Livre II, ode m
Le premier mot du vers latin j^quam fut francisé, et devint le nom de baptême de la ville et du château à^Écouen. Ce qui n'est guère croyable ; car, dès le Ireizième siècle, des Montmorency sont qualifiés seigneurs d'Écouen. Anne aura voulu simplement reproduire peut-être le nom du village dans le vers d'Horace qu'il choisissait. Jean Bullant^ disciple de Vitruve, artiste jusqu'alors inconnu, fui l'architecte du connétable. Dans son monument il introduisit les principes de l'architecture grecque et latine. Écouen offre un mélange assez bizarre de gothique et d'ionique, de dorique et de corinthien. Des toits aigus y surmontent des vitraux d'église. La position, du reste, est bien choisie. Le château domine la ville et une vaste plaine qui s'étend jusqu'à Luzarches ; de la terrasse on a le plus splendide point de vue.
Jean Goujon sculpla la chapelle, Paul Ponce divers morceaux, et BuUant sans doute les figures delà Foi, TEspérance et la Charité, vulgarisées par la gravure ; Bernard Palissy fut l'émailleur et l'orneraentateur. On ne sait trop ce qui est du potier sainlongeois à Écouen. Peiresc, qui visita le château en 1606, dit: « Les Galleries et le château renferment plusieurs marbres précieux, et de ces belles poteries inventées par Maître Bernard des Thuilleries . Il y a deux Galleries toutes peintes fort doctement par un maestro Nicole, qui avait été au service du cardinal de Chastillon. Aux verrières, les fables qui y sont le mieux représentées, c'est celle de Proserpine à Tune, et celle du banquet des dieux, celle de Psychée à l'autre. Le pavé d'icelles est aussi de l'invention du susdit maitre Bernard. » Or il est à remarquer que les quarante-cinq sujets tirés de la fable de Cupidon et Psyché, exécutés d'après la composition de Raphaël, ainsi que le Connétable au milieu de ses enfants, avec deux tableaux en faïence représentant des batailles datent de 1541 à 1544. Le Rosso qui, d'après Sauvai en son Histoire et recherches des antiquités de Paris, aurait dessiné la légende de Psyché, dont^M. Lenoir a publié quarante-cinq estampes, mourut en 1541, chanoine de la Sainte-Chapelle et surintendant des travaux de Fontainebleau. Outre les verreries de Psyché, dont vingt-deux exposées sous Tempire au musée des Petils-Auguslins à Paris, ont été, en 1848, transportées en Angleterre par le duc d'Aumale, outre les trois vitraux représenlantrun le connétable armé, agenouillé sur un prie-Dieu, derrière lui sainte
Anne, saint Joachim et la sainte Vierge ; l'autre Madeleine de Savoie, sa femme, avec ses quatre filles ; le troisième, Tainé des fils du connétable avec ses quatre frères et leurs patrons, tous exécutés d'après les dessins de Jean Bullant, M. Tainturier cite encore, d'après Lenoir et Pu Sommerard, mais en faisanl de fort sages réserves, deux vitraux en grisaille représentant, celui-ci la Nativité et la Circoncisio.n d'après lePrimatice, celui-là le martyre de saint Etienne; un autre portant au centre, dans un médaillon, le chiffre du connétable, entouré au-dessus d'un amour nu assis sur un massacre de cerf, et de deux grands satyres enguirlandés, sur les côtés de fruits soutenus par des génies ailés, puis d'oiseaux et de fleurs ; enfin un vitrail, qui est au musée de Cluny, montrant le blason, la salamandre et la couronne de François P', avec un entourage d'arabesques et la date de 1544. Or, à ces dates de 1541 et 1544, Palissy n'était qu'un ouvrier verrier inconnu , et tâtonnait encore pour trouver l'émail.
Ce qu'on peut lui attribuer sûrement, ce sont d'abord quelques panneaux sans sujets, dont quelquesuns sont au musée de Cluny, nommés panneaux d'ornements, portant la devise que Gabriel Simeoni inventa pour le connétable : AIIAANOS, sans erreur ; et celle-ci que lui donne Jean Leféron : Sicvt erat in pRiNciPio ; puis celle des Montmorency : Dieu aide au premier baron chrétien^ et les armes d*or à la ci^oix de gueules cantonnée de seize alérions d^azur; enfin d'autres panneaux historiés possédés aujourd'hui par M. le duc d'Aumale, qui fut propriétaire d'É-
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couen, comme héritier du prince de Condé, dans la maison duquel, comme on sait, le château était passé par le mariage de Charlotte de Montmorency, sœur du dernier duc décapité en 1632. Faujas de Saint*Fond, après les vitres de la sacristie, de la chapelle et de tout le château, qu'il .affirme avoir été peintes par fnaitre Bernard dans le genre de ses faîence3, nomme le pavé de la sacristie représentant des scènes de TÉcriture sainte, d'une belle couleur et les têtes fort joliment dessinées; puis, « la Passion de Notre-Seigneur en seize tableaux réunis dans un seul cadre d'un émail parfait, d'après Albert Durer, » et appliqués aux parois de la chapelle. Enfin M. Schœlcher, dans la Revue de Paris 1834, mentionne « une salle toute pavée de carreaux aux armes du connétable, que Tempire — en 1807, à l'époque où Napoléon, après Austerlitz, établit à Ecouen, sous la direction de madame Campan, ancienne femme de chambre de Marie-Antoinette, une maison d'éducation pour trois cents jeunes filles des membres de la Légion d'honneur — a fait briser et bouleverser pour planter au beau milieu un de ces énormes N dont il marquait tous les monuments de la France, comme un bourgeois marque ses couverts. »