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OPÉRA DE CONCERT ET ORATORIO

« Opéra de concert » : C’est ainsi que Berlioz dénomme {a Damnation de Faust dans le titre

primitif. Cenouveau genre, quiconvenait mieux

monie commémorative des victimes de Juillet. Nous. devons nous borner à signaler le caractère dramatique de la conception primitive, et la véritable mise en scène à laquelle correspondent les trois parties de l’œuvre. La Marche funèbre, qui évoque les combats des journées révolutionnaires, était destinée à être exécutée pendant le trajet du cortège qui conduit au monument de la Bastille les restes des victimes de 1830. L'Oraison funèbre, déclamée par le trombone solo, se fait entendre, comme un « adieu adressé aux morts illustres », au moment où l’on descend les cercueils dans le tombeau. L’Apothéose devait consacrer l'inauguration du monument « quand le peuple n'aurait plus devant ses yeux que la haute colonne surmontée de la liberté aux ailes étendues et s’élancant vers le ciel, comme l’âme de ceux qui moururent pour elle ». Un peu trop largement brossée (surtout vers la. fin), cette symphonie, grâce à la puissance de l’instrumentation, devait produire beaucoup d’effet. Wagner, qui se trouvait alors à Paris, écrivait après l’avoir entendue : « Elle est grande, de L la première à la dernière note » (article signé Freudenfeuer, FA paru dans l'£uropa de Dresde, 1840). — Mentionnons encore ie une autre œuvre symphonique de Berlioz, dont il n’est pas

besoin de souligner le caractère dramatique : La Marche

funèbre pour la dernière scène d’Hamlet (1848), qui forme le : n° 5 du recueil de Tristia. La phrase principale, entrecoupée 6 ee d’accents désolés, est d’une noble tristesse. À noter Femploi

instrumental des voix (chœur invisible). Vers la fin, un « feu

de peloton derrière le théâtre », accompagné par toutes les

forces de l’orchestre, — Enfin, on pourrait rattacher au genre

de la symphonie dramatique Réverie et caprice (1839),

« romance » pour violon et orchestre (ou piano), qui est

accompagnée d’un long programme.

1. Les mots opéra de concert, écrits à l’encre sur la partition autographe, ont été effacés au crayon et remplacés, également au crayon, par celui de Légende. Le titre de « Légende

dramatique » n’a été adopté Que beaucoup plus tard, et ne figure même pas dans la première édition francaise.

156 BERLIOZ que tous les autres au génie de notre musicien, est véritablementun opéra, mais un opéra réduit à ses éléments les plus musicaux, allégé de tous les récitatifs d'intérêt secondaire, délivré des nécessités de la représentation, se déroulant « sur cette scène idéale qui n'a besoin ni de : décors ni de costumes, et où la fantaisie du poète règne en maîtresse »°. En réalité, Le genre se rattache à la tradition de l’oratorio, ‘et en particulier de l’oratorio profane tel que l’avait conçu Hendel. Il n'est pas sans analogie avec la con-. ception artistique que Félicien David avait tenté de réaliser dans le Désert (1844) sous le titre d’ « ode-symphonie ». Plus simplement encore, l’opéra de concert peut être considéré comme une extension du genre musical, classique entre tous, que Berlioz avait cultivé dès sa jeunesse sur les bancs du Conservatoire, c’est-à-dire la cantate, ou, comme on disait alors, la « scène lyrique ». Des quatre cantates composées pour les concours du prix de Rome, la première, La Mort d'Orphée (1827) a été détruite par l’auteur”. La

1. Théophile Gautier, Histoire du romantisme (2° édition), p. 267 (à propos de Roméo et de la Damnation).

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