CHAPITRE XII
LES BACS DES PASSEURS D’EAU DE LA RAPEE ET DES CARRIÈRES. — LE PONT SUSPENDU DE BERCY. — SA RECONSTRUCTION EN PIERRE. — LE PONT NAPOLÉON ET LE PONT NATIONAL. — LE COMMERCE DES VINS ET LES ENTREPÔTS. — LE PONT DE TOLBIAC.
Jusqu’en 1 83 1 , les habitants de Bercy, riverains du côté droit de la Seine, ne connurent d'autre moyen de communication avec la rive gauche qu’un bac ou passeur d’eau, installé entre La Râpée et les abords de l’Hôpital Général, c’est-à-dire de La Salpêtrière.
Nous savons de ce bac, que, en 1764, la maîtrise des Eaux et Forêts de Paris, par son ordonnance du 26 novembre, fut obligée d’intervenir pour empêcher les contlits,et même les rixes, survenant tous les jours entre passeur et passagers, au sujet du tarif des droits de passage. Des contestations, en effet, se produisaient continuellement à l’occasion des prix que devaient payer les voyageurs à pied ou à cheval, les voitures chargées ou non chargées, les bestiaux de forte ou de petite taille, etc. Cette juridiction fixa donc un tarif prévoyant à peu près tous les cas, et ordonna que les prix seraient peints à l’huile sur une feuille de fer-blanc, clouée sur un poteau planté proche
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planté proche du bac, en lieu apparent et de chaque côté de la rivière. Ce tarif était le suivant:
Pour un homme de pied, en été, depuis le premier avril jusqu’au premier octobre, pourvu qu’ils soient au moins au nombre de cinq personnes, six deniers chacun.
Pour un homme de pied, en hyver, depuis le premier octobre jusqu’au premier avril, pourvu qu’ils soient au moins un nombre pareillement de cinq personnes, un sol chacun.
Pour un cavalier, un sol six deniers.
Pour un cheval ou autre bête chevaline, un sol.
Pour un carrosse à deux chevaux, outre les personnes, cinq sols.
Pour une charette chargée, attelée de 3 chevaux, quinze sols.
Pour une charette chargée, attelée de deux chevaux, dix sols.
Pour une charette à vuide, cinq sols.
Pour chaque bœuf ou vache, et conducteur, un sol.
Pour chaque porc ou chèvre, compris le conducteur, six deniers.
Pour chaque mouton, aussi compris le conducteur, trois deniers.
La même ordonnance faisait défense aux passagers de refuser le payement de leur passage, comme aux fermiers de percevoir des prix supérieurs à ceux qui étaient mentionnés sur la pancarte. En cas de contestations, les parties étaient tenues de se pourvoir devant la Maîtrise des Eaux et Forêts, à peine de nullité de procédure1 .
Un autre bac existait encore aux Carrières de Conflans, en faveur duquel intervint une sentence le 28 juin 1 y3/, prise par la même juridiction, et permettant à Charles-Henry de Malon, Chevalier, Seigneur de Bercy, Conflans, les Carrières, Châtellenie de Charenton, dépendances, et autres lieux, de faire planter le plus près possible de ce bac ou ponton, une pancarte portant le tarif des droits de passage suivants :
Pour un homme, six deniers; pour un carrosse à deux chevaux, dix sols; pour une charette chargée de quatre pièces de vin, ou marchandises équiva-
lentes, quinze sols; pour un cavalier, un sol six deniers; pour un homme à cheval chargé, deux sols ; pour une bête asine, chargée avec son conducteur, deux sols; pour une bête asine et le conducteur, un sol six deniers; pour une vache, avec le conducteur, un sol; pour un porc, six deniers; pour un mouton, trois deniers; pour une charette à vuide avec deux chevaux et le conducteur, quatre sols six deniers.
La même sentence faisait défense au fermier du bac de prendre et exiger d’autres droits que ceux ci-dessus, à peine de concussion, et à toutes personnes de passer sans payer les droits énoncés sur la pancarte \
Le bac de La Râpée existait encore en 1829. A cette époque, le Conseil Municipal se montrait si peu favorable à toute modification du statu quo que, dans sa séance du 6 juin, il rejetait le projet d’établissement d’un pont sur la Seine près la barrière de ce nom. Le plan avait été dressé par M. Jousselin, Ingénieur ordinaire, sous le contrôle de M. Eustache, Ingénieur en chef, et après approbation de M. Becqueny, Directeur général des Ponts. Le motif allégué dans ce refus était que la construction nuirait au commerce de Bercy 1 2.
Cet ostracisme devait, à la vérité, n’ètre que de peu de durée, puisque, deux ans après, un pont suspendu était construit en cet endroit même par MM. Bayard et Vergés, et que la première pierre en était posée par le Roi Louis-Philippe, le 28 juillet 1 83 1 , M. Renet François-Marie étant Maire, et Portier et Soulages, adjoints. Le 29 janvier 1 832 , le même souverain en faisait l’inauguration et le pont était livré immédiatement à la circulation.
L'ordonnance royale du 27 juillet 1 83 1 en avait accordé la
1. Sentences de la maîtrise des Eaux et Forts de Paris, du 2Ü juin 1737, Paris. Prault, 1765 (Collection Georges Hartmann).
2. Archives de la Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.
concession avec péage pour une durée de 28 ans et 9 mois, à partir du ier janvier 1 833. L’ouvrage se composait de trois travées offrant ensemble un débouché linéaire de 134 mètres, savoir: 45 mètres pour chacune des arches de rive, et 44 mètres pour celle du milieu. La largeur était de 8 mètres. Les chaînes de suspension et de retenue, au nombre de quatre sur chaque tête, étaient en barres de fer, ainsi que les tiges verticales qui les reliaient au tablier \
Le Moniteur du 3o janvier i832 raconte longuement la cérémonie d’inauguration : Louis-Philippe était accompagné des ducs d’Orléans et de Nemours, du comte d’Argout, Ministre du Commerce et des Travaux publics, et du Maréchal Gérard, il fut reçu à 1 heure et demie à la tête du pont, du côté de la Gare, par le comte de Bondy, Préfetde la Seine; M. Gisquet, Préfetde Police ; Bérard, Directeur général des Ponts et Chaussées ; Jollois, Ingénieur en chef du département, Vergés et Bayard de la Vingterie, Ingénieurs ; Gosse, maire d’Ivry ; Renet, ancien Maire de Bercy ; Portier, Maire actuel ; les maires des communes environnantes, et M. Aubineau-Caron, concessionnaire du pont.
Le premier discours prononcé fut celui du Maire d’Ivry. Quand le roi et sa suite furent du côté de Bercy, le Maire de cette commune prit à son tour la parole et assura au Roi que la population de la localité était amie de l’ordre et des lois et remplie de dévouement pour sa royale dynastie :
Ce n’est pas dans cette classe ouvrière, disait-il, qui ne vit que par le Commerce et le travail, que les ennemis du repos public trouveront jamais des auxiliaires ; on la verra toujours se rallier au trône national et aux institutions qui doivent assurer la prospérité de la France.
1. Notice historique sur les Ponts de Paris , par Feline Romany, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 1 865, p. 5o.
Louis-Philippe affirma qu’il était heureux d’avoir pu concourir à l’établissement de ce pont, et que son espérance la plus chère était de voir féconder le commerce de la Commune et augmenter les avantages dont Bercy jouissait déjà.
M. Pellegrini, Ingénieur civil attaché à la construction du pont, prenant ensuite la parole au nom des concessionnaires et des parties intéressées, offrit séance tenante au roi d’en être le parrain :
La Commune de Bercy, dit-il, et la Commune d'Ivry se disputaient l’honneur d’attacher leur nom au nouveau pont ; que votre Majesté daigne les mettre d’accord, en consentant à lui donner son nom. C’est le premier pont qui ait été commencé et achevé sous son règne, et ce sera pour la première fois que des plaideurs seront également charmés de perdre leurs procès.
A quoi le Roi répondit, ajoute le Moniteur :
Oui, très-volontiers ! et que mon nom soit toujours parmi vous, quand je n’y serai pas.
Le produit de la recette du péage, durant 3 jours, fut consacré au soulagement des pauvres.
Par suite de liquidation de succession, le pont suspendu de Bercy fut mis en vente le 14 juillet i83q, en l’étude de M. Lairtullier, notaire. Il avait coûté un peu plus de 3oo.ooo francs et avait rendu, la première année, environ 3o.ooo francs. Son produit était, en i83q, de 70.000 francs par an et encore tous ses abords étaient loin d’être complétés : la route départementale, qui devait lui assurer le service des relations d’Orléans, d’Etampes et du Midi de la France avec le Nord-Est, n’était pas encore achevée. La mise à prix fut fixée à 3oo. 000 francs, valeur de la construction, et l’adjudication prononcée en faveur de M. Lignéville, au prix de 700.000 francs .
Disons que, dans une délibération du 17 février 1847, Prise