Trimoiet, montre une partie de la rotonde avec sa colonnade, la grille vient s’attacher à cette rotonde et au mur qui se voit à gauche et qui est très caractérisé en tant que mur d’enceinte.

Nous citerons encore la gravure au trait, de Palaiseau, 3i,5x 2i,5 ; la petite aqua-tinte de l’atlas de Saint-Victor, 6 X 4^5 et la gravure ovale, de Gaitte, 7x6.

La barrière de Picpus n’a pour ainsi dire pas d’histoire. Nous savons, cependant, qu’en nivôse an 111 le bâtiment a besoin de nombreuses réparations qui sont mises en adjudication le 22 Pluviôse suivant2 .

Elle se présente, dit de la Tynna en 1812, sous la forme d’un bâtiment avec quatre péristyles et un attique.

Le petit guide de 1857, auquel nous avons déjà emprunté

1. Histoire de Paris, ses barrières et ses faubourgs, par B.-B. Paris, 1857. in-12, p. 38.

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