‹ Bernard de Requeleyne, baron de Longepierre,Chapitre 1 sur 19 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

ce poêle augmenta d'une unité le nombre déjà fort respectable des Médées dont la succession des âges nous a transmis la liste. Quant au surplus de ses compatriotes, « lEnfani célèbre » en reste profondément ignoré. Il y aurait toutefois .sévérité grande de tenir sur ce point rigueur éi l'Athènes bourguignonne, car elle a le droit de se montrer exigeante en matière de célébrité. La cité des grands Ducs d'Occident, la patrie de Bossuet, de Prudhon, de Rameau, de Crébillon, de Piron, de Rude, de Lacordaire, — à ne rappeler que certains de ses maris immortels — , celle dont j'ai pu dire un jour, sans trop d'hyperbole, que « chacun de ses pavés recèle une statue », et que pour qu'un peuple de marbre en sorte,

Il suffit de frapper le sol avec le pied (1),

celle-là pouvait alléguer qu'il n'est pas défendu de mal connaître un oublié. Elle ne le pourra plus désormais, car un autre de ses fus dont la Bourgogne se montre justement fière, le baron Roger Portails, rendant couleurs à des traits bien pcdis, vient de remettre en une plus équitable lumière la figure de Bernard de Requeleyne, baron de Longepierre.

Ce n'est pas la première fois que j'ai l'heur d'apprécier le talent si fm, si délicat, de l'écrivain très documenté, du bibliophile émérite à qui les friands de savantes recherches élégamment présentées doivent le régal de lectures exquises. Je leur ai déjà signalé la

(1) Rêves et combats : Paris, Hachette.

AVANT-PROPOS IIl"

superbe élude sur Honoré Fragonard (1), l'une des œuvres les meilleures du Maître, entre tant d'excellentes. Le divin Frago, interprête assermenté de la Jeunesse et de l'Amour, m'a fourni l'occasion de dire de son biographe une partie du bien que j'en pense ; le livre d'aujourd' hui me permet de compléter l'éloge, en y ajoutant un remerciement pour le plaisir de sa lecture. C'est la seule raison d'être des lignes que voici, car il suffira d'ouvrir le volume pour demeurer convaincu de l'inutilité d'une présentation au lecteur.

S'agit-il, en effet, d'évoquer l'image de notre compatriote? la plume sous les doigts de l'auteur nous vaut un pinceau, car tout aussi bien que sur la toile attribuée à Largillière ou à François de Troy, Longepierre revit et palpite dans le portrait qui nous en est offert. Grand, mince, d'allure distinguée, de figure intelligente et fière, l'œil noir sous la perruque blonde, un sourire énigmatique aux lèvres, tel Roger Portails nous le montre, et tel nous nous plaisons à l'imaginer. Que si, passant du physique au moral, il veut nous faire pénétrer plus avant dans la connaissance du personnage, son impeccable érudition ne le sert pas avec moins de bonheur. Oui, c'est bien lui vers la vingtième année, ce fervent des Muses grecques qui, sachant par cœur Euripide et Sophocle, se promène, rêveur, un Théocriic à la main, sur les prés qu'arrosent les eaux pcdsibles de la Saône et du Doubs. Il s'y exerce à rimer des idylles qualifiées cl « admirables » par

(1) Pages françaises : Paris, Hachette.

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