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Mémoires, Il, 83. « Vous êtes allemand », lui disent

les choristes de Leipzig (Lettre à sa sœur Adèle, 18 décem-

bre 1853).

Ce qui est vrai, c’est que Berlioz est le premier musicien français vraiment européen. En cela, il fait honneur à l’art de son pays, et l’on. ne peut que l’en admirer davantage, à moinsde : prendre pour idéal je ne sais quelle pureté exsangue de la tradition française. Son romantisme d'inspiration nordique n’a nullement étouffé ses qualités natives de Français et de Latin, qui d’ailleurs s’affirment de plus en plus dans la seconde partie de son œuvre. Il possède une clarté d'expression et une netteté de style bien significatives à cet égard. Certains de ses. thèmes s’apparentent aux mélodies françaises les plus modernes *. Il y aurait vraiment une injustice et une ingratitude singulières à le renier parce qu'il a enrichi notre conception traditionnelle de la musique.

Qu’on se souvienne seulement de tout ce que j nous lui devons. Si la France n’a pas toujours encouragé ses efforts, elle a largement profité de son influence. Il a fait rentrer la vie dans notre musique. Il a libéré la mélodie, disloqué les vieux cadres, jeté dans l’harmonie des lueurs. prophétiques, accouplé les timbres avec une audace qui annonce l’impressionnisme contemporain. Rompantavec les pâles essais de Méhul et de.

1. Voir par exemple le choral de la Marche des pèlerins | de Harold. d

BIHOMME ET L'ARTISTE * 34:

. Gossec, il a employé son inspiration dramatique à créer la symphonie française. Gounod et Saint-Saëns ont dit à maintes reprises combien . ils sout redevables aux enseignements de son exemple. Il n’est pas un seul musicien français actuel qui ne procède un peu de lui.

Malgré” ses insuffisances, il demeure très.

grand. Sans fermer les yeux sur les faiblesses de l’homme, épargnons à l'artiste de trop faciles: impertinences. On peut lui mesurer parfois l'admiration, mais il a droit du moins au respect. Car jamais, dans aucun pays, un musicien isolé n à donné un coup de,barre aussi prodigieux à

l’évolution de son art.

P.-M. MAssON. 16

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