Berlioz lui-même estimait que cette « scène instrumen
L'ŒUVRE 4 ns Enfin Berlioz n'y tient plus : il a besoin du chantet des acteurs. Et la symphonie dramatique s'achève en opéra. Dans le Finale, entièrement vocal, trois chœurs sont mis en œuvre (les Capulets, les Montagus et le « petit chœur » du prologue) ; nous voyons même apparaître un vrai personnage d'opéra, le père Laurence, qui préside à la réconciliation des deux familles. Il explique le subterfuge du narcotique dans un récitatif un peu laborieux. Mais le grand air qui suit, et qui se modèle uniquement sur la pro- gression de la scène, a des accents et des mouvements magnifiques. Les ennemis résistent d’abord aux exhortations du prêtre et leur dispute s'exprime par le thème batailleur de l’Zntroduction. Is s’attendrissent enfin : la scène se termine par un grandiose « serment » de réconciliatior., où les trois chœurs unissent leurs voix à celle du père Laurence. Bien qu’on ne puisse pas s'empêcher de songer à Meyerbeer, il faut reconnaître qu'il y a dans ce finale une ampleur
tale » qui s'adresse « seulement à l'imagination », devait être supprimée « toutes les fois que cette symphonie n’est pas exécutée devant un auditoire d'élite auquel le cinquième acte de la tragédie de Shakespeare avec le dénouement de Garrick est extrêmement familier ». (Note de Berlioz en tête du mor- ceau.) Et il ajoute : « C’est dire assez qu’elle doit être retranchée quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, » Voir aussi la lettre à d'Ortigue : «.... Je supprime entièrement la scène du tombeau, quine te plaisait guère et qui fera toujours la même impression qu’à toi à beaucoup de gens » (Prague, 16 avril
th : BERLIOZ
admirable, une réelle noblesse et comme une sorte de soufile biblique *. |
Cette œuvre étrange, moitié drame, moitié symphonie, est la création la plus originale de Berlioz, et peut-être la plus riche en pages géniales*. On y voit à merveille le cadre de la symphonie se disjoindre peu à peu et enfin éclates#’sous la pression du drame. Non seulement les divers morceaux symphoniques, én nombre inusité, ne sont presque plus soumis à une construction architecturale et se développent librement suivant les péripéties de l’action; mais la parole chantée fait de partout irruption dans la nouvelle « symphonie avec chœurs » (sans aucune analogie avec celle de Beethoven). En outre du récitatif choral, qui met le programme en musique, de véritables fragments d’opéra se mêlent àl’œuvreinstramentale et en modifient profondément le caractère. On aboutit ainsi à la forme d’art où Berlioz se sentira le plus à l'aise, l’opéra de concert ou l’oratorio *.