PLAT A REPTILES, COQUILLES ET FEUILLAGES AQUATIQUES
? 2 LES ARTISTES CELEBRES
ce moyen, ores que mes drogues eussent été bonnes, parce qu’aucunes fois la chose avoit trop chauffé et autres fois trop peu; et quand les dites matières estoient trop petites ou brûlées, je ne pouvois rien juger de la cause pourquoi je ne faisois rien de bon, mais en donnois le blasme aux matières, mais encore en ce faisant, je commettois une faute plus lourde que la susdite : car en mettant les pièces de mes espreuves dedans le fourneau, je les arrangeois sans considération. Or, m’estant ainsi abusé plusieurs fois avec grands frais et labeurs j’estois tous les jours à piler et broyer nouvelles matières et construire nouveaux fourneaux avec grande despence d’argent et consommation de bois et de temps.
« Quand j’eus bastelé plusieurs années ainsy imprudemment, avec tristesse et soupirs, à cause que je ne pouvois parvenir à rien de mon intention et me souvenant de la despence perdue, je m’avysois pour obvier à si grande despence d’envoyer les drogues que je voulois approuver (essayer) à quelque fourneau de potier; et ayant conclud en mon esprit telle chose j’achetois de rechef plusieurs vaisseaux de terre, et les ayant rompus en pièces comme de coutume, j’en couvrois trois ou quatre cents pièces d’esmail et les envoyons à une poterie distante d’une lieue et demye de ma demeurance avec requeste envers les potiers qu’il leur pleust permettre cuyre les dittes espreuves dedans aucuns de leurs vaisseaux, ce qu’ils faisoient volontiers. Mais quand ils avoient cuit leur fournée et qu’ils venoient à tirer mes espreuves, je n’en recevois que honte et perte, parce qu’il ne se trouvoit rien de bon, à cause que le feu des dits potiers n’estoit assez chaud, ainsi que mes dittes espreuves n’estoient enfournées au devoir requis et selon la science. Derechef je faisois nombre de compositions nouvelles, toujours avec grands trais, pertes de temps, confusion et tristesse.
« Quand je vis que je ne pouvois par ce moyen rien faire de mon intention, je pris relasche quelque temps, m’occupant de mon art de peinture et de vitrerie, et me mis comme en nonchaloir de chercher les secrets des esmaux. Quelques jours après1, survindrent certains commissaires, députés par le Roy, pour ériger la gabelle au pays de Xaintonge, lesquels m’appelèrent pour figurer les isles et pays circonvoisins de tous les marais salants dudit pays. Or, après que la ditte commission fut parachevée et que je me trouvoy muni d’un peu d’argent, je reprins encore l’affection de poursuivre la suyte des dits esmaux; et voyant
i . Vers l’an 1 543.