‹ Berlioz 1923Chapitre 50 sur 91 · Mémoires, IE · texte numérisé non relu

Mémoires, IE

L'ŒUVRE Ru par une poétique intervention des cors et des « petites cymbales antiques en fa aigu »; l’étrange galop se précipite, et la fée des songes disparait soudain, dans un sifflement de petites

flûtes ‘

. Cet intermède fantastique, tout à fait dañs le goût de l’époque, est un petit chefd'œuvre d'esprit et de légèreté. Il soutient fort bien la comparaison avec les pages analogues de Mendelssohn et de Weber.

Dans le morceau suivant (Convoi funèbre de Juliette) les voix reparaissent. Le chœur des Capulets ne fait d'abord qu’accompagner la marché funèbre en chantant sur une même note répétée : « Jetez des fleurs pour la vierge expirée. » Puis la marche est redite par les voix, tandis que l’orchestre accompagne à son tour, en reprenant la « psalmodie ». Cette marche est « fuguée », lit-on dans le sous-titre”. Fugue très libre, mais du plus heureux effet, tant aux voix qu'aux instruments. L'écriture polyphonique, trop rare chez Berlioz, rehausse l'expression du beau thème éploré et en fait valoir avec plus d'intensité les accents chromatiques.

Le drame se développe suivant le dénouement

1. Ce trait de flûtes, dans le même ton, marquait également la fin du schersetto vocal du prologue.

2. « Marche fuguée instrumentale d’abord, avec une psalmodie sur une seule note dans les voix; vocale ensuite, avec la psalmodie dans l’orchestre. »

imaginé au xvin° sièele par l’acteur anglais k Garrick : Roméo s’empoisonne dans le tombeau de Juliette; mais avant qu'il meure, celle-ci revient à elle (car elle était seulement endormie par un narcotique). Après quelques élans de joie désespérée, Roméo succombe, et Juliette se tue sur le cadavre de son amant. Voilà la scène compliquée que Berlioz a tâché de rendre dans la pièce purement instrumentale intitulée Roméo au tombeau des Capulets. Tâche diflicile assurément. Le sous-titre donne bien une sorte de programme résumé : /nvocation. — Réveil de Juliette. — Joie délirante.— Désespoir, dernières angoisses el mort des deux amants. Mais ces indications ne sont pas suffisantes pour rendre parfaitement "claires à l’auditeur non prévenu toutes les intentions expressives ou descriptives. de cette véritable musique de scène. Il y manque le jeu des acteurs ou tout au moins une de ces pantomimes hypocritiques » chères au vieux Lesueur’. Aussi, malgré la beauté de certains détails, malgré les ingénieux rappels du thème d'amour, l'intérêt musical n'est pas assez continu pour que ce morceau puisse captiver autant

que les autres l'attention du public *.

. V. plus loin, p. 186, n. 2. On pourrait faire de ce morceau une adaptation cinématogr aphique très intéressante.

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