Histoire du romantisme, 2° éd., p
connaît pas !. Quant au grand public, que la mode | romantique avait touché d’une manière superficielle et éphémère, il réserve ses faveurs, vers 1850, à l’opéra de Meyerbeer ou des Italiens et à l’opéra-comique d’Auber.
À partir de 1870, les œuvres de Berlioz baies ficient du mouvement antiwagnérien et connaissent une vogue toute nouvelle. Même lorsque Wagner s’est imposé au public français grâce aux concerts Lamoureux, les concerts Colonne conservent et entretiennent le culte enthousiaste de Berlioz. Mais dès la fin du siècle, cet enthousiasme est baitu en brèche par les jeunes écoles musicales et notamment par celle qui se rattache à la littérature symboliste. Les critiques ne sont pas tendres pour l’auteur de la Fantastique et son nom se fait plus rare sur les affiches. Il est probable que le changement de goût qui se dessine après la mort de Debussy et après la guerre sera de nouveau favorable à la musique de Berlioz. #
D’une manière générale, on peut dire que
1. Schumann écrit (à propos de l’ouverture de Waverlery): « Pour celui dunt l’éducation musicale n’est qu'ébauchée (et le plus grand nombre en est à ce point), Berlioz doit faire l'effet d’un fou. Particulièrement pour les musiciens de profession, qui passent les neuf dixièmes de leur existence dans la médiocrité; car il voit des choses que personne ne soupconnait avant lui ». (Hector Berlioz et Robert Schumann, p. 33). |
. Berlioz a été plus apprécié à l'étranger qu’en . France ‘. En Russie, il soulève des enthou- . siasmes délirants, et c’esten grande partie grâce
… à lui que le Groupe des « Cinq » réussit à préur
server son originalité de linfluence Lyran- nique de Wagner. En Allemagne, vingt ans après la mort de Beethoven, il est accueilli et
acclamé comme un grand maître. Wagner
. avoue quil « profite singulièrement de Berlioz »,
ce « démon génial » *. Et plus tard Hugo Wolf saura l’apprécier dignement. Il faut dire que
le romantisme de Berlioz et ses outrances
expressives étaient beaucoup plus accessibles
au public allemand ou russe qu’à la moyenne des Français. Au cours de ses voyages, il ren- contre même des Allemands qui peuvent à peine
. croire qu'il est Français ; car on sait bien que
__ les Français « ne composent que des opéras-
comiques » ‘.
1. « Comparaison faite des impressions que ma musique a produites sur tous les publics d'Europe qui l’ont entendue,
je suis forcé de conclure que c’est le public de Paris qui la
comprend le moins. Ai-je jamais vu à Paris, dans mes cou-
certs, des gens du monde, hommes et femmes, émus comme j'en ai vu en Allemagne et en Russie ? » (Lettre à Auguste
Morel, 14 janvier 1848). Aussi s’exprime-t-il souvent d’une manière très dure sur le goût musical des Francais de son temps.
2, V. Adler, Wagner (trad. Laloy), p. 166-167.