‹ Bernard Courtois 1777-1838 et la découverte de l'iode 1811Chapitre 10 sur 35 · LAMINAIRES · texte numérisé non relu

LAMINAIRES

Laminaires à tige ronde :

Laminaria Cloustonit Edm. et Laminaria flexicaulis Le Jol., réunies autrefois sous le nom de Laminaria digitata.

Laminaria saccharina Lamour, appelée jadis Fucus saccharinus (1), dite parfois « diable de mer» et qui possède la particularité de se recouvrir d’efflorescences sucrées en se desscchant, particularité à laquelle elle doit son nom.

Laminaires à tige plate :

Saccorhiza bulbosa de la Py1.

(1) In C. Sauvageau, loc. cil., Introduction, p. 17. Certains auteurs

ont cité encore, parmi les fucus, le F. stenobulus, qui, d’après C. Sauvageau, ne correspond à rien (Introduction, p. 21).

Toutes ces algues, après incinération et traitement, contiennent à la fois, sous forme de sels de sodium, de potassium, de magnésium et de calcium, des chlorures, bromures, iodures (1), carbonates et sulfates divers. Leur richesse en potasse et en soude était autrefois seule appréciée et le traitement auquel elles étaient soumises avait pour principal objet l'extraction des alcalins qu’elles renferment. C’est en procédant à la dernière partie de cette extraction que Bernard Courtois fut amené à la découverte de liode. Nous allons le suivre dans cette opération.

Le procédé consistait :

1° A incinérer sur place les algues desséchées ; 2° A lessiver à l'usine les cendres recueillies.

Pour l'incinération, rien de plus simple. On la pratique d'ailleurs, de nos jours, à peu près de la même façon : une fosse longitudinale est creusée dans le sol du rivage où les algues desséchées sont réunies en tas. On tapisse cette fosse avec des pierres plates et après l'avoir recouverte d’une première couche d'algues, on y met le feu en allumant avec des ajoncs; puis, peu à peu et successivement, on y assure la combustion de tas entiers. Les cendres ainsi formées constituent, après liquéfaction ignée et malaxage, le salin de soude, riche en sels de sodium et de potassium et renfermant une certaine quantité d'iodures et de bromures alcalins (2).

(1) La combinaison saline de l’iode ne se produit que sous l'effet de la calcination et du traitement chimique. L’iode existe bien dans l’eau de mer, et par suite dans les algues, mais à l’état de composés organiques ou organisés, et non à l’état d’iodure (A. Gautier).

(2) En France, en année normale, on incinére, environ 50,000 tonnes de varechs qui fournissent la quantité de « soude » nécessaire pour l'extraction des 50,000 à 60,000 kilos d’iode consommés en France et en Algérie. Les « soudes » de bonne qualité, contiennent de 0,8 à 1 pour 100 d'iode. C’est une erreur de croire que les pêcheurs de varechs puissent en ramasser une quantité illimitée ; chaque année, il arrive que certaines usines éprouvent de grandes difficultés à s'approvi-

Le lessivage se fait à l'usine. On soumet les blocs ou pains de cendres à l’action de l’eau qui entraîne les parties solubles. Les lessives obtenues sont concentrées et évaporées ; elles déposent d’abord le sel marin, puis les sels de potasse, chlorures et sulfates. Les eaux-mères marquent alors 55° Baumé ; elles contiennent les iodures de sodium et de potassium, une partie du sel marin non déposé, du sulfate et du carbonate de sodium, des cyanures, des polysulfures ainsi que des sulfites et des hyposulfites provenant de la réduction subie par les sulfates pendant la calcination.

C'est pour détruire ces composés sulfurés que Courtois, comme ses successeurs le font encore de nos jours, employait l'acide sulfurique. Peut-être en employa-t-il en excés le jour de sa découverte, car il se produisit, sous l’action réunie de la chaleur et de l'acide, une transformation de l'acide iodhydrique en iode qui, par ses vapeurs violettes, révéla, aux regards attentifs du lessiveur de cendres de varechs, la présence de l’iode jusqu'alors inconnu (1).

Devant cette révélation, peut-être involontaire, d’un fait aussi considérable, on ne peut s'empêcher de songer, en poursuivant la comparaison: toute gratuite que j'ai tenté d'établir entre l’iode et le radium, que la découverte de la radioactivité est due pour partie à un incident aussi fugitif en apparence, que significatif à la réflexion, mais analogue toutefois à. l'incident de l’acide sulfurique pour Courtois. Becquerel avait enfermé une plaque photographique dans une enveloppe d'aluminium recouverte de sels d'uranium. Il voulait expérimenter par ce moyen l'impression produite par le soleil qui, comme on le sait, rend phospho-

sionner dans la région ; en 1912, par exemple, il y eut une véritable disette de varechs ayant entraîné le chômage des usines pendant plusieurs mois. (Note de M. C. Crinon )

(1) Gay-Lussac écrira plus tard : « Dans les soudes de vareck, où il y a beaucoup de sulfites sulfurés, l’iode est à l'état d'acide; il ne se manifeste dans les eaux-mères de ces soudes que lorsque les sulfites sulfurés sont détruits. » (V. page 94)

rescents certains corps chimiques exposés à sa lumière. Mais ce jour-là, il pleuvait ; le temps était sombre et le soleil boudait. Becquerel enferma donc dans un tiroir son dispositif d'expérience, où il le laissa jusqu’au moment de recommencer, quelques jours après, grâce à un soleil radieux, sa première tentative. C’est alors qu'il remarqua que la plaque photographique avait été impressionnée dans l'obscurité, par les rayons obscurs des sels d'uranium et sans le secours d'aucune source lumineuse étrangère : la radioactivité était trouvée.

Dans l'esprit de Becquerel, comme dans l'esprit de Courtois, la même question vint se poser : (Qu'est-ce que cela veut dire ? » Chez les deux auteurs la révélation créa l'évidence et le raisonnement en suggéra la déduction. La pluie &'un côté, l'excès d'acide sulfurique de l’autre furent les deux causes occasionnelles de résultats prodigieux. L'intelligence de l’homme avait, une fois de plus, triomphé du mystère éternel de la matière.

Sa découverte une fois réalisée, Courtois, aidé, ainsi que nous le verrons plus loin, de ses compatriotes Desormes et Clément-Desormes, chercha le moyen pratique d'extraire industriellement l'iode.

I s'adressa au chlore. Son procédé, qui est encore en usage dans quelques usines de France, consistait à décomposer par cet élément les eaux-mères des cendres d'algues brunes purifiées au préalable par l'acide sulfurique, d’après la réaction suivante : KI + C1 = K C1 + I.

Tousles manuels de chimie industrielle rappellent ce procédé qui se réalise généralement dans des bonbonnes en grès d’une capacité de 100 à 150 litres, munies de trois tubulures, pour l’arrivée du chlore, son dégagement et le brassage. L’iode ainsi obtenu et qui contient un peu d'humidité constitue l’iode brut, lequel est ensuite sublimé ou transformé en iodures. Je n'insiste pas.

Néanmoins, je ne puis passer sous silence les essais méthodiques entrepris dès 1815 par Gaultier de Claubry(1), contemporain de Courtois. Il s'était préoccupé de savoir quelles étaient les espèces d’aigues les plus riches en iode (2). A cet effet, il établit des comparaisons entre elles, sans toutefois donner des chiffres et rangea, dans l’ordre décroissant suivant, les espèces qu'il avait étudiées : Laminaria saccharina, Laminaria digitata, Fucus serratus, Fucus vesiculosus, Halidrys siliquosa, Chorda Filum, ce dernier très pauvre en iode. Il se proposait d'extraire l'iode en traitant le Laminaria saccharina desséché et mis en poudre, par l'acide sulfurique concentré : « Ce qui, disait-il, éviterait le long procédé du traitement des eaux-mères de la soude de varecks ». L'idée de Gaultier était, on en conviendra, des plus ingénieuses (3).

Le Laminaria saccharina avait d’ailleurs ses prédilections. C'est ainsi qu'il s’attacha à étudier l’efflorescence de goût sucré de cette laminaire ainsi que celle de l’'Halidrys. Il disait « que le sucre de fucus diffère essentiellement du sucre de canne et qu'il paraît être analogue à celui que

(1) Gaultier de Claubry (Henri-François), (1792-1878), fut nommé, en 1859, professeur de toxicologie à l'Ecole de pharmacie de Paris; il y succédait à Caventou. Il avait été auparavant chirurgien de la garde impériale. Ses ouvrages sont nombreux et variés; on lui a même reproché cette variété. Il appartint à l’Académie de médecine.

(2) Les varechs de toutes les régions de France ne sont pas également riches en iode ; c’est surtout dans le Finistère et le Morbihan qu’on rencontre ceux qui peuvent être utilisés pour la fabrication de l’iode. Là où passe le Gulf-stream, l’eau de la mer possède une température relativement élevée à la faveur de laquelle les varechs fixent dans leurs tissus une plus grande proportion des principes iodiques contenus dans l’eau de mer. Partout où passe ce courant chaud, les varechs ont une teneur en iode intéressante ; c’est ce qui a lieu, en dehors de la Bretagne, pour la partie occidentale de la Normandie, pour l’'Ecosse, l'Irlande, le Japon. (Note de M. C. Crinon.)

(3) Gaultier de Claubry, Recherches sur l'existence de l'iode dans l'eau de mer et dans les plantes qui produisent la soude de varecks, et analyse de plusieurs plantes de la famille des algues, in Annales de chimie, t. XCIHI, Paris, 1815.

MM. Fourcroy el Vauquelin avaient retiré du sucre de l'oignon (Allium cepa) et au sucre cristallisable de la manne ».

On sait, en effet, que les grandes algues brunes contiennent de la mannite et non du glucose.

Rappelons enfin que la coloration bleue de l’amidon par l'iode à été découverte par Gaultier de Claubry, en collaboration avec Colin. Il disait que l’iode se trouve dans les algues à l'état d'hydriodate de potasse (iodure).

Page 1