PORTRAIT GRAVÉ PAR T. COOKF
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une loi qui dirige, une justice qui exécute. Il y a d'abord la source de toute perfection, ou fons Deiiaiis; ensuite la suprême raison ou logus; enfin l'esprit qui anime et qui inspire. Nous sommes issils du Père, illuminés par le Fils, et mus par l'Esprit. Certainement, ce sont autant de dogmes exprès des Platoniciens, des Pj'thagoriciens, des Égyptiens, des Chaldéens, qu'il y a un Père, un Fils et un Esprit; que ces trois sont analogues au soleil, à la lumière et à la chaleur; et qu'on les désigne autrement par les termes de principe, d'esprit et d'âme, par ceux d'unité, d'intellect et de vie, par ceux de bien, de parole, et d'amour; que la génération n'est pas attribuée à la seconde hj^ostase, au nous ou logos, relativement au temps (352), mais seulement par égard à l'origine et à l'ordre, comme une émanation naturelle et nécessaire.
363. — Quoiqu'on puisse aisément croire qu'il ne se trouve rien sur ce sublime sujet dans les écrits humains, qui ne porte le sceau de l'humanité, cependant on ne saurait nier que divers pères de l'Église ont jugé à propos d'illustrer le dogme chrétien de la vSaiiite Trinité par des comparaisons et des expressions empruntées chez les plus illustres païens, qu'ils ont cru n'être pas tout à fait ignorants de ce mystère. C'est ce qu'ont amplement prouvé Bessarion, Eugubinus et le D' Cudworth.
364. — Ainsi, quelque peu pliilosopliique que puisse paraître cette doctrine à beaucoup de gens dans notre siècle, il est pourtant certain que les philosophes les plus savants et les plus fameux de l'antiquité ont admis une Trinité en Dieu. Il faut avouer que quelques Platoniciens nouveaux qui faisaient profession du paganisme paraissent s'être étrangement égarés, comme aussi beaucoup de chrétiens l'ont fait en suivant avec trop de curiosité, les ouvertures données par leurs prédécesseurs.
365. — Mais Platon lui-même regardait cette doctrine comme un mystère respectable, qui ne doit pas être traité sans précaution, ni témérairement divulgué. C'est pourquoi, dans une lettre à Denys, il écrit, ainsi qu'il le déclare luimême, d'une manière brève et énigmatic[ue,dans les termes suivants, qu'il donne pour un abrégé de ce qu'il pense touchant l'Être Suprême, et que, vu qu'ils sont susceptibles de divers sens, je laisse à déchiffrer au savant lecteur: Péri ton pantôn basiléa pant'esti, kai ekeinou heneka panta, kai
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ekeino aition hapantôn ton kalôn; detiteron de péri ta deuiera. kai triton péri ta trita. Platon reconiniaiide à diverses reprises et avec beaucoup de zèle à Denys de ne pas souffrir que ce qu'il lui conununique touchant le mystère de la divine nature puisse tomber entre les mains des ignorants et du vulgaire; ajoutant, pour raison de la précaution qu'il prend, que rien ne paraîtrait plus ridicule et plus absurde au commun du genre humain. Il ajoute que, vu les hasards que peut courir un écrit, il est plus prudent de ne rien écrire du tout sur ces matières, mais de les enseigner de bouche. C'est pour cette raison, dit-il, que je n'ai jamais écrit là-dessus, et qu'il n'y a rien et n'y aura jamais rien de Platon qui paraisse sur ce sujet. Pour ce qui vient d'en être dit, ajoute-t-il, il appartient tout à Socrate.
366. — Effectivement, ce que ce philosophe dit dans son Phèdre touchant les régions qui sont au-dessus du ciel, et la Divinité qui y réside, est d'un tour à n'être ni goûté ni compris des esprits vulgaires : savoir, une essence réellement existante, qui n'est l'objet que de l'entendement pur, qui n'a ni couleur, ni figure, ni aucune qualité qu'on puisse discerner par le tact. Il avait grande raison de penser qu'une pareille description paraîtrait ridicule aux hommes esclaves de leurs sens.
367. — Pour ce qui est de la parfaite contemplation des choses divines, il la regarde comme le partage des âmes pures, qui sont dans la pure lumière, initiées, heureuses, libres, dégagées de la souillure des coq^s dans lesquels nous sommes maintenant emprisoimés, comme des huîtres dans leur écaille. Mais, dans cette condition mortelle, nous devons nous contenter de ces rayons échappés qui parviennent ju.squ'à nous, pour en tirer tout le parti qu'il se peut. C'est la remarque de Platon dans son Théétète, que, tant que nous demeurons oisifs, nous ne gagnons rien du côté de la sagesse; mais que, lorsqu'on entre dans une rivière, et que l'on s'y meut de tous côtés, c'est le moyen d'en découvrir les gués et les profondeurs. Si nous nous mettons en mouvement et en exercice, même dans l'état présent, nous pourrons espérer de découvrir quelque chose.
368. — Par un long usage, nos j-eux parviennent à discerner les objets, même dans une sombre caverne; et il n'est point de sujet si obscur, qu'en le regardant fixement durant long-
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temps, nous n'y flisccrnicms finelque lueur. Tous semblent courir après la vérité, mais peu l'atteignent et la saisissent. Certainement, quand elle est devenue notre grande passicn, elle ne laisse guère de place aux soins ordinaires des hommes et aux vues qui les occupent. Il ne suffit pas de donner à sa recherche la première ardeur d'une jeunesse, qui, avec assez d'activité, peut-être, pour poursuivre un travail, n'a pas assez de maturité pour peser et pour revoir. Celui qui veut faire des progrès réels dans la science doit consacrer l'âge mûr aussi bien que la jeunesse, les derniers fruits de l'automne comme les premières fleurs du printemps, à l'autel de la vérité.
Cnjnsvis est errare, nullius nisi insipientis in errore perseverare. Cic.
([Siris]; Recherches sur les vertus de l'eau de goudron, où l'on a joint des réflexions philosophiques sur divers autres sujets importants, trad. anonyme, Amsterdam, 1745.)