CONCLUSION
de l'Eglise, par les scandales d’un clergé paresseux, igno-
rant et cupide; et il devait être attiré par la piété, si simple
et si profonde, des premiers prédicateurs de la Réforme, par l’ardeur de leur zèle et l’austérité de leur vie. Son cœur généreux devait être ému de pitié pour les petits, pour les humbles dont le clergé, la magistrature et la noblesse ne
s’occupaient que pour enlever le fruit de leur travail, et que
l'on massacrait comme du bétail à la moindre révolte au nom du Dieu d'amour et du Prince de la paix. Il a été et il devait être du côté des souffrants et des deshérités, parce qu’il rêvait d'une justice et d’une fraternité que la terre n’a pas encore connues et ne connaîtra peut-être pas de longtemps.
Protestant, il devait le devenir enfin parce qu’il avait l'âme d'un poëête, l’âme d’un artiste. Cela peut surprendre, mais c'est qu’il n’était pas de ceux qui réduisent l’art à la forme et trouvent la beauté en dehors du juste et du vrai. La vérité seule lui paraissait digne d’être aimée et par conséquent d'être représentée ; et il l’enveloppait d’un vêtement magnifique, il la couronnait d’or. La Bible lui est apparue comme une source inépuisable de modèles; et il éprouvait un vif plaisir à entendre chanter et à chanter lui-même les psaumes de Marot, nés de la Réforme, adoptés et répandüs par elle. Certes, il devait préférer, à la pompe des cathédrales, la petite assemblée tremblante qui se réunissait la nuit au fond des bois pour écouter la lecture des vieux prophètes et pour chanter les louanges de PEternel. Là était la vie, là soufflait l'esprit des temps nouveaux; Bernard Palissy ne pouvait être que le plus convaincu, le plus ardent, le plus enthousiaste des disciples de la Réforme.
C’est ce qu’il à été; et non pas pendant quelques jours ou quelques mois, mais jusqu’à sa mort. Il s'était donné tout entier et il n’abandonnaït jamais ce qu’il avait une fois entrepris. Sa vie est une ligne droite: Il avait pris le devoir pour guide et l'idéal pour étoile, jamais il n'est sorti de son
chemin. Parmi les grandes âmes « huguenotes » du xvie
siècle, il n’en est pas de plus belle et de plus haute. Après l'avoir contemplée longtemps, on veut la revoir encore, on
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cherche à pénétrer toujours plus dans son intimité, on la désire pour amie et pour compagne dans la vie.
Pourquoi faut-il qu’on n’approche pas impunément de l'idéal sur la terre ? Dans notre monde, le martyre est le couronnement naturel d’une vie toute consacrée au bien, et l'horreur du supplice est, pour la postérité, la plus exacte mesure de la taille des héros. Pour avoir déclaré la guerre au mal, pour avoir voulu conquérir et faire briller dans tout leur éclat, la beauté, la vérité et la justice, pour être resté inébranlablement fidèle à l'idéal de son esprit, de sa conscience et de son cœur, Bernard Palissy mérita d’être jeté dans les cachots de la Bastille, pour que son cadavre abandonné dans les fossés fût privé des honneurs de la sépulture. ;
Vu : Le président de la soutenance, G. BONET-MAURY.
Vu : Le doyen, A. SABATIER.
Vu et permis d'imprimer :
Le vice-recteur de l'Académie de Paris, GRÉARD.