‹ Bernard PalissyChapitre 9 sur 17 · FRANCE. — ARTISTES INDUSTRIELS · texte numérisé non relu

FRANCE. — ARTISTES INDUSTRIELS

LES ARTISTES CELEBRES

que je n’avois rien pu faire dans mes fourneaux et à ceux des potiers susdits, je rompis environ trois douzaines de pots de terre tout neufs, et ayant broyé grande quantité de diverses matières, je couvroy tous les lopins des dits pots des dittes drogues couchées avec le pinceau. Mais il te faut entendre que des deux ou trois cents pièces il n’y avoit que trois de chacune composition.

« Ayant ce fait, je prins toutes ces pièces et les portoys à une verrerie afin de voir si mes matières et compositions se pourroient trouver bonnes aux fours des dites verreries. Or, d’autant que leurs fourneaux sont plus forts que ceux des potiers, ayant mis toutes mes espreuves dans les dits fourneaux, le lendemain que je les fus tirer j’apperçeus partie de mes compositions qui avoit commencé à fondre, qui fust cause que je fus encore encouragé à chercher l’esmail blanc pour lequel j’avois tant travaillé.

« Touchant des autres couleurs, je ne m’en mettois aucunement en peine; ce peu d’apparence que j’avois trouvé lors, me fist travailler pour chercher le dit blanc deux ans, outre le temps susdit, durant lesquels deux ans, je ne faisois qu’aller aux verreries prochaines. Dieu voulust qu’ainsi que je commençois à perdre courage et que pour le dernier coup je m’estoys transporté à une verrerie, ayant avec moi un homme chargé de plus de trois cents sortes d’espreuves, il se trouva une des dittes espreuves qui fut fondue en quatre heures après avoir été mise au fourneau, laquelle espreuve se trouva blanche et polie, de sorte qu’elle me causa une joie telle que je croyois estre devenu nouvelle créature. Et pensay dès lors avoir une perfection entière del’esmail blanc. Mais je fus fort éloigné de ma pensée : ceste espreuve estoit fort heureuse d’une part et bien malheureuse de l’autre : heureuse en ce qu’elle me donna entrée à ce que je suis parvenu, et malheureuse en ce qu’elle n’étoit mise en dose et mesure requise.

« Je fus si grand beste en ce jour là que soudain que j’eus fait le dit blanc qui estoit singulièrement beau, je me mis à faire des vaisseaux de terre, combien que jamais je n’eusse connu terre, et ayant employé l’espace de sept ou huit mois à faire les dits vaisseaux, je me prins à ériger un fourneau semblable à celuy des verriers, lequel je bastis avec un labeur indicible, car il falloist que je maçonnasse tout seul, que je détrempasse mon mortier, que je tirasse l’eau pour la détrempe d’iceluy, aussi me falloist nroy mesme aller quérir la brique sur mon

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