INTRODUCTION IX
Havre, MM. Bléry et Millot, qui m'ont témoigné beaucoup de complaisance dans l'envoi de ces documents.
Jamais, s'il m'avait fallu travailler sur place au Havre, je n'aurais pu terminer le dépouillement de ces manuscrits qui, donnés par la famille, ou complétés à l'aide d'achats, forment sans doute un fond précieux pour la connaissance exacte et intégrale de Bernardin, mais aussi un amas de documents effrayant par son poids, son volume. Ajoutez à cela que Bernardin écrivait ses brouillons assez mal, surtout à la fin de sa vie, si mal même qu'il ne pouvait plus se relire : j'ai mis cinq ans à déchiffrer ces papiers, littéralement à la loupe.
De plus ces manuscrits n'ont jamais été classés, depuis le jour où Aimé Martin les trouva dans des malles (1). Les liasses ont été grossièrement cousues, et sont dans un désordre complet, si bien qu'on est obligé, pour se débrouiller dans ce chaos, de poursuivre la pensée de Bernardin de liasse en liasse, de folios en folios.
Dans cet amas de papiers, il faut distinguer d'abord les paperasses personnelles d'Aimé Martin, qui n'ont aucun intérêt, puis deux sortes de documents très distincts : premièrement, la correspondance immense que recevait Bernardin, et qu'il avait conservée, car il gardait tout ce qu'on lui écrivait,
(1) Mss. cviu, feuille de garde.
BEKiNAKDIN UE SAINT-IHEKKE
tout, jusqu'à une supplique de pauvre honteux, qui commence par cette prière originale : « Lisez tout bas ! » Ces lettres, venues de tous les points de la France et de l'Europe, d'amis ou d'ennemis, de flatteurs ou de critiques, nous permettent de reconstituer, autour de Bernardin, l'atmosphère morale où son talent s'est développé. Et ces lettres, tout en nous faisant connaître plus exactement le vrai Bernardin, non pas le faux patriarche douceâtre qu'Aimé Martin a vulgarisé, mais l'homme de combat qui a bataillé toute sa vie, ces lettres, disje, nous permettront du même coup de mieux apprécier nos ancêtres du vxme siècle finissant : ces gens-là valaient mieux que nous. Générosité, sensibilité vraie, tendresse, douceur, facilité à admirer, tels sont les sentiments qui remplissent ces innombrables missives. Sans doute c'étaient les meilleurs parmi les contemporains, contemporaines, et disciples de Jean-Jacques, qui écrivaient à cet excellent Bernardin. Pourtant je me demande si les correspondances que Jules Simon, Legouvé, R. Bazin, ou Loti, ont reçues de leurs admirateurs et admiratrices donneraient une semblable impression d'ensemble; si nous, hommes du xixe siècle fini, du xxe siècle à son aurore, nous ferions très bonne ligure auprès des fin-de-siècle d'il y a cent ans.
A côté des lettres de ces braves gens, de ces hommes de bonne volonté qui pullulent dans la