LE JUBILÉ DU RÈGNE
début. Le temps qui suivit Fut plus favorale encore. Les attaques parlementaires n'étaient plus à craindre, au moins avant nombre de mois ; les attaques de la presse semblaient s'apaiser un peu, et, sans désarmer tout à fait, le Journal du soir lui-même semblait disposé à atténuer la virulence de ses polémiques. L'insuccès complet de la fameuse coalition avait naturellement amené un léger découragement; les manœuvres savantes et les demi-concessions du gouvernement produisaient également leur effet; enfin, après tant d'années d'une lutte si acharnée, les adversaires fatigués, quoi qu'ils en eussent, commençaient à montrer moins d'ardeur. Une détente marquée se produit donc alors dans les rapports du peuple suédois et de son souverain; dans le même temps, les affaires de Norvège traversent également une période d'accalmie; et c'est ainsi qu'à la fin de sa vie si agitée et pleine de combats de tout genre, le vieux roi apparaît dans une attitude d'apaisement et de repos. La crise violenjte, où sont venues aboutir toutes les oppositions grandies peu à peu depuis le commencement du règne, l'a laissé debout. Il n'est pas victorieux tout à fait, car il a dû céder sur certains points et ses adversaires n'ont pas renoncé définitivement à la lutte, mais il est loin aussi d'être vaincu, car ses concessions n'ont pas été trop grandes et c'est lui, somme toute, qui, le soir venu, campe sur le champ de bataille. Et il n'y reste point seul et abandonné. Dès que les attaques passionnées de ses adversaires attitrés
se firent moins virulentes, les sentiments d'affectueuse vénération que ses peuples lui gardaient en réserve purent reprendre le dessus, et s'il ne connut point de nouveau les triomphantes apothéoses, il vit tout au moins sa popularité refleurir, d'une floraison adoucie d'automne.
Au commencement de l'année 1843, le vingt-cinquième aniversaire de son accession au trône se trouva coïncider à peu près avec le quatre-vingtième anniversaire de sa naissance. On en prit prétexte pour des fêtes et des manifestations de tout genre. Des députations variées vinrent lé féliciter et il répondit à leurs harangues avec plus d'émotion encore que de coutume; la bourgeoisie de Stockholm le reçut magnifiquement dans le palais de la bourse et la soirée qu'il passa ainsi au milieu des hommages de ses sujets fut, de son propre aveu, l'un des trois plus beaux jours de sa vie. Il se comparait plus que jamais à « un bon père touché de l'empressement de ses enfants/ » et, pour une fois, la comparaison se justifiait parfaitement.
Ce fut, du reste, son dernier triomphe et sa dernière grande joie. Dès l'automne sa santé s'altéra. Le 26 janvier 1844 un bulletin officiel annonça sa maladie. Le 1*"" février, il dut remettre la régence au prince royal, comme il l'avait jadis reçue lui-même de Charles XIII; cinq semaines plus tard, le 8 mars au matin, il perdit
1. Recueil de lettres, discours et proclamations, t. 11, p. 413.