‹ Bernadotte, roiChapitre 103 sur 111 · S64 BEB5AD0TTE BOI · texte numérisé non relu

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dent très anormal et très significatif. Le Conseil, nous Tavons yu déjà, se composait de conseillers indépendants les uns des autres et n^avait point, pris dans son ensemble, cette sorte de personnalité morale que Ton est habitué à Toir dans les ministères parlementaires. Les conseillers néanmoins remirent au roi une démission collective, arguant de la divergence profonde entre leurs vues et celles des États et qui risquait de rendre toute collaboration impossible. L'opposition, à ce moment, semblait donc complètement maîtresse de la situation et de taille à désorganiser au besoin le gou- Temement. Bientôt toutefois, la situation de ce dernier changea. Ses partisans, d'abord dispersés et déconcertés, reprirent courage, se comptèrent, acceptèrent résolument la lutte et la soutinrent parfois avec succès. Diverses motions d'ordre très technique, mais auxquelles on attachait une haute portée politique et qui avaient été présentées par les deux hommes les plus en vue de Topposition, Ânckarsvârdt et Nordin, furent repoussées et dans des conditions telles qu* Anckarsvârdt perdit du coup la majeure partie de son influence et que Nordin, découragé, cessa de prendre part aux délibérations. Le parti gouvernemental parvint ainsi à rétablir le jeu et la déroute prévue se changea en un combat où les chances se balancèrent souvent. Peut-être en fut-il ainsi, uniquement grâce aux efforts de quelques députés conservateurs qui surent s'imposer comme chefs; peut-être, au contraire, les négociations secrètes et les efforts

personnels de Charles-Jean eurent-ils une influence considérable. Cette dernière hypothèse n'aurait, en tout cas, rien d'invraisemblable.

Espérer pousser le roi aux pires extrémités et Tobliger à se démettre, c'était le connaître mal. Il n'était pas homme à prendre une détermination pareille, même dans un accès de fureur; possédant des réserves d'énergie que Ton ne soupçonnait point toujours, il ne se laissait point ébranler par les défections qui se produisaient autour de lui, de plus en plus nombreuses, et entendait bien ne pas s'abandonner lui-même. Il resta donc, et tel de ses contemporains qui n'approuvait guère ses procédés habituels de gouvernement ne put s'empêcher d'admirer très sincèrement la façon dont il demeura alors au pouvoir. Les assauts violents, les machinations sinueuses et les injures exaspéraient sa nature violente et lui causaient des blessures cuisantes . « Ah! mon cher..., disait-il à un de ses familiers, personne ne voit combien je souffre '. » De fait, il ne laissait rien paraître. S'il s'abandonna à ses fureurs habituelles, ce fut loin de tous témoins indiscrets, voire de tous témoins, car les personnes mêmes de son entourage s'étonnaient de son sang-froid; son calme, un calme tout à fait invraisemblable, ne se démentit point et la violence de ses sentiments n'influa pas sur ses actes.

Une pareille attitude, pleine de dignité et empreinte

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