‹ Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscritsChapitre 1 sur 69 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

I. Les méfaits d'Aimé Martin. — II. Mme Arvède Barine. M. de Lescure. M. Maury. — III. Lieutenant-colonel Largemain. Mlle Lucie Achard. — IV. Ce que j'ai trouvé dans les manuscrits du Havre.

Bernardin de Saint-Pierre est, depuis sa mort, la victime d'un véritable méfait littéraire : depuis près d'un siècle, Aimé Martin se substitue à Bernardin de Saint-Pierre ; dans les différentes biographies qu'il a écrites sur celui dont il se dit le fidèle disciple, il en fait un Aimé Martin. Dans les œuvres posthumes de Bernardin, il introduit de l'Aimé Martin ; par réciproque, il emprunte à Bernardin, qui ne peut plus protester, quelques-unes de ses meilleures pages inédites, et les fait passer pour de l'Aimé Martin. Ayant épousé la veuve de son maître, il s'est installé paisiblement dans l'œuvre de Bernardin comme dans une succession. Il s'est reconnu sur les manuscrits inédits de son prédécesseur tous les droits, y compris celui de correction, et jamais professeur, épluchant une

copie en classe, ne s'est montré plus irrespectueux pour la prose d'un élève qu'Aimé Martin pour le style de l'auteur de Paul et Virginie.

Après un examen minutieux des manuscrits de Bernardin, je crois pouvoir affirmer qu'il faut : 1° considérer la biographie de Saint-Pierre comme apocryphe, parce qu'elle est incomplète d'une part, et, de l'autre, additionnée de légendes de toutes sortes ; 2° ne reconnaître comme étant vraiment de Bernardin que les œuvres qu'il a publiées lui-même, et ne les lire que dans des éditions publiées de son vivant ; 3° faire table rase des œuvres posthumes, de sa correspondance, et surtout des Harmonies de la Natiwe qui n'ont pas été publiées, mais véritablement travesties, par un faussaire : Aimé Martin.

C'est grâce à la parfaite obligeance de M. Marais, ancien maire du Havre, que j'ai pu dépouiller méthodiquement l'immense collection des manuscrits de Bernardin qui figure à la bibliothèque de la ville du Havre. J'adresse à M. Marais mes remerciements, je dirai même mes félicitations : je souhaite que les travailleurs trouvent partout l'accueil que j'ai reçu d'une municipalité intelligente, et qui n'a pas été avare de ses trésors. Je dois remercier également les conservateurs de la Bibliothèque du

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