Schinkel, t. VU, p. 89 et suiv
Et, quels qu'en pussent être le principe ou l'objet, toutes ces rêveries tumultueuses — de même que ces procédés de négociations — font songer, toutes proportions gardées, à Napoléon. Lui aussi se laissait aller parfois à son imagination et concevait, à Tilsitt par exemple, des projets prodigieux et déconcertants. Mais, à ce jeu-là, l'homme d'un génie extraordinaire se trouvait, en fin de compte, avec un désavantage marqué sur l'homme d'un simple talent. L'Empereur avait une puissance de création et d'organisation telle que ses utopies mêmes se précisaient jusque dans les détails et revêtaient une apparence de choses raisonnables et possibles, tant et si bien que lui-même s'y laissait prendre. Pour Charles-Jean, au contraire, les conceptions, dès qu'elles étaient privées de la base solide des faits réels, avaient un caractère de vague et d'invraisemblance qui le mettait lui-même en garde contre elles : il ne s'englua donc jamais à ses propres rêves. L'Angleterre, instruite des plans relatifs à l'Allemagne, n'admira point et le déclara. Charles-Jean se le tint pour dit et pensa à autre chose ^ Et pareillement, ses autres conceptions passagères même les plus séduisantes ne le détournent pas un instant du but qu'il a choisi de sang-froid. C'est à lui seul que tendent ses efforts. Alors que ses discours s'égarent, sa conduite continue, malgré tout, à être dirigée par des considérations de politique nette et précise. Au