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Mais, d'un autre côté, Socrate enseigne dans le pre

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mier Alcibiade que lu coutem])latiou de Dieu est le moyeu le plus propre pour couuaitre notre propre âme. Comme l'œil, dit-il, venant à fixer son regard sur la prunelle d'un autre œil, se voit lui-même, ainsi notre âme se contemple et se connaît elle-même, lorscju 'elle contemple la Divinité, qui est sagesse et vertu, ou quekjue chose de semblable. Dans le Phédon, vSocrate parle de Dieu connue étant io agathon et to dron, le bon et le décent (260, },ii); Plotin représente Dieu comme un ordre, Aristote connue une loi.

333. — Ceux qui ont appris à raisonner beaucoup sur ce qu'on appelle substyatiim, trouveront peut-être qu'il serait plus raisonnable et plus pieux d'attribuer à la Divinité un être plus substantiel que ne sont les entités purement idéales de sagesse, ordre, loi, vertu ou bonté, qui, n'étant que des idées complexes, formées et mises ensemble par l'entendement, et partant son propre ouvrage, n'ont rien en elles de substantiel, de réel et d'indépendant. Mais on doit considérer que, dans le système de Platon, ordre, vertu, loi, bonté, sagesse, ne sont pas des créatures de l'âme humaine, mais qu'elles lui sont innées et y existent originairement, non connue un accident dans la substance, mais comme la lumière qui l'éclairé et comme le guide qui la gouverne. Dans le langage de Platon, le mot idée ne signifie pas simplement un objet oisif et sans action de l'entendement, mais il est synonyme à cause et à principe. Selon ce philosophe, bonté, beauté, vertu, etc., ne sont pas des fictions de l'esprit, ni des modes mixtes, ni des idées abstraites dans le sens moderne, mais des êtres très réels, intellectuels, immuables, plus réels peut-être que les objets passagers des sens (306), qui, manquant de stabilité, ne sauraient être des sujets de science (264, 266, 297), beaucoup moins de connaissance intellectuelle.

336. — Pamiénide, Tiniée et Platon ont fait, comme j: l'ai observé ci-dessus, une distinction entre V engendrent l'être. Le premier est toujours infieri{^o^, 306), mais il n'existe jamais, parce qu'il ne demeure jamais le même, étant dans un continuel changement, toujours produit, toujours détruit. Par l'é/re Us entendent les choses éloignéesdes sens, invisibles, intellectuelles, qui, ne changeant jamais, sont toujours les mêmes, et sont à cause de cela proprement dites exister. li'oiisia, qu'on traduit ordinairement substance, mais plus roprement essence, n'était point jugée appartenir aux

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choses sensibles et cor|)orelk'S, fjui n'ont aucune stalùlité, mais plutôt aux idées intellectuelles, ({uoique plus malaisément aperçues, et faisant moins d'impression sur un esprit stupéfié et plongé dans la vie animale, que les objets grossiers qui sans cesse entourent et sollicitent nos sens.

337. — L'entendement humain, lorsqu'il est le plus épuré et qu'il s'étend aussi loin (ju'il peut atteindre, ne saisit qu'une lueur imparfaite des divines idées, abstraites de tout ce qui est corporel, sensible et imaginable. C'est pourquoi Pythagore et Platon n'en parlaient qu'avec beaucoup de mystère, les cachant plutôt (lu'ils ne les exposaient aux yeux vulgaires. Tant ils étaient éloignés de penser que ces choses abstraites, quoique rien ne soit plus réel, fussent propres à frapper le commun des esprits, ou à devenir des principes de connaissances, pour ne pas dire de devoirs et de vertus, pour la plus grande partie du genre humain.

338. — Aristote et ses sectateurs ont fait un monstre des idées platoniciennes; et quelques disciples même de l'école de Platon en ont dit d'étranges choses. Mais si, non content de lire ce philosophe, on l'étudié attentivement, ayant soin de l'interpréter par lui-même, je crois que le préjugé qu'on a contre lui ne tardera pas à se di.ssiper, pour faire place à une haute estime de ces notions élevées et de ces belles vues qui brillent d'un bout à l'autre dans ses écrits, où se trouve contenu, non seulement ce que le savoir d'Athènes et de la Grèce a eu de plus précieux, mais aussi le trésor de la tradition la plus reculée et de la plus ancienne science de l'Orient.

350. — Peut-être aura-t-on le malheur d'encourir la disgrâce de quelc^ues lecteurs, en les engageant ainsi malgré eux dans des réflexions et dans des recherches qui piquent peu leur curiosité. Mais peut-être aussi d'autres seront-ils bien aises de voir qu'on ait varié par des digressions une matière sèche d'elle-même, qu'on l'ait suivie jusque dans ses conséquences les plus éloignées, que pour cela on se soit transporté jusque dans ces temps reculés, dont les antiques maximes '298, 301), répandues dans cet essai, n'y sont pas proposées comme des principes, mais simplement comme des vues propres à réveiller et à exercer un esprit méditatif sur des points dignes de l'attention des plus habiles gens. Ces grands

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hommes, Pythagore, Platon, Aristote, qui furent consommés clans kl politique, qui fondèrent des États, ou instruisirent des princes, ou traitèrent à fond l'art de gouverner les peuples, sont en même temps ceux qui poussèrent avec le plus de subtilité les spéculations abstraites et sublimes ; la plus pure lumière étant celle qui guide le mieux dans les plus importantes actions. Quoi que le monde en puisse penser, celui qui n'a guère médité sur la nature de Dieu, de l'âme humaine, du souverain bien, pourra bien faire la figure d'un assez joli ver de terre, mais ne sera indubitablement qu'un mauvais patriote et un méchant homme d'État.

351 . — Selon la subtile métaphysique de ces anciens philosophes, l'univers, étant ce qu'il y a de plus fondamental et de plus simple dans la Divinité, était distùigué par précision de l'entité même, comme lui étant antécédente et supérieure. Voilà pourquoi les Platoniciens la nomment superessenlielle. Il est dit dans Parménide queTunité n!existe Pûillt ; ce qui semble d'abord'mipliqïïerune'negâtion de l'Etre divin. La vérité est que Zenon et Parménide faisaient ce raisonnement-ci : qu'une chose qui existe dans le temps, est plus vieille et plus jeune qu'elle-même, et que partant l'unité constante et immuable n'existe point dans le temps; et si elle n'existe pas dans le temps, elle n'existe non plus dans aucune des différences du temps, présent, passé et avenir; qu'ainsi on ne peut point dire qu'elle a été, ni qu'elle sera. Néanmoins Parménide reconnaît que to nûn est partout présent au io hen, à l'unité, c'est-à-dire qu'au lieu d'une succession temporelle de moments, il y a un présent étemel, ou puncium sfans, comme parlent les scolastiques.

352 . — L,a simplicité de cet l 'n (qui, dans la trinité pythagoricienne et platonicienne, est le Père) est conçue telle, qu'elle exclut l'entendement, ou l'âme, à laquelle on la suppose antécédente. Et c'est ce qui a fait soupçonner cette opinion d'athéisme. Car, dit le savant D"" Cudworth, dironsnous que cette première hypostase ou personne est anoiis et alogos, c'est-à-dire dénuée de senthnent et de raison, entièrement privée d'esprit et d'entendement? Ne serait-ce pas introduire une espèce d'athéisme mystérieux? A quoi l'on peut répondre, que quiconque reconnaît l'univers pour l'ouvrage d'un esprit étemel, et pour gouverné par cet esprit.

ne saurait à juste titre passer pour athée (154, 276, 27g, 287). Or c'était là le dogme des anciens philosophes. Dans la doctrine platonicienne, la génération de nous ou logos n'était pas contingente, mais nécessaire; elle n'était pas temporelle, mais éternelle. On ne pouvait supposer aucun temps où l'unité eût existé sans l'entendement; cette priorité ne s'entendant que d'une priorité d'ordre ou de concept, non d'une priorité d'âge. Ainsi de ce qu'on met une distinction de priorité entre le hen et le nous, entre l'unité et l'esprit, il ne suit nullement que l'un des deux ait jamais existé sans l'autre. Le résultat de tout cela, c'est que le Père ou l'Unité peut en un certain sens être dit anous sans athéisme, ou sans qu'on détruise par là l'idée d'un Dieu : non plus qu'on ne détruirait celle d'une âme humame, en mettant une distinction entre le moi et l'intellect, ou entre l'intellect et la vie. A quoi nous pouvons encore ajouter que les Platoniciens, d'accord en cela avec leur maître, enseignent que l'Unité, ou la première hypostase, contient toute excellence, toute perfection, en est la source originale, est éminemment, comme parlent les scolastiques, intellect et vie, aussi bien que bonté ; au lieu que la seconde hypostase est essentiellement intellect, et, par participation, bonté et vie; et que la troisième est essentiellement vie, et, par participation, bonté et intellect.

353. — L,e tout bien considéré, il ne paraît donc pas juste de fonner une accusation d'athéisme contre ces philosophes qui défendaient la doctrine de l'unité; soit qu'on la prenne dans un sens abstrait ou collectif, métaphysique ou purement vulgaire; c'est-à-dire, soit qu'on distingue par précision l'unité de l'essence ou de l'intellect, puisque les distinctions métaphysiques des attributs divins ne les divisent point réellement, ou soit que l'on considère le système universel des êtres conmie n'étant qu'un, puisque l'union, l'enchaînure et l'ordre de ses membres supposent manifestement pour leur cause une Intelligence ou un Esprit.

354. — L'unité se peut concevoir, ou par composition, ou par division. Car comme, d'un côté, l'on peut dire que le monde ou l'univers est un tout ou un animal, on peut d'autre part envisager l'unité par division ou par abstraction, comme étant, dans l'ordre des choses, antécédente à l'esprit. Auquel des deux sens qu'on s'arrête, il n'y a point

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d'atliéisiiie, t;iiit (|ul- l'esprit est admis pour présider au tout et pour diriger l'animal ; et tant que l'on suppose que l'unité n'existe point sans esprit (287, 288). Ainsi ni Heraclite, ni Parménide, ni Pythagore, ni Platon, ni les Égyptiens, ni les v'^toïciens avec leur doctrine d'un tout et d'un animal divin, ni Xénophane avec son hen kai pan, ne peuvent justement être mis au rang des athées. Ainsi l'athéisme moderne des Hobbes, des vSpinosa, des CoUins, ou de tels autres qu'on voudra, ne saurait trouver aucun appui danr. la doctrine ni dans les grands noms de l'antiquité.

360 . — Disons donc que quoique Platon joignît à la plus vive et la plus brillante imagination du monde une intelligence également nette et profonde, il n'est pas à suppo.ser que ni lui, ni aucun autre philosophe de la Grèce et de l'Orient, ait pu par la seule lumière naturelle acquérir une exacte notion de la Sain, te Trinité, ni même que lanotion imparfaite qu'ils en avaient, quelque loin qu'elle allât, fût exactement juste. On ne doit pas même croire que ces sublimes ouvertures, d'où partent connue des traits de lumière au milieu d'une profonde nuit, aient été tirées du dur rocher de la raison humaine; mais plutôt qu'elles dérivent, du moins en partie, par la tradition divine de l'Auteur de toutes choses (298, 301). Ce qui sert beaucoup à confirmer ceci, c'est ce que Plotin observe dans sa cùiquième Ennéade, que cette doctrine de la Trinité, d'un Père, d'un Esprit et d'une Ame, n'étaitpoint une découverte nouvelle, mais un ancien dogme.

361 . — Il est certain que l'idée d'une Trinité se rencontre dans les écrits de beaucoup d'anciens philosophes ; j'entends l'idée des trois divines hypostases. L'autorité, la lumière, la vie, paraissaient clairement aux yeux de la raison soutenir, pénétrer, animer le s^'stème du monde ou le macrocosme. La même chose, dans le microcosme ou petit monde, paraissait conserver l'âme et le corps, éclairer l'esprit, mouvoir les affections. On concevait ces trois choses comme des principes nécessaires, universels, coexistant et coopérant en telle sorte, qu'ils n'existaient point séparément, mais qu'au contraire ils constituaient un seul vSouverain de toutes choses. Effectivement, comment le pouvoir et l'autorité subsiteraient-ils sans connaissance, et comment l'un et l'autre seraient-ils sans vie et sans action?

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