SA VIE ET SES ÉCRITS
GEORGE Berkele}' naquit en 1685, à Dysert, dans le comté irlandais de Kilkenny, d'une famille d'origine anglaise. « J'étais défiant à l'âge de huit ans, écrit-il dans son Commonplace Book (ce précieux livre de notes que, de 1705 à 1708, il rédigeait à son propre usage), et par
(i) Pour la biographie du iihilosophe, uous renvoyons le lecteur à l'introduction placée i)ar A. Catnpbell l'araser en tête de son édition la plus récente des Œuvres complètes de Berkeley (4 vol., Oxford, Clarendon Press, 1901), ou encore au quatrième volume [Life and Letters) de son édition antérieure (4 vol., Oxford, Clarendon Press, 1871). C'est de cet important travail que i)rocède l'introduction de MM. Beau lavon et Parodi à leur traduction d'Œuvres choisies de Berkeley (Paris, Alcan, 1895). Toutes nos citations de Fraser se rapportent à l'éditior de 1901.
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suite uuturellement porté vers les nouvelles doctrines (i). » Ivn 1700, l'adolescent précoce devient l'élève de la grande université de Dublin, Trinity Collège : on y étudiait Descartes, Locke, Newton. Berkeley y passa treize ans, comme élève d'abord, puis comme maître. C'est là qu'il découvrit, âgé d'une vingtaine d'années, le grand principe, qui devait à ses yeux renouveler toute la philosophie. Ses camarades se demandaient, en ce temps, s'il serait le plus bel esprit ou le plus grand sot qui sortirait de l'université.
En 1709, Berkeley prend les ordres; la même année, il publie le premier ouvrage signé de son nom (2) : c'est le fameux Essai sur une nouvelle théorie de la vision. A dessein, le '( principe » n'y était pas encore explicitement dévoilé : Berkeley, désirant convaincre, craignait d'effaroucher le public par une exposition trop brusque. ISIais, l'année suivante, la nouvelle philosophie apparaît dans tout son jour : Berkeley publie son Traité des principes de la connaissance humaine, où sont examinées les principales causes d'erreur et de difficulté dans les sciences, ainsi que les fondements du scepticisme, de l'athéisme et de l'irréligion (3).
Cette révélation n'eut pas les effets qu'en attendait son auteur. Ayant demandé à son ami vSir John Percival de lui trouver à Londres des lecteurs et des critiques, Berkele}»^ en recevait la réponse suivante (4) : « Je n'ai fait que nommer le sujet de votre livre des Principes à quelques ingénieux amis que j'ai, et aussitôt ils le tournèrenten ridicule, tout en refusant de le lire : ce quejen'aipu encore obtenir d'un seul. Un médecin de ma connaissance entreprit de décrire votre personne, et soutint qu'il fallait que vous fussiez fou, et que vous devriez prendre des remèdes. Un évêque vous prit en pitié, de ce qu'un désir
(i) Commonplace Book (désonnais Cpl. B.), p. 79, § 758- Nous citons la page d'après l'édition Fraser de 1901 et le numéro d'après la traduction Gourg (Paris, Alcan, 1908).
(2) Deux ans auijaravant, doux petits traités en latin, Arithmdica et Miscellanea malhematica, avaient paru sans nom d'auteur.
(3) I,e volume était annoncé comme formant la première partie du Traité; Berkelej' ayant perdu, en voyage, le manuscrit commence de la seconde, l'ouvrage ne fut jamais achevé.
(4) Fraser, t. I, p. xxxisr.