AU LECTEUR
Les amis de Berlioz, les admirateurs de ses che^ d' œuvre sont-ils [ilus rares, plus tièdes aujourd'hui qu'à l'époque où l'auteur écrirait les pages qu'on va lire ? Le camp de ses adversaires, qui semblait alors réduit aux obscurs satellites de ses féroces ennemis, depuis longtemps disparus, s'est-il augmenté de nouvelles recrues, empruntées en majeure partie à la troupe des wagnériens intransigeants, secce plutôt qu'école, iirçuisaante à ramener le public au sentiment du^x^ietau goût du beau, parce qu'elle le circonscrit dans l'étroite limite d'une doctrine intolérante et exclusive ?
Telles sont les questions que l'auteur de » Bcrlioa in-^ timc j>, malgré les sufirages flatteurs qui ont accueilli son premier travail, doit se poser avec tristesse en se décidant à faire paraître ce nouveau volume. On a pu l'accuser d'avoir exagéré la sévérité qu'il devait montrer envers l'homme privé : il ne peut accepter ie reproche, s'étant borné, comme il en avait le devoir, à prendre le. parii de la victime, à venger ta femme abandonnée el à retenir l'aveu du mari à l'heure suprême, parole qui.
exprimait un sentiment pénible mais sincère : le remords. Mais cela n'est qu'un détail de la vie tnlime : partout ailleurs je croîs avoir rendu Thommage qu'il convenait aux qualités solides et au caractère chevaleresque du grand compositeur, k son honnêteté, à son désintéressement, à sa foi, à son héroïsme, à sa loyauté. — Je ne parle pas des dons de l'esprit, qui n'ont jamais été contestés, même par les plus âpres antagonistes du vaillant athlète qui défendit seul pendant cinquante ans la vraie tradition de l'école française, fut l'image la plus brillante du vrai génie national. Ai-je dit cela ou autre chose, trop misérables critiques f
En revanche on va se récrier cette fois sur l'éloge excessif du musicien. Qu'on discute seulement, je ne demande pas autre chose : mais qu'on ne m'oppose pas des fins de non-recevoir. Je cite pourtant mes auteurs, qui ne sont pas quantiié négligeable: Schumann, d'Ortiguc, Fourcaud, Ernst, Noufflard, tous ceux qui ont donné à Hector Berlioz la prcmîèie place parmi les maîtres français de ce siècle. D'ailleurs, l'admiration ne se commande pas, et je ne prétends forcer personne à s'incliner, pas plus que je ne m'inclinerais par force devant quiconque ne m'inspirerait ni vénération ni enthousiasme, fQt-ce le meilleur de mes amis.
Discutez donc si l'opinion vous paraît contestable et si vous jugez que le débat en vaut la peine, ou bien laissez le livre et l'auteur passer ignorés devant la génération indifférente, présomptueuse et illettrée qui vautre son dédain de l'art, des choses do l'esprit et de tout ce qui touche au sentiment et à ta fibre du cœur en cette orgie de bestialité qui caractérise la fin du xix- siècle. Il y a six ans que ces p^es sont écrites ; toujours, malgré