‹ Bernadotte, roiChapitre 54 sur 111 · Touchard-Lafosse, t. Il, p · texte numérisé non relu

Touchard-Lafosse, t. Il, p

2. Trolle-Weschtmeister, t. II, p. 7, note. — Cf. Précis militaire de la campagne de 1813, notamment p. 186 et suiv.

CH. SCHEPER. 8

table. Mais à toutes les objections slralégiques, le prince répondait par des arguments politiques. Une ligne d'opérations entre la Baltique, l'Elbe et TOder ne se pouvait justifier au point de vue militaire; peut-être, mais cela fût-il prouvé, d'autres considérations militeraient en sa faveur. Les traités de la Suède avaient beau être formels, que vaudraient-ils en cas d'un désastre de la coalition? Ce jour-là, ce ne seraient que trahisons et défections : il fallait donc se tenir prêt à tirer son épingle du jeu et pouvoir sauvegarder soimême ses intérêts : or les intérêts de la Suède sont uniquement dans le Nord, car c'est en Danemark que la Norvège devra être conquise *. Une profonde divergence exista par conséquent toujours entre les vues de Charles- Jean et celles des alliés; pour ces derniers, il s'agissait avant tout d'écraser Napoléon et de le mettre hors d'état de reprendre l'ofTensive. Le prince royal, lui, désirait évidemment que Napoléon fût battu, et à cause de son animosité personnelle et parce que cette défaite était nécessaire à ses plans politiques. Mais il y voyait surtout un moyen et non un but; il devait même souhaiter qu'elle ne fût pas trop complète, car la Suède et lui tiraient leur importance de la lutte entre la France et la coalition. Le jour où celle-ci n'aurait plus rien à craindre, ses attentions diminueraient vite et son respect pour ses engagements s'affaiblirait d'autant.

j, Touchard-Lafosse, t. II, p. 353.

Le plan de 1812 demeurait constamment présent à Fesprit du prince, mais ne pouvait l'absorber tout entier : son imagination méridionale, toujours prête à s'emporter, ne le permettait point. De même que les obstacles imprévus lui suggéraient des combinaisons invraisemblables, pour briser les résistances et châtier les mauvaises volontés, de même aussi la fortune souriante et les succès inespérés lui faisaient enfanter des desseins grandioses où il se réservait toujours des rôles magnifiques et pompeux. Déjà, à l'entrevue d'Abo, dans la griserie de sa nouvelle fortune, il avait lancé sans doute des idées un peu singulières. Les comptes rendus très incomplets que nous avons des conversations d'alors laissent entrevoir des propositions vagues qui surgissent soudain au milieu des discussions pratiques, comme des fusées chatoyantes, puis disparaissent sans laisser de traces. Plus tard, quand l'influence prise par Stein sur l'esprit d'Alexandre fit parler volontiers et souvent de la reconstitution de TAUemagne, Charles-Jean se sentit séduit : il ébaucha des plans, les précisa même à peu près et proposa l'organisation d'une vaste confédération dont la direction lui aurait été naturellement dévolue : c'eût été refaire, sous l'hégémonie de la Suède, la Confédération du Rhin *. Il conçut enfin d'autres desseins, plus étonnants encore, où la Suède n'avait plus rien à voir et auxquels je reviendrai par conséquent tout à l'heure.

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