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Archives de la Seine. Papiers Lazare, t. XIV

les ponts, depuis Notre-Dame jusqu’à Bercy, étaient envahis depuis sept heures du matin. »

La musique du 18e de ligne, placée à bord du Neptune , jouait des airs patriotiques, et de toutes parts la foule lui répondait par ses acclamations.

La « Commission de l’Algérie » et les autorités accompagnèrent la flottille jusqu’au Port-à-l’Anglais, après avoir traversé Bercy, pavoisé aux couleurs nationales. « M. Sibour, représentant du peuple », vicaire général, bientôt archevêque de Paris, les bénit au passage, entouré d'un nombreux clergé. Dans la foule, des hommes considérables du parti nouveau acclamaient les colons : c’étaient : Corbon, Dupin aîné, Considérant, Ceyras, Edgard Quinet, Lestapis, Trélat, Pierre Bonaparte, Pascal Duprat, Roger du Loiret, Fayolle, Didier, Adam, Martelet et bien d’autres.

L’iconographie des berges, quai et port de Bercy présente quelques pièces intéressantes que nous tenons à signaler, et que nous avons rencontrées dans divers fonds publics et privés. De la collection Destailleur nous citerons :

Un croquis à la mine de plomb, sans nom d’auteur ni date, mesurant 24,5 x 10, 5 et montrant le quai de Bercy, vue prise des berges de la Seine. On y voit deux pavillons à toits pointus flanquant une porte cochère de jardin. Ces constructions ne peuvent guère s’identifier, mais leur allure fait croire qu’elles sont des vestiges des anciennes maisons de plaisance de Bercy.

Dans la même page du même volume, est un dessin à la plume, sans nom ni date, mesurant 1 6,5 X 7, représentant également une berge de Bercy ou de La Râpée, avec quelques maisons sans caractéristique particulière, dessin qui paraît avoir été exécuté au dix-huitième siècle.

On trouve aussi dans ladite collection un dessin lavé à l’encre de Chine, attribué à Alb. Flamen, ayant comme dimensions 22,5 x 1 1 , et intitulé : « Veuë de Conflan et de Berssy du costé de la porte des Tournelles. » Ce sont les berges de la Seine avec quelques maisons non identifiables et, au fond, une église, qui est peut-être celle de Conüans1 .

On connaît la belle eau-forte signée de Ch. Michel, 1866, mesurant 74 X 37,5 et représentant le quai de Bercy, à cette époque. A gauche, sont figurées les piles de l’ancien pont suspendu, puis, tout le quai en perspective allant jusqu’au pont du chemin de fer sur lequel passe un train. La déclivité de la berge est remplie de tonneaux rangés en ordre ; de nombreux bateaux et des trains de bois sillonnent la rivière ou sont amarrés au quai. Le graveur a mis tant de scrupule à exécuter son œuvre, qu’il a reproduit jusqu’aux enseignes des nombreux cafés, restaurants, négociants, qui occupaient alors le quai. On y voit : le Café du Balcon , le Restaurant des Peupliers , la maison Ouvrier fils fabricant de comptoirs , le Restaurant des Marronniers , l'Hôtel des deux Perdrix , le Grand Café de Bercy , le Café Lyonnais , le Café Lehon , l'Entrepôt Soudée , le Café du Cercle , etc. Cette planche, qui a pour texte : Bercy, a été imprimée chez Delàtre, rue Saint-Jacques, 3o3. Ch. Michel, del. etsculp.

Une photographie de A. Denisse, 1869, montre également le quai de Bercy sans aucune construction, occupé seulement par de nombreux tonneauxrangés sur la berge. Desbateaux àvapeur et autres chargent et déchargent des futailles. C’est une vue qui peut intéresser l’histoire commerciale de Bercy 2.

1. Bibliothèque Nationale : Estampes. Collection Destailleur, Paris, t. 1, p. 1 6, et t. VI, p. 129.

2. Ces deux pièces appartiennent à la Bibliothèque Nationale : Estampes. — Topo-

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En 1 88 1 , le 5 mai, la Ville de Paris fit l’acquisition d’un grand dessin de Charles Michel représentant le port de Bercy en 1869. Cette œuvre, exécutée au crayon noir, mesurant 2 m.65xo m. 42, fut pendant quelque temps exposée dans les locaux du Conseil Municipal, à l’Hôtel de Ville, et vint ensuite au Musée Carnavalet, où elle est encore aujourd’hui. Elle se compose de cinq fragments réunis en un seul et porte la signature de Charles Michel, 1868. C’est une vue du quai, avec toutes les maisons de commerce, les cafés, les restaurants, et les grands arbres qui leur servent de fond. Sur les pentes de la berge, sont alignés des tonneaux, que de nombreux bateaux amènent au port. Cette image est du plus grand intérêt documentaire et montre ce qu’était à cette époque le grand marché des vins. Lors de son acquisition par la Ville, M. Joblé-Duval, Conseiller municipal, en parlait en ces termes :

Déjà ce dessin a tout le mérite de nous retracer le passé d’un des points les plus historiques de Paris et dont il ne reste plus rien. Le souvenir du vieux Bercy avec tout son pittoresque revivra, grâce à lui, pour tous les vieux Parisiens et sera dans l'avenir un précieux document indispensable à tous les historiens qui écriront la vie et la transformation de notre grande cité l.

Les pièces les plus importantes qui se trouvent dans les cartons du Musée Carnavalet, sont les suivantes :

Dessin à la mine de plomb, 5e X 3q, sans nom d’auteur, intitulé : Vue prise de Bercy au Pont Napoléon , en septembre 1868. Ce sont les berges de la Seine, avec un abreuvoir, des blanchisseuses, des bateaux et le pont Napoléon.

Dessin à la mine de plomb, 41 X 18, signé : Pierre Ray,

graphie de la France. Seine, Paris, XII' arrondissement. Grand format (Va qqà) et petit format (Va 3oi).

1. Rapport de M. Jobbé-Duval au Conseil Municipal, n° 23 de 1881, et Procès-verbal d u 5 mai 1881.

intitulé : Bercy , amont , en 1872. Le dessinateur s’est inspiré du grand travail de Ch. Michel, et a montré un quai de Bercy dont toutes les maisons sont traitées séparément et auxquelles il ne semble pas manquer une fenêtre. C’est le grand centre commercial, avec ses tonneaux, ses voitures, ses bateaux et ses berges encombrées de marchandises. Un coin de perspective montre également le quai de la Gare.

Dessin à la plume, sur papier teinté rouge, 3i x 2 3, signé : Michel. Titre : Quai de Bercy en 1876. Les berges avec de lourds bateaux, maisons sans caractère, perspective de Paris dans le lointain.

Dessin à la sépia et mine de plomb, 26 X 19, signé Chauvet, 1878, intitulé : Un coin du quai de La Rapée-Bercy. Ce sont des petites maisons et échoppes entourées d’arbres et de palissades. On lit sur quelques enseignes ; Compagnie Lyonnaise d'annonces maritimes ; Tellier Constructeur d'embarcations ; Hôtel de la Haute-Marne ; P. Lenne. Comme tous les dessins de cet artiste, celui-ci est plein de charme et d’expression.

Dans la collection de M. Georges Hartmann nous trouvons encore, concernant les quais et berges de La Râpée et de Bercy : Une vued’optique, mesurant 24,5 X 10, 5, signée: Guéroult. D. F. intitulée: V eue du port de La Râpée sur la Seine audessus de Paris. Sur la berge s’aligne une suite de maisons sans grand caractère ni particularité.

Une gouache anonyme, mesurant 53xq2, d’un dessin enfantin mais très intéressant, représente le port de La Rapée- Bercy, avec le Bureau d'octroi , le Bureau des déclarations et enregistrements, celui des Patentes ; des maisons avec les enseignes: Loyauté , puis Léauté, et Armencey. On y voit, amarrée au quai, la patache des employés du fisc, des bateaux

chargés de tonneaux, et des lavandières travaillent sur la rive ; tous les personnages sont costumés à la mode de 1810 ou 1 8 1 5. Au bas, un cartouche flanqué de deux amours est disposé pour recevoir une légende qui est absente.

Une mine de plomb, 5i X 35 signée Trimolet, 1867, montre le quai de Bercy avec des futailles et des barrières au loin, de nombreux bateaux amarrés et le pont de Bercy en perspective.

Un dessin à la plume, encre de Chine et mine de plomb, 23 x 17, par Gautier, représente le quai de Bercy par un temps de pluie et en hiver. C’est l’encoignure d’un poste ou d’un bureau de surveillance.

Une aquarelle, 41 X 20, 5, signée Blatter, quai de La Râpée et pont de Bercy, reproduit une vue prise du quai de la Gare en 1889. Toutes les maisons du quai sont correctement représentées avec leurs caractères respectifs. Au fond, le pont de Bercy ; au premier plan sur la berge, des bains d’hommes à o fr. 3o, un bateau toueur forment un ensemble de couleurs chatoyantes et d’une belle venue.

Nous signalerons aussi les tableaux suivants du peintre Antoine Guillemet, qui paraît affectionner particulièrement ce coin de banlieue parisienne :

Une toile datée de 1874, représentant les berges de Bercy : de vieilles maisons bordent la Seine, qui roule ses eaux grises dans un paysage d’hiver et d’aspect désolé. Le quai est désert, ne laissant voir ni mouvement ni commerce. Ce tableau, qui appartient à la Ville, est exposé dans son Musée des Beaux-Arts.

Bercy en décembre , ayant figuré à l’Exposition universelle de 1 878, et souvent reproduit par la gravure et autres procédés. 11 doit appartenir au Musée du Luxembourg.

Le Vieux quai de Bercy , exposé au Salon de 1880, toujours dans la même note grise et froide, montrant un quai dénudé garni de quelques futailles, de barrières de bois et de grands arbres.

Le quai de Bercy à Charenton , daté de 1892, laissant voir dans une perspective brumeuse, le pont National, le Panthéon, la Tour Eiffel.

Nous connaissons encore, comme peinture à l’huile:

Un tableau de Lépine, La Seine à Bercy , très peu caractérisé.

Un tableau de Pedron, exposé au Salon de 1878: La Seine et le quai de Bercy , ne variant guère les données précédentes.

Dans la Seine et ses bords, par Charles Nodier. Paris, 1 836, se trouve une vignette 21 x i3, 5, de Marville et Foussereau, intitulée : Vue de Paris prise de Bercy. On y remarque une berge plantée de quelques arbres et couverte de bois flottés et de guérites pour la surveillance.

Voici encore une gravure à l’eau-forte, 17 X h, parue dans l'Art Moderne , dessinée et gravée par Focillon, imprimerie Bizolin. Titre: Le quai de Bercy. C’est une estampe quelconque, peu caractéristique de l’endroit représenté, sans grand souci de vérité et montrant dans le lointain une perspective de Paris.

Il nous faut aussi indiquer, comme appartenant encore à la collection Hartmann, deux gravures à l’eau-forte de Lantara, intitulées: Vue des environs de Bercy , t 3,5 x 8, montrant des maisons rustiques, des bords escarpés et des arbres.

On penSe bien que les berges de Bercy, à peine défendues contre les grandes crues de la rivière, furent de tout temps victimes des inondations. A plusieurs reprises, d'ailleurs, nous avons mentionné l’envahissement des eaux atteignant les

parties basses de la région. Un document intitulé: Plan du cours de la Seine dans la traversée de Paris , relatif aux observations faites par Philippe Buache, sur l'étendue et la hauteur de l'inondation du mois de décembre 1740, indique que tout le territoire de l’agglomération de Bercy se trouva sous les eaux, lors de cette terrible inondation. De la Seine au faubourg Saint-Antoine, couvrant les rues et les jardins, régnait une immense nappe d’eau rendant méconnaissable la topographie du pays. Le document, à la vérité, ne montre pas les environs du château de Bercy, mais il est certain que tout le parc fut inondé, et aussi les maisons de plaisance qui s’étendaient de la rivière à la rue de Bercy et jusqu’à la rue de Charenton 1 .

La crue de Frimaire et de Nivôse an X fut également très importante à Bercy, et certains détails nous en ont été transmis dans un rapport du temps, rédigé par le citoyen Bralle :

Le 19 Frimaire (10 décembre 1801) une trentaine de bateaux de charbons de terre furent engloutis à Charenton et deux thoues chargées de vin coulées à Bercy. Le 29 suivant, une barque portant des vins naufrageait également près de la ruelle de Bercy. Le 1 3 Nivôse (3 janvier 1802), deux boutiques à poissons étaient emportées par les eaux ; une partie de la barrière de La Râpée, ainsi que la petite patache de ce port, furent aussi entraînées par le courant. Deux bateaux garés à La Râpée, portant ensemble 3qo pièces de vin, étaient encore engloutis et perdus. Un de ces bateaux et une boutique à poissons, en dérivant, se précipitèrent sur la pompe de Notre-Dame et en fracassèrent le brise-glace.

Au moment où les eaux étaient parvenues à leur plus grande hauteur, dit ce

1. Ce plan a été reproduit dans le Procès-Verbal de la Commission du Vieux-Paris, du 2 juin 1 898.

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BARRIÈRE DE CHARENTON, de l’enceinte des Fermiers Généraux. D’après l’aquarelle de Palaiseau, exécutée vers 1819.

document, elles étaient de 2 m. 90 centimètres au-dessus du sol de la rue Grange aux Merciers, rue droite, au coin du mur de Bercy, et atteignaient l’angle de la rue de ce nom, qu’elles occupaient entièrement; puis, remontant à travers les jardins et marais, elles baignaient, à 200 mètres de distance de la barrière de Charenton, le pied du mur de soutènement de la chaussée, sur un mètre de hauteur; inondaient le boulevard extérieur jusqu’à 260 mètres de l’angle du pavillon de cette même barrière, et, contournant les murs de clôture des propriétés qui bordent la rue de Charenton, dans l'intérieur, elles couvraient le carrefour formé par cette rue et celle de Reuilly jusqu'à celui de la rue de Beauveau. Le sol de ce carrefour étant un peu plus élevé, ne leur permit de rentrer dans la rue de Charenton qu’à quelques mètres en-deça de la rue des Charbonniers, qui seule, dans cette partie, resta presque entièrement à sec. De ce point, en suivant les rues Traversière et Saint-Nicolas, elles parvinrent jusqu’à la grande rue du faubourg St-Antoine, dont elles mouillèrent quelques mètres superficiels des parties basses correspondant aux ruisseaux : quant à la rue de Charenton, elle fut couverte jusqu’un peu au-delà de celle Moreau, dans laquelle les eaux ne pénétrèrent que par la rue de Bercy, et sur une longueur de 60 mètres seulement. La rue des Terres fortes fut également à l’abri de l’inondation, mais les terrains qui la bordent de droite et de gauche, ainsi que ceux que traverse la rue Moreau, furent noyés à l’exception du ci-devant couvent des Anglaises l. »

A cette brochure est joint un plan de Paris montrant les limites atteintes par les eaux du lleuve et par les infiltrations souterraines. Pour Bercy et la région de Paris qui l'environne, le tableau est plus terrifiant encore que celui décrit par le citoyen Bralle. Presque tout le territoire de la commune est couvert par les eaux, qui régnent sans partage depuis la Seine jusqu’à la rue de Charenton et du parc du Château à la rue Moreau.

Dès 1818, en raison de l’extension prise parle commerce des vins sur les quais et les berges, la nécessité se fit sentir de protéger contre les crues de la rivière les terrains affectés au débarquement et au stationnement des tonneaux. L’ordonnance Royale rendue cette même année le 2.3 décembre pres-

1. Précis des faits et observations relatifs 'a l'inondation qui a eu lieu dans Paris en Frimaire et Nivôse de l'an X, par le citoyen Bralle, Ingénieur hydraulique en chef du Département de la Seine. Paris, Ventôse an XI (i8o3).

crivit, en effet, des travaux de défense payés par l’État, la Commune et les propriétaires \

On trouve également dans le registre des délibérations de l'année 1840, qu’une cloche avait été installée sur un piédestal, au milieu du quai de Bercy, et servait pour annoncer les grandes crues et les sinistres en Seine. Le remplacement de cette cloche par une plus grosse fut même demandé à cette époque, ainsi que son élévation à une plus grande hauteur, mais comme elle dépendait du service de la navigation, le Conseil Municipal de la commune refusa, par sa délibération du 3 août 1840, de participer à la dépense 2.

Nous trouvons encore qu’en 1847, la maison commune ellemême n était pas à l’abri des eaux et que la séance du Conseil Municipal du 17 février de cette année avait été remise au 24, les édiles n’ayant pu pénétrer dans la Mairie à cause de la crue. Il s’agissait déjà du nouvel édifice de la place de l’Église 3.

Voici les dates des grandes inondations connues, classées et mesurées qui, en sévissant sur la capitale, ne manquèrent pas de commencer par Bercy :

;r mars 1 658 hauteur à la Tournelle 8 m.8o

c5 décembre 1740 janvier 1 65 1 janvier 164g mars 171 1

3 janvier 1802

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