AU SERVICE FUNÈBRE CÉLÉBRÉ A LA PAROISSE POUR
LA SŒUR MARIE-BERNARD
Mes chers frères,
« — J'aurais voulu qu'une voix plus autorisée que la mienne, qu'une voix que vous connaissez, qui vous est sympathique, que la voix enfin d'un témoin oculaire se fît entendre aujourd'hui parmi vous (1).
« Puisque cela n'a pas été possible, vous serez indulgent pour mon insuffisance. Je commencerai par remercier cette assistance si recueillie, parmi laquelle nous remarquons les Pères de la Basilique de la Grotte, les soeurs de Nevers, les enfants de Marie de Lourdes, dont Bernadette fut et sera
(1) Tout le monde a compris qu'il voulait parlei' de M. l'abbé Pomiaii, qui arrivait de Nevers, où il était allé assister aux obsèques de l'eiifaiit bénie, qu'il avait jadis préparée îi la première communion. Mais M. l'abbé Pomian était trop oppressé d'émotion pour pouvoir en cette circonstance prendre la parole.
à jamais l'incomparable honneur, les parents de Bernadette, les délégués de toutes les sociétés de la ville, les pères et les mères de famille, enfin les enfants.
« Une enfant, la gloire de votre cité, s'appela à sa naissance Marie-Bernard.
« Marie-Bernard : ces noms seuls semblaient la désigner à une certaine prédestination : Marie, le nom de la plus pure des vierges; Bernard, le nom de celui qui a tant propagé le culte de Marie !
« Souvent, quand des personnages sont appelés à remplir un rôle important, des indices particuliers sont remarqués à leur naissance. Ici, c'est une modeste enfant qui, il y a trente-cinq ans, a été baptisée aux fonts baptismaux de cette pauvre église, et rien ne paraît la signaler que les noms de Marie-Bernard, Oh! c'est qu'en effet ils sont grands ces noms ! Et ne semblaient-ils pas la vouer tout particulièrement au culte de la Reine du ciel ?
« Nous sommes tous réunis pour prier pour Bernadette, c'est l'esprit de l'Église. Cependant, sans empiéter sur ses jugements, nous sommes autorisés à supposer qu'elle jouit de la vue de Celle qu'il lui avait été donné d'entrevoir sur la terre.
« Ce catafalque triomphal, élevé par plusieurs enfants de Marie qui ont voulu lui rendre cet hommage, ces couronnes de roses qui sont à l'entour, est-ce que tout cela ne veut pas dire que nous croyons que déjà Bernadette a été couronnée par la Très Sainte Vierge ?
« Bernadette a pratiqué ici-bas les vertus qui font les saints; elle a été pure : heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! Elle a été humble, elle n'aspirait qu'à vivre cachée
dans sa chère solitude de Nevers ; elle a eu sa part de souffrance, sa vie depuis douze ans a été un long martyre. Vous devez savoir déjà combien son agonie a été tourmentée. De même qu'il s'attaqua jadis à Saint-Martin, de même le démon cherchait à la tenter à son heure suprême ; mais avec une force peu commune elle s'écriait : « Va-t-en ! »
« Au milieu de ses souffrances mêmes un fait dessine son caractère enjoué. Son confesseur lui dit : « — Sœur Mariec Bernard, je vais vous administrer l'Extrêrae-Onction. » — «Oh ! non, monpère, » dit-elle. — Pensez-vous donc que c'était parce qu'elle s'opposait à la réception du Sacrement? Détrompez-vous. « — Non, mon père, ajouta-t-elle, je l'ai déjà reçu trois fois et il m'a guérie. Or, il faut que la quatrième fois ce soit la dernière , »
« Je n'insiste pas sur ce sujet, vous aurez sous peu d'autres détails ailleurs.
CI Dieu s'est servi plus d'une fois dans notre chère France des bergères et des vierges pour sauver la patrie en péril. Et nous, mes frères, supposant que Bernadette est au ciel, puisque la Vierge, qui ne peut se dédire, lui a dit : « Je « vous promets de vous rendre heureuse, non dans ce « monde, mais dans l'autre, » nous la prierons instamment d'abord pour la France, si terriblement menacée. Des ennemis menacent non seulement notre sol,mais nos consciences, ils veulent enlever le Christ à vos enfants. Nous la prierons pour la paroisse de Lourdes ; mais nous la prierons tout particulièrement et instamment pour une œuvre qui nous est chère à tous, pour l'édification de notre Nouvelle Église. Et comme on ne peut séparer de Bernadette celui qui fut son protecteur et son appui, celui qui l'aida à triompher de toutes les persécutions auxquelles le monde voulut soumet-
tre cette pauvre enfant, nous ne séparerons pas non plus dans notre demande l'un de l'autre et nous prierons Mgr Peyramale et Bernadette qu'ils veuillent bien faire qu'avant peu, nous puissions achever le Temple dont, avant de mourir, le saint Prêtre a jeté les fondements.
« Le père et l'enfant, l'enfant et le père seront du haut des cieux nos protecteurs ! »
L'Écho des Pèlerins, Chronique de Lourdes.