‹ Bernardin de Saint-PierreChapitre 11 sur 11 · DERNIERES ŒUVRES. LES VŒUX D UN SOLITAIRE · texte numérisé non relu

DERNIERES ŒUVRES. LES VŒUX D UN SOLITAIRE

Les Vœux d'un solitaire, publiés en 1791, renferment ce qu'on peut appeler la doctrine politique de Bernardin de Saint-Pierre. Si on les examine au point de vue du fond, on trouve que les idées politiques de Bernardin ne dépassent pas la moyenne de ce qui constituait à ce moment la théorie des monarchistes libéraux. Sur plus d'un point de détail, les cahiers exprimant les vœux du Tiers-Etat vont plus loin. Il est arrivé à Bernardin ce qui arrive à la plupart des philosophes, dont les spéculations perdent à l'épreuve des événements, qui marchent, à certains moments critiques et décisifs, plus vite que les idées, la saveur de nouveauté, de hardiesse, de courage môme, que leur avait trouvée d'abord l'opinion. Ce qui était neuf et hardi en 1784, était devenu, en 1791 , presque banal et de circulation courante. Le précurseur, l'initiateur de la Révolution, qui l'avait prévue, prédite et désirée, en était déjà réduit au rôle, beaucoup plus ingrat, de modérateur,

de censeur. Après avoir éveillé et précédé l'opinion, il avait déjà grand'peine à la suivre, ou du moins à se tenir à son pas.

Ce qu'il y avait de plus original que le fond des idées de Bernardin, c'est la forme familière et naïve dans laquelle il les exprimait, appliquant à la politique le langage de la poésie et se servant à tous moments de comparaisons et d'images empruntées à la botanique et à l'iiisloire naturelle. Ce n'est pas sans un sourire de surprise qu'on lit ce début, d'une bonhomie si patriarcale, des Vœux d'un solitaire :

« Le premier mai de cette année 1789, je descendis, au lever du soleil, dans mon jardin, pour voir l'état où il se trouvait, après ce terrible hiver où le thermomètre a baissé, le 31 décembre, de 19 degrés au-dessous de la glace. Chemin faisant, je pensais à la grêle désastreuse du 13 juillet qui avait traversé tout le royaume, mais qui, par la grâce de Dieu, avait passé sur le faubourg où je demeure sans y faire de mal. Je me disais : « Pour cette fois, rien ne sera échappé, dans mon petit jardin, à un hiver de Petersbourg. »

a En y entrant, je ne vis plus ni choux, ni artichauts, ni jasmins blancs, ni narcisses; presque tous mes œillets et mes hyacinthes avaient péri; mes figuiers étaient morts, ainsi que mes lauriers-thyms, quiavaient coutume de fleurir au mois de janvier Pour mes jeunes lierres, ils avaient pour la plupart leurs branches sèches et leur feuillage couleur de rouille. »

. Cependant un examen moins superficiel permet à Bernardin de constater que le reste de ses plantes se porte bien, quoique leur végétation soit retardée de plus de trois semaines. Il s'épanouit à

la vue de ses bordures de fraisiers, de violettes, de thyms et de primevères, de ses haies de chèvrefeuille, de framboisiers, de groseilliers, de rosiers et de lilas, de ses allées de vignes, de pommiers, de poiriers, de pêchers, de pruniers, de cerisiers et d'abricotiers, déjà toutes fleuries.

La pensée des révolutions de la Nature l'amène à celle des révolutions de l'Etat. 11 se dit : « Les royaumes ont leurs saisons comme les campagnes ; ils ont leur hiver et leur été, leurs grêles et leurs rosées ; l'hiver de laFrance est passé; son printemps va revenir. Alors, plein d'espérance, il s'assied au bout de son jardin sur un petit banc de gazon et de trèfle, à l'ombre d'un pommier en fleurs, vis-à-vis d'une ruche dont les abeilles voltigeaient en bourdonnant de tous côlés... Et il se met à faire des vœux pour sa patrie. »

Ces vœux n'ontpas toujours le caractère bucolique et idyllique que semble annoncer ce début. Leur auteur cherche à les formuler pratiquement, mais le plus souvent dans une forme pittoresque.

11 explique que dans une entreprise si supérieure à ses forces, qui consiste à jeter les bases d'une constilution appropriée aux besoins de la nation, il a marché souvent sur les pas de l'Assemblée nationale, et que quelquefois il s'en est écarté ; mais s'il avait toujours eu ses idées, il serait fort inutile qu'il publiât les siennes.

Un premier point de divergence, c'est que l'Assemblée n'admet que deux pouvoirs primitifs dans la monarchie : le pouvoir législatif et^le pouvoir exécutif. Elle attribue le premier à la nation.

et le second au roi. Mais lui conçoit dans la monarchie, ainsi que dans toute puissance, un troisième pouvoir nécessaire au maintien de son harmonie, qu'il appelle modérateur. Ce pouvoir modérateur comporte la sanction des lois, car le pouvoir exécutif ne lui semble comporter que le veto qui excite dans le moment de si grandes réclamations. Bernardin les trouve fondées. 11 ne veut pas de ce veto sec et tranchant qui arrête net la machine ; il veut un droit de sanction, conciliant de sa nature comme l'autre est brutal et irritant. « Si le roi refuse de sanctionner une loi nouvelle, c'est parce qu'il la croit nuisible à l'Etat, alors il en fera connaître les inconvénients ; on l'amendera et on la modifiera. La sanction est une discussion paisible d'un père de famille avec ses enfants. »

D'après Bernardin, l'Assemblée et le roi n'ayant en vue que l'intérêt général, le bien commun, on finira toujours par s'entendre, eton n'en viendra jamais aux extrémités de la résistance ou des représailles. Cette naïve espérance donne la mesure de l'optimisme de Bernardin de Saint- Pierre. Il n'est pas toutefois toujours aussi ingénu; et parmi ses vœux, il en est à noter au passage quelques-uns qui témoignent d'une expérience moins débonnaire.

C'est ainsi qu'il désire que les assemblées des villages, des villes et des provinces soient à la fois permanentes et périodiques , c'est-à-dire qu'elles se renouvellent chaque année dans un tiers de leurs membres. De même il lui semble

qu'on doit renouveler les membres de l'Assemblée nationale tous les trois ans, ou tous les cinq ans, si on le juge plus convenable, non tous à la fois comme en Angleterre, mais seulement la troisième ou la cinquième partie chaque année, afin que le plus grand nombre de ses membres soit toujours instruit des affaires (1).

Il demande qu'on pose ce principe pour les assemblées qu'aucune proposition n'y soit reçue ou rejetée par acclamation, mais qu'il soit donné au moins un jour pour que chaque député en délibère et en donne son avis par écrit, afin qu'il puisse conserver, par l'examen, la liberté de son jugement, et, parle scrutin, celle de son suffrage (2).

Une condition essentielle pour être électeur, c'est que le citoyen possède une portion de terre labourable, comme en Angleterre, afin de relever l'agriculture, et d'empêcher que la pluralité des électeurs ne se compose d'indigents que la nécessité oblige de vendre leurs voix. Les députés doivent être défrayés honorablement (3).

Le clergé doit subir sa part des contributions. Il doit venir au secours des malheureux et pourvoir d'abord aux besoins de ses propres membres, en sorte qu'il n'y ait pas un seul ecclésiastique qui n'ait décemment de quoi vivre. Il est nécessaire que le clergé abolisse les couvents qui servent en France de maisons de force et de cor-

Ci) p. GO et 107.

(3) P. 109 et 110.

rection. Ces lieux de douleur où des moines se chargent, pour de l'argent, des vengeances de l'Elat et des familles, sont ré(3arlis en grand nombre dans tout le royaume, et ils sont si odieux qu ils ont flétri même les noms des saints qu'on a osé leur donner pour patrons.

Il désirerait la création d'un ordre de chevalerie, à l'imitation de la couronne civique. Cet ordre serait donné à tout citoyen qui aurait bien mérité du peuple, dans quelque genre que ce pût être... Ses membres désignés au roi par TAssemblée nationale auraient, à certains jours de l'année, le privilège d'entrer chez le roi et en tout temps chez les minisires, avec la prérogative d'y présenter des requêtes pour tous les hommes qui -seraient dignes, par leurs vertus, de l'attention du gouvernement. La marque de cet ordre serait une couronne de cliêne brodée sur la poitrine avec cette légende : Pour le peuple (\).

Nous ne pouvons insister. Nous finirons en recommandant comme ce qu'il y a de plus curieux dans les Vœux J'w? solilaire, le récit, plein d'une légère ironie, des aventures et mésaventures de Bernardin de Saint-Pierre promenant les Eludes de la Nature h la recherche d'un imprimeur, d'un éditeur et d'un critique. 11 y a là des détails curieux qui permettent de se faire une idée des mœurs de la littérature, de la librairie et du journalisme en 1784. Cet épisode caractéristique porte en lui sa leçon piquante. L'auteur lui donne

pour conclusion des idées sur la propriété littéraire, sur la contrefaçon, sur le droit et l'intérêt des auteurs à se confédérer, à se liguer pour la défense de la cause commune, qui font de Bernardin comme de Beaumarchais un des précurseurs, des initiateurs du mouvement d'où sont sorties la Société des auteurs et compositeurs et la Société des gens de lettres ( 1 ).

De même que dans les Vœuxd'un solitaire Bernardin de Saint-Pierre a écrit sa constitution idéale, et cherché à formuler en mesures politiques réparatrices les griefs et les revendications exposés dans les Eludes de la Nature, mêlant des vues raisonnables et des suggestions pratiques réalisées depuis (2), à des créations utopiques, telles que l'ordre de chevalerie du peuple et la statue aux ministres api'èsdix ans de servicesirréprochables (3. ; de même dans les Harmonies de la Nature il s'est évertué à ériger en système, à codifier scientifiquement les observations et les intuitions parfois paradoxales des Etudes. Tla voulu faire unephilosophiede ce quin'étaitqu'uncpoésie, il a voulu forcer les suffrages des savants, tandis qu'il n'aura jamais pour lui que les gens d'imaginaliou et de sentiment, les jeunes gens et les

(l: P. TJ; et 210.

(2) Dans les Vœux pour une éduMtionnationale (p. ioO à 167), on trouve riiulication de bieu des réformes et de bien des prcrès qui font de celui qui los a le premir réclamés, un des ancêtres, bien inconnus, de la péda'jogie contemporaine. Le plan d'un jardin d'acclimatatiou et dVxh'bition de groupes appartenant à tous les peuples du monde se trouve p. 173 et suiv.

femmes, ce qui est un assez joli lot, dont il aurait pu se contenter.

Bernardin de Saint-Pierre n'aurait donc pas écrit les Harmonies de la Nature^ publiées seulement après sa mort par un éditeur plus zélé que sagace, que rien ne manquerait à sa gloire. C'est tout au plus, si elles ne lui nuisent pas. Mais elles n'y ajoutent rien. Elles pèchent par ce défaut de composition, de régularité de plan, qui lui est habituel. Elles pèclient surtout par l'exagération d'idées systématiquement poussées jusqu'au paradoxe, sinon jusqu'à l'absurde, et par l'exagération de sa manière, de son style, où la couleur délayée devient du coloriage, et où la sensibilité dégénère parfois en sensiblerie. Il y a plus d'une page qui reste digne du maîlre, et pourrait être signée de sa signature des bons jours. Il y en a d'autres qui font penser à Demouslier et à Ducray-Duminil. Il y a des théories chimériques et des intuitions, des divinations ])rophétiques sur certains sujets. On pourrait, par exemple, à lire certaines lignes sur les animalcules propagateurs des maladies contagieuses, le considérer comme un précurseur de la doctrine microbienne et des découvertes de Pasteur, dont il n'a pourtant pas éveillé le génie.

Mais ce qui rend les Harmonies difficiles à lire autrement que par fragments et par instants, c'est moins encore la forme que le fond, qui n'est que le long et diffus développement de la doctrine pytbagoricienne sur les harmonies qui régissent l'univers et président à sa vie. L'éditeur elle sco-

liaste de Bernardin de Saint-Pierre, Aimé Martin, a essayé d'expliquer son Système de la Nature.

Le commentaire n'est pas beaucoup plus clair que le texte, et celui-ci ne l'est guère. Qu'on en juge par cet extrait :

« La puissance végétale présente, comme chacune des autres puissances, treize harmonies. La première est céleste, ou soli-lunaire ; six sont physiques, et six sont morales. J'appelle la première soli-lunaire. parce que la lune influe sur elle conjointement avec le soleil. Dans les six physiques, trois sont élémentaires, l'aérienne, l'aquatique, la terrestre; trois sont organisées, la végétale, l'animale et l'humaine. Dans les morales, il y en a pareillement trois élémentaires, la fraternelle, la conjugale, la maternelle ; et trois organisées ou sociales, la spécifiante, la générique et la sphérique.

« Ces harmonies vont en progression de puissance, de manière que la seconde réunit en elle et accroît les facultés de la première ; la troisième, celles de la seconde ; et ainsi de suite jusqu'à la sphérique, qui non seulement se compose de celles des espèces et des genres, mais, par ses révolutions, tend sans cesse vers l'infini. »

Lorsque, appliquant ses principes au blé;, l'auteur, après avoir considéré les harmonies physiques du blé, nous parle de ses harmonies morales et écrit gravement : -c Elles sont au nombre de six, comme les physiques. Trois sont élémentaires comme elles : la fraternelle, la conjugale, la maternelle; et trois sont sociales ou agrégées : la spécifiante, la générique et la sphérique » , nous ne pouvons nous empêcher de fermer le livre avec

l'impatience du lecteur quand il ne comprend pas.

A la suite des harmonies comme à la suite des £^i/r/ps, Bernardin a place des récits, des épisodes, et donné pour pendant aux fragments de /'ircat/ze la A/o/7 de Socrate. i\ous sommes, — non certes sur la valeur morale, qui n'est pas en conteste, mais sur la valeur littéraire de ces récits, — moins de l'avis de Villemain que de celui de Joubert. Villemain y louait un vif sentiment de l'antiquité ; Joubert faisait de malicieuses réserves. A propos de cette Arcadie^ à propos de ceiie Mort de Socrate^ qu'il est curieux de comparer au poème de Lamartine sur le même sujet, le philosoplie critique disait : « Au premier abord, cela a l'air plus antique que Fénelon ; mais au fond cela l'est beaucoup moins. »

El maintenant si, parvenu au terme de cette étude, nous cherchons à formuler ses conclusions et si nous nous demandons : « Que reste-t-il, que restera t-il de Bernardin de Saint-Pierre et de ses ouvrages ? » nous répondrons en quelques mots.

Un auteur se survit par ceux de ses ouvrages qui méritent de lui servir de témoins devant la postérité, et ])ar les disciples ou les imitateurs qui honorent son influence, continuent sa doctrine, et perpétuent sa mémoire.

Que reste-t-il, que resterat-il donc de' Bernardin de Saint-Pierre el de ses ouvrages ? Il en reste, il en restera un art nouveau de sentir, de comprendre et de peindre les merveilles de la création, les miracles de la nature. Il en restera les Etudes de la Nature, sinon dans leur ensemble,

du moins dans plusieurs de leurs parties, et dans beaucoup de pages exquises, de tableaux charmants où l'auteur a déployé des richesses de coloris, des souplesses de pinceau, des caresses d'harmonie qui fout de la lecture des Etudes, à ces places clioisies, une volupté d'esprit, un enchantement. Envisagées au point de vue pliilosophique, les Eludes sont le plus magnifique, le plus éloquent plaidoyer qui ait jamais été prononcé en faveur des causes finales et de la Providence bienveillante et salutaire qui préside au jeu des forces naturelles. On a chicané plus d'un des arguments, raillé même plus d'une des explicalionsde ce plaidoyer, qui, comme les meilleurs plaidoyers, louche souvent au sublime et parfois au ridicule.

Le système et le style des Etudes et surtout des Harmonies oni prêté, de la part même déjuges bienveillants, admirateurs, dans une large mesure, de Bernardin, à des critiques qu'on trouve résumées dans ce double jugement de Joubert :

a Le système de Bernardin de Saint-Pierre n'est qu'un épicuréisme extatique, une murale gravement anaci-éontique. Ceux qui partagent ce système ne ramènent pas toiilà Dieu dansleurs mouvements religieux les plus vifs; mais ils ramènent Dieu à eux, sorte d'égoïsme moral, par lequel, au lieu de se conformer à la règle, on ajoute la règle à soi.

« lly a dans le style de Bernardin de Saint-Pierre un prisme qui lasse les yeux. Quand on l'a lu longtemps, on est charmé de voir la verdure et les arbres moins colorés d;ins la campagne qu'ils ne le sont dans ses écrits. Ses Harmonies nous font aimer les dissonances qu'il bannis-

sait du monde, et qu'on y trouve à chaque pas, La nature a bien sa musique, mais elle est rare heureusement. Si la réalité offrait les mélodies que ces messieurs trouvent partout, on vivrait dans une langueur extatique et l'on mourrait d'assoupissement (1). »

Ce jugement n'est pas sans fondement, quoiqu'il pèche aussi par quelque excès. Jouberl était homme de cabinet, et voyait la nature plus volontiers à travers la vitre de sa fenêtre que dans ce contact direct, cet embrassement passionné qui donnent un accent si particulier aux impressions et aux descriptions de l'auteur de Paul et Virginie.

Nous venons de "prononcer le litre de l'ouvrage devant lequel toute dissidence s'eflace, et qui a été sacré chef-d'œuvre par l'accord unanime des esprits et des cœurs.

Un tel livre suffit à l'immortalité de son auteur. C'est toujours à lui qu'il faut revenir quand on cherche et quand on pèse les titres de gloire de Bernardin de Saint-Pierre. Par Paul et Virginie, \)Q.r les Etudes de la Nature, par les fragments sur J.-J. Rousseau qui constituent la meilleure des biographies de ce grand homme, Bernardin de Saint- Pierre a créé un genre nouveau, renouvelé, vivifié la langue sous le double rapport de la description pittoresque et de l'expression du sentiment. Il a fondé une école dont les plus illustres disciples ont été Chateaubriand, Lamartine et George Sand. Peu importe qu'ils aient, en plusieurs points, dépassé leur maître. Il suffit de dire pour son hon-

(1) Joubert, Pennées, p. 373.

neurque sans lui, sans son exemple, sans ses modèles, ils n'auraient pas été tout ce qu'ils ont été. Chateaubriand a contesté la valeur de sa dette sans pouvoir la nier. Lamartine et George Sand ont été plus franchement reconnaissants, a Jocelyn lit et relit Paul et Virginie ; Graziella est perdue pour l'avoir entendu une fois (1). » George Sand place Bernardin de Saint-Pierre au nombre de ses ancêtres littéraires^ entre J.-J. Rousseau et Chateaubriand.

Après eux, si nous voulions reconstituer la postérité littéraire de Bernardin de Saint-Pierre, citer tous ceux qui ont appris de lui quelque chose de la langue de la nature et de la passion, ne pourrions-nous placer sur cette liste de filiation ou d'affinité, qui atteste une influence encore durable et féconde, le nom de Michel, et malgré son dédain affecté (2) , de Ramond, le peintre des Pyrénées, de Humboldt, qui rend, sur les lieux mêmes, un liommage d'admiration et de gratitude au grand peintre des paysages tropicaux ; de Maurice de Guérin, qui a dit des Eludes : « Ce livre dégage et illumine un sens que nous avons tous, mais voilé, vague et privé de toute activité, le sens qui recueille les beautés physiques et les livre h l'âme » ; de Sainte-Beuve, qui place Bernardin ui nombre de ses écrivains favoris; deToussenel, le créateur de l'anthologie passionnelle ; de Jean

(1) Arvède Barine, Bernardin de Saint-Pierre, p. 185.

(2) a Le puissant dix-huitième siècle s'est reposé sur ce livre aimable et consolateur (quoique faible scientifiquement) de BernardÏQ de Saint- Pierre. » (^L'Oiseau, p. 4 et 5.)

Reynaud, l'auteur de Terre et Ciel ; de Camille Flammarion, l'astronome poète ; de Calemard de La Fayette, le Virgile de nos Géorgiques françaises; de Fromentin, d'André Theuriet, le romancier délicat, épris des mystères des bois ; de Pierre Loti, qui a emprunté à la palette de Bernardin plus d'une couleur et plus d'une nuance de ses descriptions de nuages et de ses tableaux de tempête ?

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