Engestrôm, loc. cit. Correspondance de M. de Rumigny
148 BERNADOTTB ROI
Le grand maréchal ayant de nouveau réclamé le silence, le comte d'Engestrôm, ministre d'État pour les affaires étrangères, s'adressa au prince royal : « Très noble prince, prince royal de Suède et de Norvège, très gracieux seigneur, prêtez au roi votre serment. » Le prince, s'étant agenouillé sur les marches du trône, la main sur la Bible, répéta après le ministre : « Moi Joseph-Françoîs-Oscar promet et jure par Dieu et son Saint Evangile... )> mot à mot jusqu'à la formule finale qui est la même pour le roi, les princes et les sujets : <( Aussi vrai que Dieu aide ma vie et mon ftme. » Puis il baisa la main de son père dont Témotion était visible, reprit sa place et le silence ayant été réclamé pour la troisième fois, le ministre d'Etat dit aux députés : « Bons seigneurs et hommes suédois, prêtez serment au roi. » Il lut la formule et les présidents des ordres, parlant au nom de tous, jurèrent par Dieu et son Saint Évangile d'être toujours fidèle au roi légitime, le très puissant prince et seigneur Charles XIV Jean. Tous ayant ainsi juré, la salle se vida au milieu des acclamations*.
On publia alors la proclamation où le nouveau roi annonçait la mort de son père et son propre avènement. En même temps, et pour que nul n'en ignorât, le héraut d'armes du royaume alla par la ville et, au milieu des
1. Voir la plaquette officielle : Protocoll hâllet infôr konungen, i narvaro af Svea Rikets Stander pâ Riks Salen i Stockholm^ den 7, feàruari 18i8.
l'avènement 14i>
clameurs enthousiastes, fît savoir au peuple qu*il avait désormais pour maître Charles XIV Jean *.
Trois jours plus tard, le 10 février au soir, le gouverneur général de Norvège apprit à son tour la mort de Charles XIII. Dès le lendemain, accompagné de quatre conseillers d'État, il se rendit au Storting et y lut la proclamation du nouveau souverain. Ici encore les choses se passèrent comme elles devaient, mais plus simplement étant donnés les usages de Norvège. Le président de l'assemblée ayant répondu au gouverneur général invita les députés à prêter serment. Tous, s'étant levés, dirent : « Nous promettons et jurons, dans nos âmes et consciences, d'être obéissants à la constitution et au roi Charles-Jean. » Et le président en prit acte en disant : « Le serment est prêté ; nous implorons les bénédictions du ciel sur le roi et ses royaumes ^ »
Charles-Jean avait donc reçu le serment de ses peuples, les peuples avaient reçu le serment de leur roi : Tun et l'autre furent tenus fidèlement.
Mais celte reconnaissance solennelle ne pouvait suffire. Tout changement de souverain s'accompagne généralement d'une série d'actes imposants propres à rehausser la dignité royale et il n'était point dans le caractère de Charles-Jean de se soustraire à des mani*festalions ou de chercher à les rendre discrètes. Il